Poursuivons aujourd’hui notre passionnante enquête sur le ressenti des universitaires concernant l’autonomie des universités. Selon Eric Marty, professeur de littérature contemporaine à l’université Paris-Diderot, l’autonomie des universités serait une sorte de servitude. Ci-dessous, je recopie les deux premiers paragraphes d’une tribune récente publiée par Le Monde, titrée « La réforme de l’université, une catastrophe » (source ici)

« Depuis la LRU, jamais les universitaires ne se sont à ce point trouvés dans la servitude. Ce diagnostic empirique pourrait être une petite leçon de philosophie politique : le pouvoir ne donne des libertés que pour mieux se faire obéir, et l’autonomie aura été, en grande partie, un processus par lequel désormais les enseignants du supérieur se surveillent, s’asservissent, se soumettent eux-mêmes, obéissent par anticipation aux menaces par crainte d’être exclus des lieux de décision.

Dure et impitoyable leçon qu’on espère falsifiable : c’est lorsque les universités étaient soumises à un pouvoir centralisé, vertical, “soviétique” disaient certains, que nous étions réellement libres. Libres de travailler, libres d’enseigner, de chercher, de publier, de diriger des thèses sans les entraves normatives, bureaucratiques, asphyxiantes que les pouvoirs horizontaux n’ont, depuis, cessé de multiplier ».

Très aimablement, un commentateur de ce blog m’explique : « C’est effectivement quand les universités ont moins d’autonomie que les universitaires en ont le plus. Le contrôle centralisé est trop loin pour pouvoir peser réellement sur les comportements individuels et les réseaux ou les relations personnelles des universitaires leur permettent d’actionner quelque rouage de cette lointaine machine qu’est ” le ministère”. Les syndicats, en particulier, ont bien senti que des relations avec les employeurs sont plus difficiles quand on traite indépendamment avec 100 présidents plutôt qu’avec un ministre qui ne peut pas tenir compte de toutes les situations spécifiques ».

Comme souvent dans une communauté des humains, j’ai l’impression qu’il y a une sorte de conflit entre la liberté individuelle et la liberté d’une collectivité. Nombre d’universitaires ont clairement donné une préférence à une liberté individuelle, certainement qu’ils ne croient pas à la collégialité. Pourtant, ce sont souvent les mêmes qui défendent ardemment la « république universitaire », c’est-à-dire une collectivité qui, en toute logique, devrait être apte à prendre les décisions qui seraient les meilleures pour elle.

Finalement, c’est Valérie Pécresse qui a le mieux analysé la situation, quand elle déclarait en juillet 2009 au terme du mouvement universitaire noniste : « A travers ces six derniers mois, j‘ai été frappée de voir la force de méfiance qui anime la communauté universitaire. Les universitaires n’ont pas confiance en eux-même ni en leurs collègues. Ils doivent retrouver une légitimité sociale et une place symbolique que 25 ans d’abandon des universités, par des gouvernements de droite comme de gauche, ont sapée »

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