Au risque de lasser mes aimables lecteurs, je voudrais revenir aujourd’hui sur les dualités de notre système de l’enseignement supérieur de la recherche. Oui, j’ai mis un « s » à dualités car elles sont de deux natures différentes : dualité universités – organismes pour la recherche et université – écoles pour l’enseignement supérieur. On va faire un petit point d’étape sur le sujet, après la publication hier (20 septembre) d’une note de synthèse des Assises de l’ESR, après une première vague d’auditions (lire ici).

Mais d’abord je voudrais vous faire partager un petit extrait d’une lettre de la CPU (lire ici pour le texte entier). Il ne s’agit pas véritablement de LA contribution de la CPU, mais plutôt d’un texte préambule. Entre autre, la CPU précise ce qu’elle appelle ses fondamentaux.

Des universités au cœur du dispositif : « Contrairement aux standards internationaux, les universités françaises ne sont pas les seuls acteurs de la recherche et des formations supérieures. En effet, malgré les nombreuses réformes structurelles qui ont affecté et modifié notre dispositif national, il reste profondément marqué par une double dualité : Universités-Organismes pour la recherche ; Universités-Écoles pour la formation.

Or, en raison de leur poids dans la démographie étudiante, de la densité de leur maillage territorial, de la diversité et de l’importance de leurs missions, parce qu’enfin les universités sont le seul acteur de l’enseignement supérieur et de la recherche qui soit en interaction avec tous les autres, elles jouent non seulement un rôle essentiel de formation – de bac+1 à bac+8 – et de recherche, d’insertion professionnelle de leurs étudiants, d’accueil de tous les publics, mais aussi un rôle économique, social, sociétal, culturel majeur dans leurs territoires, au plan national et au niveau du rayonnement international, notamment par la recherche pour le développement. C’est donc sur les universités que repose la chance de développement, d’adaptation et de mise aux standards internationaux de notre enseignement supérieur et de notre recherche. Les universités doivent être au coeur du dispositif, qui doit s’organiser autour d’elles et permettre les coopérations avec tous les autres acteurs et opérateurs. Les universités doivent être les opérateurs centraux d’un service public national d’enseignement supérieur et de recherche renouvelé.

L’enjeu, pour notre pays, est de donner aux universités françaises les moyens de jouer tout leur rôle dans la dynamique d’internationalisation des universités, en termes de coopération entre elles et avec les autres universités en Europe et dans le monde, mais aussi en termes de compétition pour l’attractivité internationale des étudiants, des enseignants et des chercheurs ».

Inutile que je précise que je suis d’accord avec ces fondamentaux, je n’ai d’ailleurs jamais caché ici ma « préférence universitaire ».

Mais voilà, les Assises de l’ESR ce ne sont pas que les universités. C’est aussi tout un tas d’associations, d’organismes, d’écoles, etc. Au total, c’est 85 organisations qui ont été invité à dire leur avis sur notre ESR. Elles ont été choisies parmi « des organisations syndicales et associations représentées au (CNESER), organisations professionnelles, quelques organismes de recherche, des agences, des responsables de la vie sociale, économique et politique du pays, des industriels, des ministères ayant un lien avec l’enseignement supérieur et la recherche » (source : site des assises). Quand on lit cette longue liste, on ressent un certain sentiment de malaise (quand on est universitaire) car on a une sensation que l’université (pourtant acteur très majeur) souffre d’un fort déficit de représentativité. Mais on peut aussi imaginer que le comité de pilotage des assises saura faire la part des choses entre la contribution de l’agence nationale de la betterave et celle de la CPU ?

Mais revenons au rapport d’étape des assises. Sur le sujet du billet, le rapport souligne la confirmation que notre système est complexe et qu’il doit être simplifié.

« La complexité se constate dans de nombreux champs d’intervention différents, qu’il s’agisse de l’action internationale de l’ESR français, de la valorisation, de l’organisation de la recherche ou de l’offre de formation, cette dernière étant proprement illisible pour les étudiants autant que pour les employeurs. Dans chacun de ces registres la perte de cohérence d’ensemble nuit à l’efficacité. De multiples structures ont été créées dans de nombreux domaines, avec souvent des ministères de tutelle différents, et avec pour conséquence contrôles et coûts d’interface associés et une grande difficulté à construire une politique globale cohérente. Ce constat sur la complexité du paysage de l’ESR ne masque pas des divergences sur les propositions, assez diverses et pour l’instant peu précises : faut-il réduire le nombre de structures, en améliorer l’articulation, la lisibilité, les règles de fonctionnement ?

Quel que soit le domaine, il s’agira donc dans ces Assises de réfléchir dans le sens de la simplification, et dans celui de la coopération, à l’opposé des concurrences qui ont été systématisées dans la priorité accordée aux appels à projets (ANR, Investissements d’Avenir,…). Cette simplification devra être guidée par l’objectif de dépasser les deux coupures historiques de l’ESR français entre les universités et d’une part, les écoles, d’autre part, les organismes de recherche ».

En ce qui concerne la coupure écoles et universités, on est très déçu par les conclusions partielles car aucune piste ne ressort vraiment, hormis l’éternel vœu de « coopération » (qui ne leurre personne). On ne fera certainement rien pour dépasser cette coupure historique qui, rappelons-le, n’est guère à l’avantage de l’université.

En ce qui concerne la coupure universités et organismes de recherche, la situation semble plus claire : « L’organisation et l’affirmation de chaque site invitent simultanément à porter davantage d’attention à la cohérence de l’effort de recherche national. C’est naturellement le rôle des organismes de recherche, que ce soit le CNRS, organisme « horizontal » par excellence, complémentaire avec les organismes de recherche sectorisés qui interviennent le long d’un sillon disciplinaire du plus amont au plus aval. La mise en oeuvre de la pluridisciplinarité par le CNRS, organisation d’une richesse intellectuelle sans équivalent pour poursuivre cet objectif, mérite sans doute d’être stimulée davantage ».

La préférence va donc vers les organismes de recherche plutôt que vers les universités … tout cela n’est pas de bon augure !

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PS : dans le texte des assises cité, et au sujet des alliances, la CPU est taxée « d’association très peu représentative par nature ». Est-ce une boulette ? Ou bien je ne comprends pas bien la phrase ?