Faudrait-il introduire une sélection des étudiants à l’université ? C’est une question très fondamentale, qui ne doit pas être taboue, mais il faut convenir que la réponse n’est pas simple. Sur ce sujet, le lecteur attentif aura remarqué que j’ai pris ici des positions plutôt contradictoires. Les assises sont une occasion de faire le point sur le sujet, et sans surprise les contributions expriment une grande diversité d’opinions. Ci-dessous quelques extraits de contributions picorées sur le site des assises de l’ESR (donc état des lieux non exhaustif et suggestif).

L’absence de sélection, c’est démocratique

Selon certains (en particulier pour la plupart des syndicats étudiants et universitaires), l’université doit rester ouverte à tous les bacheliers, sans sélection à l’entrée des formations.  « L’accessibilité de tous les bacheliers aux études universitaires permet de donner sa chance à chacun et est de nature à produire un formidable brassage intellectuel et social », etc …. Les slogans sont bien rodés : démocratisation, égalité des chances, université pour tous, …

L’absence de sélection, c’est anti-démocratique

« Notre système souffre d’une contradiction manifeste, qui consiste à déplorer l’échec à la fin de la première année du premier cycle et à interdire la sélection à l’entrée. Le droit donné à tout bachelier d’entrer à l’université, même s’il est mal orienté, a pour effet de dévaloriser d’emblée la voie universitaire par rapport aux autres voies de l’enseignement supérieur. Laisser entrer dans les universités les étudiants les moins bien formés se retourne contre eux. L’absence de sélection par les universités s’avère préjudiciable aux chances de réussite des étudiants issus des classes les moins favorisées. Dans les pays où il existe une sélection, les universités ne placent pas toutes la barre au même niveau, de sorte que, en fin de compte, très peu de candidats à l’inscription sont exclus. C’est l’absence de sélection, et non la sélection, qui est antidémocratique ». (Source QSF, ici).

L’échec dans le supérieur : la faute à l’enseignement primaire et secondaire

« Le problème de l’échec à l’université est global et prend ses racines dans les dysfonctionnements de l’enseignement primaire et secondaire. La réduction des programmes et des horaires consacrés aux savoirs fondamentaux et une moindre exigence aux examens ont conduit à un effondrement des connaissances et de la culture des bacheliers qui se présentent dans l’Enseignement supérieur, pour certains, avec des lacunes considérables. Le baccalauréat ne garantit pas à celui qui l’obtient les bases nécessaires pour faire des études supérieures longues (il ne garantit même pas la maîtrise de la langue française : des facultés de médecine font faire des dictées en première année et certaines facultés de lettres organisent des cours de grammaire et d’expression française non seulement en licence, mais même en master pour la rédaction du mémoire !) et il est démagogique de faire croire que tout baccalauréat prépare à n’importe quelle formation universitaire. Associé à L’absence de sélection à l’entrée de l’université, cela aboutit à un échec dramatique lors des premières années du cursus universitaire et lors de l’insertion professionnelle avec des diplômes dévalués ». (Source Autonome Sup, lire ici).

J’ai quand même un peu de mal avec les discours de « dysfonctionnements » de l’enseignement primaire et secondaire. Il y a eu à une époque un choix d’amener 80 % d’une classe d’âge au bac, c’était un choix politique mais en quoi cela est est-il synonyme de dysfonctionnement ? A mon sens, le vrai dysfonctionnement est d’avoir conservé le bac comme premier diplôme universitaire, donnant le droit à un étudiant de s’inscrire dans n’importe quelle formation à l’université. On ne peut pas réformer considérablement le primaire et secondaire sans examiner les conséquences sur le supérieur …

Pas de sélection … mais … une année « zéro », de remise à niveau, pour les plus faibles ?

