Depuis maintenant près de dix ans, la période estivale est une étape difficile à franchir pour les universités. En effet, c’est en été qu’est publié le fameux classement de Shanghai, bref c’est l’époque de la grande déprime pour les universités françaises. On a déjà tout dit sur le sujet, mais revenons brièvement sur les récentes déclarations de notre nouvelle ministre sur le sujet, dans une interview dans Les Echos, lire ici. Extraits:

Genevièvre Fioraso : « La France reste stable avec quand même un bond en avant de certaines universités comme Lille-I et Joseph-Fourier à Grenoble, indépendamment, d’ailleurs, des Idex ».

On serait très étonné que les IDEX, qui ne sont pas encore en place, aient déjà un effet sur le classement de Shanghai. On est tout aussi étonné que des universités bien classées et localisées dans des grandes métropoles comme à Lille et à Grenoble n’aient pas pu bénéficier d’un label IDEX.

Genevièvre Fioraso  « Ce classement est stable car ses critères sont conformes à l’organisation des universités anglo-saxonnes et ne correspondent pas au fonctionnement européen ».

En clair, la ministre nous dit que le classement des universités françaises est mauvais (pardon, stable …) car les critères ne sont pas adaptés à notre système. C’est tout à fait vrai si on considère l’éclatement de notre système de recherche (universités + une myriade de plus ou moins gros organismes de recherche) et de notre enseignement supérieur (universités + écoles + formations post-bac au lycée), bref un système d’une grande complexité et qui est concurrentiel (un comble car ils sont tous du service public !). Comment demander aux universités d’être bien classées alors qu’en France on a toujours donné une préférence aux structures extérieures aux universités (organismes pour la recherche, écoles pour la formation supérieure) ?

Alors c’est vrai que dans ces conditions qui ne sont pas adaptées aux critères internationaux, on pourrait demander aux chinois de ne plus classer les universités françaises, on serait alors bien tranquille. Comme V. Pécresse auparavant, notre ministre souhaite mettre en place un classement européen. Mais dans ce contexte, les problèmes de critères risquent d’être tout aussi problématiques que ceux du classement de Shanghai, car les autres pays européens sont loin d’avoir un système comparable au notre. De tout façon, elle déclare que ce classement ne la préoccupe guère (lire ici). C’est vrai qu’il est de bon ton de dire qu’on en a rien à faire du classement de Shanghai, et tant pis pour les étudiants internationaux qui l’utilisent comme aide à la décision de leur orientation. V. Pécresse me paraissait un peu plus lucide sur ce thème quand elle déclarait « le problème du classement de Shanghai c’est son existence » (source ici). D’ailleurs toutes les études montrent bien que les classements ont un réel impact (qu’il soit bien fait ou non).

Genevièvre Fioraso : Le classement « ne prend pas en compte les sciences humaines et sociales […] Il ne tient pas compte du nombre d’étudiants, de la qualité de l’enseignement, de la valorisation de la recherche, de l’insertion professionnelle ».

Mais les universités françaises seraient-elles mieux classées avec une meilleure prise en compte de ces critères ? Ce n’est pas l’avis de notre ami François Garçon qui répond à notre ministre sur ce sujet avec un texte bien mordant et que je trouve assez pertinent: « Classement de Shanghai : le soldat Chauvin doit cesser de conseiller Geneviève Fioraso » (lire ici). Extrait de sa conclusion : « Au lieu d’entretenir l’illusion paranoïaque d’un complot qui s’acharnerait sur la France, mieux vaut préconiser les bonnes médications ». Espérons que les assises permettront de le faire …

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