Lors d’une récente commission de l’assemblée nationale (23 octobre 2012), G. Fioraso l’a annoncé clairement : «  l’Etat stratège reprend la main qu’il avait singulièrement perdu au profit de l’ANR et des investissements d’avenir dans ces dernières années ». « L’Etat doit indiquer les grandes orientations et doit le faire en dialogue avec les organismes de recherche, et l’ANR ensuite, et c’est son rôle, assure la programmation mais elle le la définit pas. La définition de la programmation se fait avec les grands organismes de recherche.  L’ANR ensuite assure la programmation».

Dans sa longue réponse sur la recherche et son pilotage, G. Fioraso n’a pas prononcé une fois le mot « université ». La préférence est clairement donnée aux organismes de recherche. Elle confirme aussi le glissement de crédits de l’ANR vers les organismes de recherche de 75 millions d’euros « dans le souci d’assurer une aide légitime aux organismes de recherche et de mettre fin au déséquilibre constaté lorsqu’un laboratoire en aidait un autre dans le cadre d’un appel à projet dont il n’était pas titulaire ». Je ne comprends rien à cette phrase, mais le fait est que là aussi, l’argent va vers les organismes, pas vers les universités. Ce qu’elle ne dit pas, c’est que le CNRS va absorber la grande majorité de ces crédits dans le CAS pensions ou autre GVT, bref cet argent ne sera pas, comme elle dit, donné aux labos pour faire de la recherche (il l’aurait été s’il était resté à l’ANR).

Ceci dit, on pouvait présager l’évolution. La « préférence organismes » était implicitement annoncée par le président Hollande (lire ici, billet qui donne un comparatif entre les deux candidats finalistes à la présidentielle). Un commentateur m’avait aussi prévenu « la gauche avantage les EPST et la droite les Universités ». Les universités, après une lueur d’espoir, risquent fort de voir confirmer leur vassalisation auprès des organismes de recherche et son rôle de voiture balai pour l’enseignement supérieur.

Ce thème du pilotage étatique de la science n’est pas clair pour moi. Est-ce vraiment à l’État d’indiquer les grandes orientations de la science ? Je peux bien entendu comprendre qu’un État (qui finance) est parfaitement légitime dans ce cadre-là, étant donné qu’il est financeur.  Il peut aussi y avoir des grands enjeux, comme ce fut le cas à l’époque des trente glorieuses où la science et la technologie a joué un rôle important pour le développement du pays (ex : nucléaire, TGV, aéronautique). A l’époque, les organismes de recherche ont joué un rôle important étant donné que peu de recherche était faite à l’université. Mais aujourd’hui, la situation me semble assez différente. Je n’ai guère l’impression que la science soit une activité « nationale » au service d’un pays. Il me semble plutôt qu’elle est largement internationalisée avec de multiples collaborations internationales. L’ensemble des résultats ne restent pas spécialement au bénéfice d’un pays mais profitent à tous les terriens au travers de publications dans les journaux internationaux.

La revue Nature a consacré un petit article sur ce thème (lire ici pour une introduction, libre accès, et dans un article « Research funding: Global challenges need global solutions » pour les heureux abonnés à la revue). L’article constate maintenant une forte internationalisation de la recherche et fait remarquer que, malgré cela, le financement de la science reste encore très majoritairement national (ce qui peut paraitre un peu paradoxale et mal adapté). D’après la revue, cette organisation doit évoluer, en particulier sur des sujets qui sont maintenant devenus des enjeux globaux (comme par exemple l’énergie, le changement climatique, l’agriculture). J’ai récemment participé à un gros consortium de recherche avec trois continents (Amérique du Nord, Europe et Asie). Pour tourner localement, il fallait trouver chacun de son côté le financement auprès de nos agences respectives. On y arrive mais que de complications !

Ah la mondialisation … heureusement, l’État stratège est de retour. Il va me dire quelle recherche je dois faire (et me donner plein de sous pour cela ?).

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