Devant l’énormité du taux d’échec  en licence, « il est naturel que resurgisse la question de la sélection à l’entrée de l’université. Pour ma part, je suis très attachée à l’idée de l’Université ouverte à tous les bacheliers. Alors qu’il est indéniable que, malgré toutes les réserves que l’on peut avoir à l’égard de l’organisation de notre système éducatif, le niveau d’éducation moyen de la population s’élève, comment envisager que l’Université fasse le choix aujourd’hui de devenir sélective ? Je pense qu’il faut accepter qu’une partie des étudiants, malgré le bac en poche, n’ait pas encore trouvé sa voie et ne soit pas toujours très motivée (sauf à modifier profondément notre manière d’envisager les parcours de formation, en acceptant que des étudiants puissent interrompre leurs études après le bac pour travailler, voyager, prendre le temps d’asseoir leurs choix avant d’entreprendre des études supérieures) ». « Ceci étant dit, la situation des étudiants dont le niveau est très inférieur à celui des pré-requis de la première année universitaire (c’est notamment le cas de la plupart des étudiants issus de bacs non S) est très problématique. Le système actuel, qui les envoie directement en S1, les condamne à un échec annoncé. C’est un gâchis énorme, amplifié par le fait qu’il peut être difficile de rebondir après un échec lourd. C’est inacceptable. Quand les programmes de la filière suivie dans le secondaire ne donnent pas accès au niveau des pré-requis du S1, il est indispensable que l’étudiant suive un parcours de mise à niveau. On pourra toujours trouver l’exemple de l’étudiant qui a malgré tout réussi, mais comment accepter de sacrifier tous les autres ? Un tel dispositif doit être pensé avec soin, notamment pour ne pas pénaliser les étudiants dans leurs droits à bourses ». (Source : contribution individuelle, ici)

Cette période (année ? semestre ?) de mise à niveau, nous l’avons déjà souvent discuté ici. C’est à mon sens une année « zéro » pour les étudiants qui n’ont pas les prérequis pour suivre à l’université. Une mise en place de ce système serait nécessairement associée à une sélection des étudiants (examen des situations individuelles pour trier ceux qui sont aptes à suivre une L1 et ceux qui ne le sont pas). Mais ce système permettrait de pouvoir continuer à affirmer l’accueil de tous les bacheliers à l’université, mais pas dans n’importe quelles conditions.

Pour une meilleure orientation des étudiants

On pourra noter qu’un grand nombre de contribution pointent les incohérences de notre structure de l’enseignement supérieur. Pour résumer un sujet déjà archi-débattu ici, les IUT et STS attirent les bacheliers généraux qui y voient un moyen de contournement des universités et CPGE. Dans leur majorité, les diplômes DUT et BTS ne leur servent à rien (on notera l’immense gâchis pour la communauté car ces formations ont un coût beaucoup plus élevé que les filières plus générales …). Notre enseignement supérieur marche sur la tête, il serait temps de le remettre à l’endroit. Quelques extraits sur le sujet :

« La priorité devrait être donnée à la mise en place d’un dispositif rénové d’orientation active dont on avait pu faire l’expérience par le passé. En accord par ailleurs avec les préconisations du comité de suivi LRU, ces dispositifs, dont la finalité est davantage l’orientation que la sélection, doivent impérativement être mis en place, en palliant l’absence de sélection, pour éviter des déconvenues et des pertes de temps aux étudiants que l’on oriente dans des cursus inadaptés à leur profil, et pour économiser de l’argent à la communauté, car un élève mal orienté a un coût très élevé. » (Source, Univ Lyon 3, ici).

Orientation active et régulation des flux d’entrée des formations. « Un processus de sélection de ce type présente tous les mérites du classement sans les inconvénients de l’exclusion puisque l’ensemble du dispositif y sera soumis. Par conséquent, tout bachelier pourra intégrer une formation de l’enseignement supérieur, et tous les établissements pourront développer la politique de recrutement qu’ils souhaitent en ayant la liberté de fixer, eux-mêmes, le mode de sélection et les voies d’accès privilégiées. Il ne s’agit pas d’exclure mais de réguler les flux à l’entrée de l’enseignement supérieur par un solide système d’oritnation active basée sur une interface unique permettant à chaque lycéen, en fonction de son classement et de ses aspirations, de postuler à l’entrée des formations de son choix« . (source CDEFI, ici).

Advertisements