Il semble que la recherche et l’enseignement supérieur ne vont pas être exclus des mesures de rigueur du gouvernement. Les budgets de fonctionnement pourraient baisser de 7% en 2013. Par ailleurs, il n’est pas impossible qu’il y ait un gel partiel des recrutements, à hauteur de 2,5 % (comme tous les autres secteurs, hormis la justice, la police et l’éducation nationale). Du jamais vu depuis bien longtemps pour le secteur de l’ESR. Ceci dit, à ma connaissance, il n’y a rien de vraiment très précis selon les secteurs. Tout cela n’est peut-être que du ragot de café du commerce, mais peut-être aussi qu’on ne va pas rigoler en 2013. Pour plagier une phrase lue sur Cui-Cui, « Fioraso va annoncer une baisse du budget pour l’ESR en disant « bisous les chercheurs, on vous aime ! » »  …

Plus récemment, je rapporte un bruit de couloir récurrent dans les laboratoires. Le nouveau gouvernement prévoirait de baisser les crédits de l’ANR et en compensation il octroierait une augmentation de crédits au CNRS (bref une sorte de transfert). Je me pose alors la question : pourquoi un transfert d’argent vers le CNRS et pourquoi pas vers les universités ? Elles me semblent beaucoup plus centrales dans le paysage et en auraient plus besoin. Cela me fait penser à une remarque d’un de mes commentateurs « la gauche avantage les EPST et la droite les Universités » (lire ici, une petite comparaison des perceptions des deux finalistes de la présidentielle sur le sujet). Cette affirmation reste pour moi un grand mystère mais pour l’heure, il semble qu’elle se vérifie.

Un transfert de crédits de l’ANR (guichet ouvert à tous) vers le CNRS n’est pas du tout à l’avantage des universités. Elles perdraient alors du potentiel de crédits. Certes les dotations des UMR (unités mixtes de recherche) pourraient augmenter mais je doute fort que les universités y retrouvent leurs billes. Rappelons au passage que les universités souffrent d’un faible niveau de financement, en comparaison avec leurs homologues des pays de l’OCDE.

Mais ne soyons pas surpris. Durant la campagne présidentielle, les universités n’ont pas été vraiment mises en avant. Par exemple, durant le grand discours programme du Bourget, les universités n’ont pas été citées. A ma connaissance, il n’y jamais eu d’éléments de programme qui ont été chiffrés à ce sujet, pas plus que des orientations ou priorité (tout cela sera discuté pendant les assises … Ah les assises, très pratique !).

Dans un entretien récent (lire ici), la G. Fioraso s’explique sur sa stratégie de financement des universités. Voici les points essentiels en ce qui concerne le budget des universités

  • Elle se dit surprise des impasses laissées par ces prédécesseurs  (crédits supplémentaires annoncés mais qui, selon elle, n’était que des redéploiements). Bref il y a moins d’argent qu’elle espérait en trouver.
  • Environ un tiers des universités sont en déficit budgétaire, avec une tendance qui s’aggrave. Selon elle il n’y a pas eu de moyens d’accompagnement à « l’autonomie ». En outre la politique du gouvernement précédent a mis les gens en difficulté  car il y avait trop de pression avec les projets du plan campus, puis ceux des investissements d’avenir, bref les universitaires n’ont pas eu le temps de se consacrer aux autres appels à projet pour trouver des sous. A titre d’exemple elle mentionne la chute du taux de réussite des projets français pour le dernier PCRDT (projets européens), la France est passé de 18 % de réussite à 11,4 % « Voilà encore un exemple de la baisse des moyens consécutive à la politique de nos prédécesseurs ! »[…] « On ne peut pas demander aux universitaires et aux chercheurs de tout faire en même temps. Ce ne sont pas des magiciens ».
  • Pour trouver des solutions aux problèmes précédents, la ministre pense que les acteurs doivent être mieux accompagnés et qu’il faut mutualiser l’ingénierie de projet (universités et organismes, en précisant que les organismes sont plus habitués à faire ce travail).
  • Enfin, elle en vient à notre sujet de départ : « Quant aux marges de manœuvres, elles sont bien maigres en période crise. Mais elles existent. Il va falloir redéployer effectivement les crédits de l’ANR vers les crédits récurrents des laboratoires. Il faut protéger nos laboratoires, en particulier dans la recherche fondamentale, et ne pas embêter les chercheurs en permanence par des courses permanentes aux crédits. Ce n’est pas à l’ANR de définir une stratégie, c’est aux organismes de recherche. L’ANR doit être une agence de moyens, pas de programmation à la place des autres, un outil commun ». Le redéploiement sans crédits supplémentaires, c’est exactement ce qu’elle contestait du gouvernement précédent …

J’ai bien peur que les universités vont devoir se serrer (encore un peu plus) la ceinture …