Sur le site des Echos, on peut lire un article titré « la formidable guerre des cerveaux » (lire ici). L’auteur commente un ouvrage sorti récemment (La ruée vers l’intelligence » par Stéphane Marchand, chez Fayard). On y apprend (sans surprise) que les structures de formation cherchent à attirer les meilleurs cerveaux. Extrait : « Cette course à l’innovation se double d’une guerre des ego et des cerveaux. Attirer les talents, financer la recherche, encourager le « penser autrement », nécessite beaucoup d’argent. L’Inde est en retard car ses savants ont quitté le pays. La Chine tente de faire rentrer ses diplômés, et collabore avec des universités étrangères pour améliorer la qualité de ses ingénieurs. Quand aux Etats-Unis, ils aimantent toujours : le tiers des doctorats en sciences sont attribués chaque année à des étudiants nés à l’étranger. Cette bataille du savoir oblige à constituer des pôles d’excellence. Sale temps pour l’égalitarisme, conclut l’auteur. Mais, à le lire, les innombrables promesses que recèle la recherche de très haut niveau valent bien une entorse à ce principe ». (Remarque : la faute d’orthographe à « quand » est cadeau des Echos).

L’attractivité d’un pays peut-elle se mesurer au pourcentage d’étudiants étrangers en doctorat ? Avec un tiers d’étudiants étrangers dans les doctorats scientifiques, les États-Unis sont jugés attractifs. Si on regarde les statistiques françaises à ce sujet, on constate que 41 % des doctorants en France sont étrangers (source ici, page 20). Ils viennent à 38 % d’Afrique, 30 % d’Asie, 21 % d’Europe et 10 % d’Amérique. Ces dernières années, il y a une forte progression de ce pourcentage d’étudiants étrangers (et un recul des doctorants français) (source ici). Parmi les étudiants étrangers, 41 % font un doctorat en sciences. Si on reprend la répartition des doctorants, discutée ici récemment, on peut recalculer alors que 29 % des étudiants en sciences sont des étrangers, soit à peu près 1/3, comme aux États-Unis. Pour les autres disciplines (lettres et sciences humaines, sciences économiques), le pourcentage d’étudiants étrangers est plus important qu’en sciences (jusqu’à 60 % pour les sciences économiques). La France peut donc se considérer, au même titre que les États-Unis, comme un pays aimantant …

Mais il y a un bémol à ces chiffres flatteurs. Dans une récente enquête sur les jeunes chercheurs (doctorants) étrangers en France, la confédération des jeunes chercheurs (CJC) nous apprend que « Les jeunes chercheurs de nationalité étrangère venus travailler en France sur un projet de recherche sont confrontés à des situations problématiques en matière d’accueil, de titre de séjour, et sont victimes de discriminations en matière de contrat de travail, de logement et de droits sociaux ». […] « 44 % des doctorants étrangers n’ont pas de contrat de travail (9 % rémunérés illégalement par des libéralités provenant d’organismes français), 59 % ont une carte de séjour inadaptée, et près d’un quart n’ont pas de carte Vitale » (lire ici). Collecte de témoignages ici, recueillis en 2010 (déprimant !). J’en profite pour mettre en lien le texte de la CJC pour les assises ESR, ici.

On se souvient que F. Hollande avait déclaré lors de sa campagne « tout doctorant doit avoir une thèse financée avec un contrat de travail, donc une protection sociale ». Y’a plus qu’à …

Advertisements