Même si l’enseignement supérieur et la recherche n’ont guère été des thèmes de campagnes très médiatisés, nos deux candidats finalistes ont chacun des visions parfois assez contrastées sur le sujet. La revue Nature a publié récemment une longue interview des deux candidats (lire ici). Discutons aujourd’hui des investissements d’avenir (grand emprunt). Rappelons que seuls huit IDEX ont été retenus. Ces IDEX sont les grands pôles universitaires de demain.

N. Sarkozy : « On n’a jamais vu le peloton accélérer parce que les derniers allaient plus vite. Le peloton accélère lorsque ce sont les leaders qui accélèrent. Eh bien, je pense que les Investissements d’avenir parce qu’ils récompensent les meilleurs, vont promouvoir tout le système de recherche et d’enseignement supérieur français, et pas seulement les lauréats ».

« Diriez-vous que les universités de recherche sont uniformément réparties sur tout le territoire américain ? Non. C’est exactement pareil en France : si nous voulons des champions de classe mondiale pour la recherche, nous devons concentrer les moyens sur les sites où la recherche est du meilleur niveau ».

« Pour les sites qui n’ont pas été retenus au titre des initiatives d’excellence, nous veillerons à ce qu’ils tiennent leur rang, en particulier en matière de formation ».

Il est très évident que N. Sarkozy assume pleinement la création d’un système à deux vitesses. D’un coté des grands pôles universitaires qui s’occuperont principalement de recherche et de l’autre des sites qui se reconvertiront dans la formation.

Pour F. Hollande, « les investissements d’avenir ont aggravé les disparités et les déséquilibres. La France de la recherche, ce n’est pas seulement Paris, Bordeaux, Toulouse, Aix, Marseille et Strasbourg. Il est étonnant que ni Grenoble, ni l’université de Lorraine, sélectionnés et qui présentaient des dossiers spécialisés en ingénierie n’aient pas été retenus par les jurys ».

« Je ne remettrai pas le travail considérable accompli par les équipes, je ne renierai pas la parole de l’Etat, mais après l’audit, je demanderai — dans le cadre des crédits non affectés — de corriger les inégalités territoriales. Je veillerai à ce que ne se constituent pas des déserts universitaires et scientifiques. J’impulserai une logique de coopération qui se substituera à une logique de compétition. Je réduirai le clivage croissant et la concurrence effrénée entre les universités ».

F. Hollande a également raison de souligner que les investissements d’avenir ne concernent que des intérêts d’un emprunt distribué sur dix ans « 1 milliard annoncé, c’est en réalité 34 millions de reçu par an pour l’université lauréate ». Bref c’est une goutte d’eau dans l’océan de l’ESR. Alors pourquoi parler de disparités et déséquilibres pour une somme aussi faible ? Si vraiment F. Hollande veut une France égalitaire et des territoires équilibrés sur ce thème, je pense qu’il se trompe de cible. S’il veut s’y attaquer, il devra examiner de près les investissements de l’Etat dans les organismes de recherche. Il constatera alors l’extrême injustice de répartition. On peut lire quelques données dans un billet antérieur, ici. Je souhaite bon courage à F. Hollande quand il mettra en oeuvre son rééquilibrage territorial !

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