Alain Beretz, président de l’Université de Strasbourg, à propos de la répartition des crédits recherche dans les laboratoires de son université :  « il y avait une règle du jeu, qui voulait que 70 % des moyens aillent dans les Labex, choisis à la suite d’une sélection internationale, mais que le reste serait accessible à tout le monde, sur une base compétitive : il faut montrer qu’on est bon dans son domaine » (Source ici).

Pour plusieurs raisons, je trouve ce petit extrait un peu surprenant. Tout d’abord, la répartition des crédits recherche de l’université entre les Labex et le reste semble fortement à l’avantage des Labex (70 % contre 30 % pour le reste, ceux qu’on appelle parfois les « gros nuls »). Il m’avait semblé que l’excellence était fortement sélective et concernait typiquement 10 % de la population des laboratoires. C’est vrai que d’après la carte de France des Labex, Strasbourg a bien tiré son épingle du jeu, avec 11 Labex portés et 6 en réseau avec d’autres sites (voir ici). Peut-être que les 17 projets (au total) représentent une proportion beaucoup plus importante à Strasbourg que dans le reste de la France, ce qui justifie alors les 70 % des crédits en direction des Labex ? Toutefois, l’hypothèse d’une excellence académique concentrée en Alsace ne colle pas bien avec les bases de données de production scientifique. Les strasbourgeois sont dans la moyenne des autres régions, ni plus ni moins (lire ici pour tous les détails et comparaison des productivités scientifiques des grands ensembles régionaux).  On sait bien aujourd’hui que les bidulex ont été installés là où la France investissait déjà beaucoup au travers des organismes nationaux de recherche (lire ici pour plus de détails). Tout cela nous donne une France très déséquilibrée en termes d’investissement ESR de l’Etat dans les régions (lire ici – dans le billet on peut constater que l’Alsace est particulièrement bien soignée par l’Etat, que ça soit en investissement humain dans la recherche que financier via les crédits du PIA). La fameuse « égalité des territoires », slogan de campagne de François Hollande, n’est pas du tout une réalité dans l’ESR … du pain sur la planche !

Ceci dit, les personnes hors Labex peuvent quand même candidater pour essayer de capter quelques crédits dans les 30 % restant (j’imagine que c’est sur le budget de l’IDEX ? ou bien on parle ici de la dotation annuelle de l’université ? Ou bien les deux sont globalisés ?). Bien entendu, la distribution est compétitive (on parle ici d’argent d’excellence ! ?) et au final on aura l’opportunité de sous catégoriser  les malheureux perdants en « gros nuls récupérables » et les gros nuls vraiment très nuls ».

J’ai toujours pensé que ça sera difficile de vivre à côté des Labex. La situation est peut-être encore plus difficile dans les universités qui ne sont pas des IDEX, et donc avec l’argent qui arrive directement vers les projets sans passer par l’université. Lors de la construction des Labex, les universités ont pris des engagements qu’il faut maintenant tenir, et ça se fera au détriment du périmètre hors Labex. Ces engagements sont un peu étonnants car ils sont pluriannuels alors que les budgets des établissements sont annuels. Je ne comprends pas bien leur validité et quand on demande, on nous répond « oui mais non ». Pas simple d’y comprendre quelque chose, et d’autant plus embarrassant compte tenu de la pénurie que beaucoup anticipent pour les universités.

Je me souviens que l’année dernière, certaines personnalités à gauche militaient pour une remise à plat du programme d’investissement d’avenir. C’était, par exemple, le cas de Bertrand Monthubert, alors membre de la direction nationale, chargé des questions de l’enseignement supérieur et de la recherche (donc la voix du PS sur ces questions). « Une remise à plat sera indispensable, pour enrayer toutes les dérives déjà décrites, et donner, enfin, de vrais moyens budgétaires à la recherche et à l’enseignement supérieur » (source ici). Soutien d’A. Montebourg lors des primaires, il signait le programme ESR du candidat, lire ici. Extrait : « remettre à plat les financements du grand emprunt afin de les rééquilibrer entre les disciplines et les territoires, et empêcher la création de structures supplémentaires qui complexifient le paysage ». C’est vrai que depuis, Bertrand Monthubert est maintenant président d’une université impliquée dans un projet IDEX (Uniti). Fort curieusement on ne l’entend plus guère militer pour une remise à plat des bidulex et de leur financement. Peu après son élection à l’université Paul Sabatier, il déclarait « Uniti n’est pas remis en cause mais il y a un climat de crise et de défiance autour du projet. » (source ici).

C’est vrai aussi que la situation est un peu confuse en ce qui concerne les IDEX. Lors de la campagne présidentielle, F. Hollande déclarait qu’il ne remettrait pas en cause les investissements d’avenir et que les engagements de l’Etat auprès des lauréats seraient honorés. Mais ce n’est manifestement pas l’avis de G. Fioraso qui, peu après sa nomination au ministère de l’ESR, déclarait : « Nous allons remettre à plat les Idex. Nous ne léserons aucun bon projet. Ce qui compte, c’est d’avoir une stratégie de sites et de voir si elle doit être aidée. Cette stratégie s’inscrira sous un nom que l’on définira ensemble. Il y aura une vision modifiée et rééquilibrée sur le territoire. Comment expliquer que le Nord, l’Ouest et Rhône-Alpes, deuxième région universitaire de recherche, aient été oubliés ? » (source ici). La réponse sera certainement donnée prochainement, avec le rapport final des assises de l’ESR. Un gros travail est à faire si vraiment l’objectif est d’avoir une « modifiée et rééquilibrée sur le territoire » (lire ici pour visualiser les déséquilibres territoriaux).

On n’a pas fini de soigner les traumatismes post-bidulex

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Les billets Gaïa sur les Bidulex:

2010-2011

2009-2010

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