Dans les assises de l’ESR ou en marge ces assises, l’AERES semble être sur le grill. Tout commence avec un rapport de l’académie des sciences qui préconise carrément la suppression de cette agence « l’AERES fait la quasiunanimité contre elle. La suppression de l’AERES doit conduire à la mise en place de structures d’évaluation dépendant directement des universités et des organismes de recherche qui auraient la charge de constituer des comités d’évaluation indépendants, faisant appel à des experts nationaux et internationaux reconnus » (source ici). Je ne sais pas sur quelles données est basée cette « quasi-unanimité contre elle », l’académie des sciences ne le précise pas. On peut être également étonné que l’académie des sciences propose une structure d’évaluation qui dépende directement des structures qui seraient évalués.

Une agence indépendante des structures qu’elle évalue, c’est justement une des motivations premières de la création de l’AERES. Pourtant la ministre G. Fioraso ne semble pas être convaincue de l’utilité d’avoir cette indépendance pour les évaluations et plus généralement remet en question la pertinence de cette agence :

« Est-ce utile de disposer d’une agence d’évaluation indépendante ? Dans le principe, pourquoi pas ? Cependant, le bilan de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur n’a pas été établi. Beaucoup de jugements négatifs ont été exprimés au sujet des actions qu’elle a conduites : des institutions aussi sérieuses et impartiales que l’Académie des sciences ont recommandé sa suppression de même que des syndicats de chercheurs. Cette agence pose donc un problème. […] Des améliorations et des changements profonds doivent donc être mis en œuvre dans le fonctionnement de cette agence, y compris dans sa composition qui doit intégrer plus d’experts issus des organismes de recherche et des grands laboratoires. Le dialogue étant notre méthode de travail, les préconisations émises dans la cadre des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche serviront à conduire cette réforme » (Source ici, réponses du gouvernement lors d’une séance de questions dans une commission de l’assemblée nationale).

Une série d’autres salves contre l’AERES émane des organisations syndicales et autres collectifs nonistes. On peut lire plusieurs contributions aux assises qui vont dans ce sens « supprimer l’AERES et confier l’évaluation à des comités composées d’élus comme le CoCNRS et le CNU ».

Mais quelles sont les réactions de l’AERES ? On peut lire un premier document ici dans lequel elle résume ses missions et fait quelques propositions, dans le cadre d’une contribution initiale aux assises de l’ESR. Je trouve que c’est un document intéressant, équilibré et constructif, qui montre que l’agence est ouverte à des évolutions (petite remarque: je crois que celui-ci est antérieur à la charge de l’Académie des Sciences cité plus haut. Il faudrait que l’AERES prenne l’habitude de dater ses documents et communiqués!).

Deux autres documents complémentaires sont ensuite publiés, après la contribution de l’Académie des Sciences. L’un est un document sous la forme de réponse aux FAQ (en 15 points), lire ici. Là, on sent clairement l’AERES sur la défensive. Elle en profite pour détricoter des psittacismes que l’on peut lire en abondance dans les contributions des assises. L’autre est une prise de position en réponse aux diverses remises en question (lire ici). Extrait : « Il nous semble que des décisions radicales relatives à l’AERES, jeune autorité indépendante, exposeraient aussi notre système de recherche et d’enseignement supérieur à deux autres risques : celui de fragiliser une culture de l’évaluation qui n’est pas encore fermement implantée dans nos établissements ; celui de redonner du poids à des pratiques qui affaibliraient la confiance que nos voisins européens, et de nombreux observateurs étrangers, ont dans l’impartialité des évaluations conduites en France. Un tel recul serait, enfin, de nature à susciter la défiance de nos concitoyens à l’heure où, dans un contexte économique et social difficile, la recherche publique et l’enseignement supérieur bénéficient d’une stabilité relative du point de vue budgétaire, donc d’un haut niveau de priorité en France. Ce serait là un grand paradoxe ».

Enfin, très récemment il semble que l’AERES va publier un nouveau complément dans lequel elle propose des réformes assez majeures. Le texte n’est pas encore disponible sur le site des assises ou celui de l’AERES mais quelques dépêches AEF permettent un petit aperçu (source site AEF info), en attendant la mise en ligne du document. Ajout: le texte est maintenant disponible ici, avec en prime une interview de Didier Houssin, président de l’AERES, ici.

  • « Abandon de la note globale des formations :
  • Intégration d’élus dans son conseil et à abandonner la validation des procédures d’évaluation des personnels
  • Retirer du dossier d’évaluation des unités les fiches individuelles et le calcul du taux de produisants. »

On a chacun sa petite expérience avec l’AERES. La mienne est plutôt positive. Je trouve que les procédures sont plutôt explicites, avec des critères clairement affichés et une transparence qu’on ne peut pas blâmer (de la procédure, du rapport final). Ça nous avait changé des pratiques obscures antérieures du CoCNRS.

Mais allez, encore un petit effort et le prochain communiqué AERES sera l’annonce d’une auto-dissolution …

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