CPGEDans le récent rapport du député J.Y. Le Déault, rendu au Premier Ministre le 14 janvier 2013 (« Propositions de transcriptions législatives et réglementaires des conclusions des Assises 2012 de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche », lire ici), une petite partie est consacrée aux CPGE : « Les passerelles entre Classes préparatoires et Université ».

La publication de ce rapport fournit donc l’occasion à l’APPLS (Association des Professeurs de Première et de Lettres Supérieures) de formuler son point de vue sur les relations avec l’Université et de combattre l’idée reçue et fausse selon laquelle il n’y aurait pas de place pour la recherche dans les Classes préparatoires aux Grandes Ecoles. Elle s’attachera bien sûr à l’exemple des CPGE littéraires qui est son champ de compétence.

Relations institutionnelles

Il faut d’abord rappeler que chaque CPGE littéraire a signé une convention avec une (ou plusieurs) universités partenaires. Ces conventions permettent de fluidifier les relations entre ces deux structures, notamment en encadrant l’attribution des ECTS et en sécurisant les parcours des étudiants depuis les CPGE vers les L2-L3 et M1. En effet, la particularité des littéraires réside dans le fait que la majorité des élèves, à l’issue de leur parcours, rejoignent les Universités. La réussite à un des concours de la BEL (si elle progresse) reste minoritaire (700 intégrations en 2012, pour 4400 khâgneux). L’APPLS reste d’ailleurs convaincue que la vocation des CPGE littéraires est aussi la préparation à la réussite au sein des universités. L’entrée dans une grande école n’est pas la seule voie de réussite post-bac, et les élèves issus de nos classes le démontrent amplement par leur insertion réussie à l’Université.

Les élèves de CPGE littéraires ont tous une double-inscription à la fois dans leur lycée d’accueil et dans l’Université partenaire. L’APPLS rappelle ici qu’elle n’est pas opposée à ce que les étudiants de CPGE payent, le cas échéant, des droits d’inscription (ce qui est déjà le cas dans plusieurs académies).

Depuis quelques années, plusieurs CPGE littéraires ont été ouvertes en partenariat entre un lycée et une Université. Les enseignements y sont dispensés à la fois par des enseignants du lycée et de l’Université (c’est le cas par exemple au lycée Jules Guesde de Montpellier en partenariat avec l’Université Montpellier III, ou au Lycée Monod d’Enghien, en partenariat avec l’Université Paris XIII). Le caractère trop récent de ces créations interdit encore toutefois d’en faire un réel bilan pédagogique.

On peut donc constater en comparant ces points avec les recommandations du rapport Le Déault que les trois premières réformes prescrites par ce texte sont d’ores et déjà en application pour les CPGE littéraires.

Relations pédagogiques : les professeurs

Contrairement à une idée répandue qui voudrait que les professeurs de CPGE n’aient pas de lien avec la recherche, il faut au contraire rappeler que les relations entre l’Université et les CPGE sont d’ores et déjà intenses.

Désormais une très large part des nominations par les Inspections générales prend en compte cette dimension. Avoir fait de la recherche, continuer à publier sont devenus des critères de sélection des candidatures. De plus en plus de professeurs de CPGE sont docteurs, voire habilités à diriger des recherches.

Une fois en poste, ces professeurs continuent à publier des articles, des ouvrages scientifiques et de vulgarisation. Plusieurs lycées à CPGE organisent des journées d’études où des enseignants-chercheurs de l’Université interviennent sur les programme qu’ils éclairent de leur recherche. Il existe même des publications rendant compte de ces rencontres. Mentionnons pour exemple, parmi de nombreux autres, le recueil d’articles d’universitaires consacrés aux propriétés et à la valeur des œuvres littéraires par Patrick Voisin, professeur de khâgne au Lycée Barthou de Pau, en janvier 2013, les journées d’études organisées par les universités (Paris 7 , Paris 4, notamment) autour des programmes des khâgnes, celles organisées inversement par des professeurs de khâgne (journées Faidherbe-Chatelet à Douai, pour la troisième année consécutive en 2012).

