On s’insurge souvent au sujet de l’échec dans les premiers cycles universitaires. Mais force est de constater que notre système de l’enseignement supérieur est loin d’être un modèle socialement responsable. Si on veut combattre ce fléau, ce ne sont pas quelques postes en plus dans les licences qui résoudra les problèmes. Il faut au contraire avoir le courage d’admettre que notre système marche sur la tête et qu’il faut le réformer en profondeur. Pendant cette période des assises de l’ESR, il peut être utile de rappeler quelques « évidences »:

La population des bacheliers a singulièrement évolué

Il faut constater qu’en quarante ans, la population des bacheliers a profondément évolué. En effet, aujourd’hui environ 80 % d’une classe d’âge atteint ce niveau d’étude. Il y a quarante ans, les bacheliers étaient les bons élèves. Le bac pouvait alors certainement être considéré comme un passeport pour les études supérieures. Il y avait alors nulle nécessité de perdre son temps d’examiner individuellement chaque cas. Aujourd’hui, la situation est tout autre. Le bac est accessible au plus grand nombre, mais est-ce que cela veut dire que tout le monde est apte à suivre des études supérieures ? Le bac n’offre manifestement plus cette garantie. C’est pourquoi, dans ce contexte «nouveau » de démocratisation du bac, la question d’une sélection à l’entrée de l’université se pose de nouveau.

L’échec des bacs pros à l’université

Sur le sujet des bacs pros, il faut d’abord préciser que l’on s’étonne quand même un peu que l’on s’inquiète des difficultés de leur poursuite d’étude. Sauf malentendu, les bacs pros ne sont pas destinés à ces poursuites d’études, mais à une professionnalisation post-bac. Si on souhaite que cette population de bachelier poursuive des études supérieures, alors il faudrait de préférence supprimer ce bac car il n’a plus alors de raison d’être. Rappelons ensuite que la non-sélection à l’université des bacheliers a été mise en place il y a fort longtemps, bien avant l’existence de cas bacs pros. Il est regrettable que leur émergence n’ait pas été associée à une réforme des conditions d’entrée à l’université. Bien entendu il se trouvera dans les bacheliers pros quelques bons étudiants motivés, qui se sont révélés durant leurs trois années au lycée. Ceux-là, il faut les encourager à poursuivre leurs études s’ils le souhaitent. L’entrée dans le supérieur devrait être alors tout simplement conditionnée par un examen du dossier du candidat, comme cela est fait pour l’entrée en BTS ou IUT.

Pour une université socialement responsable

Etre socialement responsable revêt un large panel de notions. Parmi elles, on compte la responsabilité d’une institution publique d’accompagner un individu dans son projet professionnel et celle de ne pas gâcher inutilement les moyens du service public qui sont mis à disposition. Pourtant, environ 90% des bacheliers pros échouent en licence. Ne seraient-ils pas plus responsable de vérifier un minimum d’acquis et de prérequis pour suivre telle ou telle formation ? En ce sens, les universités n’ont pas une attitude responsable devant ce problème et devrait militer pour que ces aberrations disparaissent. Mais à leur décharge, elles ne sont pas autorisées à sélectionner et sont donc dans l’obligation d’accueil tout le public, ceci malgré la LRU (liberté et responsabilité). Tout ceci est un immense gâchis humain et financier.

Comment enseigner en licence ?

En licence, depuis la grande massification, le public est devenu scolairement de niveau beaucoup trop hétérogène. On y trouve pêle-mêle des bons étudiants du bac général qui ne souhaitent pas s’orienter vers les grandes écoles et des diplômés de bacs pros refoulés des IUT et BTS. Bref dans ces conditions, comment faire un enseignement ? Les meilleurs s’ennuient à mourir (on pourrait les emmener beaucoup plus loin) et les moins bons décrochent tout de suite. On peut brocarder la pédagogie universitaire en licence mais on pourra aussi convenir que la mission qui est confiée est irréalisable. Tout cela n’est pas du tout satisfaisant mais pourtant ça perdure.

Les IUT ne remplissent plus leur mission

Au fil du temps la population des étudiants dans les IUT a évolué. Avant on allait en IUT pour obtenir un diplôme professionnalisant à bac+2. Ces formations ont toujours eu beaucoup de succès et ont très largement participé à la démocratisation de notre enseignement supérieur. Aujourd’hui la situation est un peu différente. Pour beaucoup, ces formations sont maintenant considérées comme des tremplins vers des études longues, et elles permettent d’éviter les difficiles CPGE. Les écoles ont en effet multiplié les admissions parallèles pour remplir des effectifs toujours plus volumineux (par exemple, en 20 ans, les effectifs des écoles d’ingénieurs a doublé). Les écoles d’ingénieurs viennent maintenant largement puiser leurs recrues chez les titulaires de DUT, et rappelons au passage que 80 % de ces diplômés poursuivent leurs études après l’IUT. Les recruteurs des écoles de commerce et de management privilégient les formations BTS, loin devant les écoles prépa (quant aux formations des universités, n’en parlons même pas). Rappelons que, comme les DUT, les BTS sont normalement des diplômes terminaux, c’est-à-dire des formations professionnalisantes. Ainsi donc on voit progressivement se transformer ces filières courtes, sélectives et professionnalisantes en antichambre des écoles de tout type. Ces formations devraient au contraire être ajustées à un public désirant s’insérer rapidement dans la vie professionnelle. Victimes de leurs succès, ces filières ne remplissent plus leur mission initiale (c’est particulièrement vrai pour les IUT). Les étudiants qui sont recrutés sont d’un bon niveau et prennent la place des étudiants plus modestes qui se retrouvent alors à l’université dans des formations généralistes pas du tout adaptés à leur niveau scolaire. L’échec est alors quasi-assuré. On peut bien entendu, pour faire bonne figure, réserver une partie des effectifs des IUT aux bas pros ou technos. Mais cela ne permettra pas de redonner une cohérence d’ensemble.

Pour toutes ces raisons, refonder l’orientation post-bac parait aujourd’hui indispensable.

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