« Lutter contre l’échec en licence était une priorité affirmée du candidat François Hollande. Et qui pourrait être contre la volonté de mettre fin au gâchis que représentent ces masses d’étudiants commençant des licences universitaires et qui se découragent, renoncent, ou échouent aux examens ? Mais ce problème, dont Hollande n’est certes pas le premier à se saisir, sans être un faux problème, ne serait pas bien analysé si on se limitait à le poser en termes d’organisation pédagogique ou de condition de vie des étudiants. Car il est avant tout lié à un problème d’orientation »

Il s’agit de l’introduction d’un long texte de Martin Andler, titré « sauver la licence ». Je partage les grandes lignes de ce texte très intéressant. Ci-dessous quelques petits points de détails qui me sont venus à sa lecture. Ils sont très mineurs et ne n’enlèvent rien à la qualité du texte (il faut donc aller lire le texte d’abord avant de lire la suite de ce billet).

1) Ce constat d’agonie des filières universitaire n’est pas nouveau. Ça fait au moins 15 ans qu’on le sait mais les alternances politiques n’y ont rien changé. Je pense que cet échec est certes celui les politiques successives de l’ES (de droite comme de gauche) mais c’est aussi celui des universitaires. Analyser les raisons de cet échec de l’université me semble important si on veut parvenir un jour à une solution. Bref une once d’autocritique des acteurs universitaires me parait ici essentielle. Je pense aussi qu’on ne fera rien si on ne sait pas comment contourner les forces conservatrices antirévolutionnaires (les nonistes).

2) Souvent les universitaires sont assez sévères envers les étudiants (n’ont pas le niveau, ne travaillent pas assez, etc …). De leur coté, les étudiants ont aussi une vision assez négative de l’enseignement dispensé en licence (lire le billet "Les raisons de l’échec selon l’UNEF").  On pourra lire aussi le texte de Philippe Meirieu, qui a « un peu honte pour l’université » (lire ici). A ma connaissance, les universitaires continuent d’ignorer superbement ces critiques.

3) Il me semble essentiel de revaloriser l’enseignement dans la carrière des enseignants-chercheurs. L’enseignement n’est clairement pas la priorité pour un EC. On a discuté souvent de ça ici, par le thème de « l’enseignement punition » (lire nos billets "les raisons du mépris: l’enseignement punition" et "En finir avec l’enseignement punition") et on avait esquissé quelques possibilités.

4) L’auteur donne les raisons du succès des filières sélectives (CPGE, IUT, BTS). Il ne mentionne pas que l’une des raisons de l’échec des licences est que son public est devenu, depuis la grande massification, scolairement de niveau beaucoup trop hétérogène. On y trouve pêle-mêle des bons étudiants du bac général qui ne souhaitent pas s’orienter vers les grandes écoles et des diplômés de bacs pros refoulés des IUT et BTS. Bref dans ces conditions, comment faire un enseignement ? Les meilleurs s’ennuient à mourir (on pourrait les emmener beaucoup plus loin) et les moins bons décrochent tout de suite. Tout cela n’est pas du tout satisfaisant mais pourtant ça perdure. Orienter (donc sélectionner ?) permettrait de prendre en compte les pré-requis des élèves avant l’inscription dans telle ou telle formation.

5) L’auteur pense qu’il faut sauver la licence universitaire, pour des raisons très raisonnables. Toutefois le système est tellement agonisant qu’on se demande si ça vaut vraiment le coup. J’en avais d’ailleurs fait un billet : « faut-il sauver la licence universitaire » ? Comme lui, je pense qu’on ne pourra pas se contenter de petits pansements comme cela a été fait par V. Pécresse ou comme cela semble être programmé par le nouveau gouvernement. L’auteur donne quelques pistes très générales (mieux travailler sur l’orientation, redresser l’image très dégradée des cursus universitaires), mais on peut regretter qu’il ne donne aucune suggestion "choc". Pour ma part, j’en ai deux assez simples : il faut intégrer les CPGE à l’université et construire une interface avec les étudiants qui veulent s’orienter vers la recherche et les métiers de l’enseignement. Par ailleurs il faut poursuivre la construction/structuration de grands ensembles scientifiques et technologiques associant grandes écoles et universités.

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… et bien entendu, relisez la fabuleuse histoire du monde merveilleux des girafes !

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