Les études supérieures coûtent cher. Certes, il existe des systèmes d’enseignement supérieur, notamment ceux où le public exerce un monopole, qui fonctionnent avec un principe de quasi-gratuité (au moins pour les étudiants nationaux). Cela ne veut pas dire que ces systèmes ne supportent pas des coûts considérables qui, lorsque les ressources financières de l’État, chroniquement mal gérées, s’amoindrissent, peuvent devenir insuffisantes à garantir un enseignement supérieur de qualité. On peut certes nier le problème, et beaucoup ne s’en privent pas, la pression financière sur l’enseignement supérieur, quel que soit son principe de fonctionnement, est appelée à devenir toujours plus considérable.

Il existe donc une tendance de fond à l’introduction et même l’élévation de frais de scolarité ou droits d’inscription. Certains pays européens sont plus à la pointe que d’autres en ce domaine. Dans un monde concurrentiel, on peut remarquer que les pays exigeant le moins de charges peuvent être plus attractifs, à condition, bien sûr, que les études proposées dans ce pays en valent la peine selon ce que recherche l’étudiant étranger prospectif. Dans tous les cas, la mobilité étudiante en Europe est une politique poursuivie par les pays de l’Union Européenne depuis de longues années, connaissant ses débuts balbutiants dans les années 1980 et aujourd’hui assez répandue dans le paysage européen de l’enseignement supérieur. On ne niera pas que la crise ait des effets contraires en ce domaine comme dans d’autres, les études devenant plus difficiles à financer, aussi bien pour les étudiants que pour les États appauvris. L’enjeu est de taille pour des États où le pouvoir d’achat et le niveau de vie sont inférieurs à la moyenne européenne, et parmi ceux-ci, les pays d’Europe Centrale qui ont rejoint l’Union à partir de 2004. Nombre de leurs jeunes sont partis tenter une aventure professionnelle dans les pays d’Europe de l’Ouest, en dépit de l’accueil pour le moins réservé des Français en particulier face aux fameux plombiers polonais et autres réceptionnistes d’hôtel hongroises. d’autres jeunes veulent notamment poursuivre leurs études supérieures dans un autre pays. C’est un enjeu qui, sans surprise, se pose particulièrement dans le cadre d’études de troisième cycle et surtout de Masters. Or ce sont précisément des études demandant un investissement peut-être encore plus considérable de la part des étudiants.

Comme l’a relevé un article de l’International Herald Tribune paru ce lundi (lire ici), la Commission Européenne, dont la division enseignement supérieur gère le fameux programme boursier Erasmus, a récemment relevé un facteur inhibant pour les étudiants souhaitant entreprendre un Master dans un pays étranger, et en particulier dans un pays aux droits d’inscription élevés, y compris pour les universités prestigieuses. Ils doivent parfois souscrire un prêt, mais ils rencontrent aussi bien des difficultés pour le souscrire dans le pays d’accueil (fait édifiant: selon l’article, des banques britanniques signalent que pas moins de 45% des emprunteurs étudiants étrangers sont en retard dans leurs paiements et certains s’évanouissent dans la nature, tout simplement) que dans leur pays d’origine, dont le système bancaire est parfois encore très réticent à prêter aux jeunes (l’article cite en exemple le cas de la Bulgarie). Il semble qu’il faudrait donc introduire la notion de « prêts portables », c’est à dire que des prêts, accordés par les gouvernements ou les institutions financières aux étudiants de leur pas puissent être emportés aussi dans un cursus partiellement entrepris à l’étranger, notamment dans la poursuite de Masters.

La Commission prépare donc un projet qui sera présenté au Parlement européen cet automne, proposant d’offrir une garantie aux banques de façon à les inciter à financer des jeunes empruntant pour la poursuite d’un Master à l’étranger. Les Masters de un an semblent particulièrement prisés et visés par la mesure car l’Union garantirait un prêt de 12000 euros aux jeunes dans ce cas; ceux qui poursuivent un Master de deux ans se verraient garantir à hauteur de 18000 euros. Si ceci n’est pas un exemple de mesure européenne de soutien à la croissance, on ne sait ce qui le serait. Cela va redonner du baume au coeur de tous les contempteurs de l’austérité-imposée-par-Bruxelles!

Faites donc vos valises, étudiants, et emportez votre prêt avec vous!

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