Après le couac sur la gouvernance des universités (lire le billet précédent), G. Fioraso s’attèle à l’offre de formation en master. Cette offre est jugée « foisonnante » et « illisible » par la ministre. Il y aurait trop de mentions ou de spécialités accolées à ces masters. C’est vrai que parfois on s’y perd un peu. Dans l’interview publiée par Le Monde (lire ici), beaucoup de thème sont brassés, souvent discutés ici.

Trop de masters en France ?  L’offre de formation en France à bac+5 est riche. Cela inclut les formations des grandes écoles (grade master ; 197 000 étudiants) et les masters de l’université (296 000 étudiants).  Il y aurait au total environ 10 000 formations pour ce niveau à bac+5, ce que la ministre juge « complètement fou ». Si on fait le calcul, ça fait en moyenne 49 étudiants par formation, ce qui ne semble pas si fou que ça. La ministre a compté 7 700 masters à l’université, soit en moyenne des promos de 38 étudiants par master. On n’est donc pas très loin des effectifs des promos des GE. C’est vrai qu’en M2 ces masters se subdivisent parfois en spécialités ou mentions, ce qui fait au bout du compte des petites promos. Si l’offre de formation est foisonnante, la ministre juge toutefois que la France a « moins d’étudiants que les autres pays européens au niveau master ». L’objectif affiché est d’augmenter ce nombre dans les années qui viennent.

Une offre de formation antidémocratique. Selon la ministre, l’offre de formation foisonnante est antidémocratique « car ceux qui n’ont pas le décodeur, à proximité ou dans leur réseau social, sont toujours les mêmes : les jeunes issus de milieux modestes ». A mon sens, la ministre se trompe de remède (simplification de l’offre de formation). Si effectivement on constate une érosion forte des étudiants issus de milieux modestes, ce n’est pas à cause de l’offre de formation (lire le billet ici sur le sujet), mais plutôt à l’incapacité pour les familles modestes d’accompagner financièrement leurs rejetons pendant de nombreuses années d’études.

Master recherche et master pro. Selon la ministre, cette offre foisonnante de formation à l’université trouve son origine avec le passage au LMD. Avant le LMD « existaient le diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS), diplôme bac + 5 plutôt professionnalisant, et le diplôme d’études approfondies (DEA), plutôt orienté vers la recherche ». Les universités ont alors proposé des masters « professionnels » et des masters « recherche », pour essayer de faire comme avant (toujours pour appliquer le principe que rien ne doit changer à l’université, malgré des réformes). Selon la ministre, « après 2002, il n’y a pas eu de suivi sur le terrain. Conséquences : il y a eu une multiplication des diplômes de master liés aux recherches de tel ou tel enseignant, à tel endroit, dans telle université. Personne n’a maîtrisé le processus et chacun a créé ses masters. Il y a eu un défaut de l’Etat stratège et régulateur ». Pour ma part je trouve cette distinction « pro-recherche » discutable. Je pense que tout master doit être un master « pro ». Un master, c’est la dernière année de formation. Après on s’oriente vers les métiers de la recherche ou bien vers les métiers des entreprises (et cette différenciation se fait essentiellement par le dernier semestre du M2, par un stage labo ou un stage en entreprise). Le doctorat doit être considéré comme un vrai travail. Donc si la ministre propose de faire disparaitre la distinction entre master « pro » et « recherche », alors je suis d’accord avec elle.

Dégraisser le mammouth. Pour arriver à réduire le nombre de formation, la ministre a des idées : « La loi prévoira de passer de l’habilitation à l’accréditation des établissements par le ministère. Seuls les diplômes figurant dans une nouvelle nomenclature nationale pourront être délivrés par ces universités accréditées. Dans un premier temps, notre objectif est de diviser par dix le nombre de mentions et de faire disparaître 5 800 spécialités. Il faudra compter un ou deux ans avant d’aboutir ». […] « Nous n’allons pas supprimer des matières rares mais importantes. Peut-être y aura-t-il néanmoins de la mutualisation. Notre objectif n’est pas malthusien : nous voulons au contraire former davantage de jeunes au master ». […] « Si l’on met de côté les matières rares, qui doivent être mutualisées entre les universités, il faudra évidemment s’interroger sur le socle de formation des masters qui ont des effectifs trop faibles ». Je ne sais pas comment on fera le tri entre ce qui est rare et important et rare mais pas important. Ça ne se fera pas sans polémiques. On peut également s’attendre à la mise en place d’un nombre seuil d’étudiants qui conditionnera l’ouverture d’un master …

Insertion professionnelle des jeunes de « troisième type ». Selon la ministre, « ceux qui ressentent le besoin d’embaucher un troisième type de jeunes, en dehors des ingénieurs et des diplômés d’écoles de commerce, avec de la créativité, du recul et de l’analyse, sont totalement perdus. Je suis convaincue que cette simplification aidera aussi à l’employabilité des masters ». A la fin de l’interview la ministre rappelle le taux d’insertion professionnelle des masters : 91,4 %, ce qui est excellent. J’aime bien notre ministre, elle est tout comme moi : elle dit tout et son contraire. Au sujet des faibles effectifs, « il faudra évidemment s’interroger sur le socle de formation des masters qui ont des effectifs trop faibles. Souvent il est trop étroit, mal adapté et pose des problèmes en termes de débouchés ». Il serait intéressant d’étayer les propos par quelques statistiques : existe-t-il effectivement une corrélation positive entre la taille des promos et le taux d’insertion pro ?

Indiscutablement, tous ces éléments sont très importants pour l’université, peut-être plus que le nombril des présidents. On attend avec curiosité la réaction de la CPU …

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