Des professeurs de CPGE peuvent être chargés de cours dans les Universités ; ils y participent ainsi par exemple à la préparation aux concours de recrutement de l’Education Nationale. A l’inverse, des universitaires peuvent aussi être sollicités pour faire passer des interrogations orales aux élèves (les « colles »).

Soulignons d’ailleurs qu’il n’est pas rare que, dans une carrière, les deux parcours se succèdent. Des chargés de cours deviennent professeurs de CPGE ou à l’inverse des professeurs de CPGE sont élus Maîtres de Conférence.

Relations pédagogiques : les enseignements

Il convient d’abord de rappeler une évidence. Les CPGE sont des formations à  Bac+2 ; elles correspondent donc au premier cycle de la licence. Or, l’initiation à la recherche ne s’effectue réellement à l’université qu’à partir du M1…

Il faut en outre souligner que les enseignements en 2ème année de CPGE littéraire sont guidés par le concours de la BEL. Les questions proposées sont définies par des universitaires membres des jurys des ENS de Paris et de Lyon. Ce sont le plus souvent des questions en phase avec les innovations de la recherche en lettres et sciences humaines. De ce fait, les professeurs doivent se tenir informés des derniers développements de la recherche et les rendre accessibles à leurs élèves (par exemple, en 2012-2013, le programme d’histoire de la BEL porte sur « Guerre, Etat et société en France, 1851-1945 », un thème pour lequel les débats historiographiques sont centraux et les renouvellements constants).

Par ailleurs, la formation des CPGE, ce qui fait sa force et son attractivité, est généraliste et se fonde sur un haut niveau d’encadrement et de suivi personnalisé. Elle semble tout à fait adaptée à la préparation à la recherche. Tout chercheur doit avoir réfléchi à l’épistémologie de sa discipline, doit pouvoir faire dialoguer les champs de la connaissance. En bref, toute recherche nécessite une propédeutique et, en la matière, les CPGE remplissent ce rôle. Nous en voulons pour preuve les très grands chercheurs qui sont passés d’abord par une CPGE.

Enfin, il convient de souligner que les professeurs de CPGE ne sont pas des électrons libres. Il existe des objectifs de formation qui guident les enseignements. Il convient sans doute de les rappeler ici, d’autant qu’ils viennent d’être revus par le comité de pilotage de la rénovation des programmes de classes préparatoires, réuni en 2012-2013 par le MESR (texte de 2013) :

  • assurer aux étudiants une culture générale solide dans les disciplines du champ des lettres, des langues et des sciences humaines ;
  • faire lire des textes de référence ;
  • améliorer les compétences d’expression écrite et orale ;
  • faire prendre conscience des liens entre les disciplines ;
  • faire acquérir des méthodes de travail rigoureuses et efficaces ;
  • développer l’aptitude à rechercher, à traiter et à utiliser de manière pertinente l’information, et à se servir des instruments et des ressources numériques dans une perspective de construction, d’appropriation et de partage des connaissances ;
  • développer l’autonomie intellectuelle des étudiants ;
  • permettre aux étudiants de mener des recherches personnelles et collectives en exerçant leur esprit critique ;
  • stimuler chez eux la curiosité intellectuelle et éveiller le plaisir de l’étude.

On constate donc que la préparation à la recherche et l’intégration à l’Université guident largement le travail demandé aux élèves de CPGE.

Il nous semble ainsi inexact d’opposer Université et CPGE. Le système français est riche de sa diversité et de la pluralité des parcours de réussite qu’il permet. Les deux systèmes de formation ne sont pas rivaux, ils sont au contraire déjà très liés et ils se fécondent l’un l’autre de manière à produire les cadres dont une nation a toujours besoin.

Ce texte nous est proposé par Sébastien Cote, vice-président de l’APPLS (Association des Professeurs de Première et de Lettres Supérieures).

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