La forte massification et démocratisation de l’enseignement supérieur a conduit à l’ouverture de nombre d’antennes délocalisées, surtout pour le premier cycle. Ces antennes sont-elles aussi performantes que leurs universités mères ? Ce billet présente un cas d’étude, trouvé un peu par hasard sur la toile (source ici) et qui est extrait d’un livre de Georges Felouzis (La condition étudiante, Paris, PUF, 2001). Dans son étude, l’auteur compare les parcours des étudiants pour une même filière, sur trois sites différents (Bordeaux, Agen et Périgueux). A priori ces filières sont équivalentes (en contenu mais pas en taille), mais l’auteur note plusieurs disparités importantes.

En ce qui concerne le taux de réussite sur les trois sites : « Dans un site délocalisé, il y a beaucoup d’abandons et d’échecs, dans l’autre site délocalisé, peu d’abandons et une forte proportion de réussite, et dans l’université mère, une position intermédiaire ».

L’auteur observe aussi un effet sur l’ampleur des inégalités sociales. « Les abandons ne se distribuent pas selon les mêmes principes dans chacun des sites, et ne concernent pas les mêmes étudiants : indifférencié dans une antenne, l’abandon dépend plutôt de la série du bac dans une autre, et à la fois du niveau scolaire et de l’origine sociale dans l’université centrale ». « La corrélation entre réussite et origine sociale n’est significative que dans la filière bordelaise ». D’après lui, les antennes limitent les effets sur les inégalités sociales alors que dans l’université mère «  la sélection invisible joue pleinement, et favorise les étudiants socialement les plus compétents ».  «

L’auteur conclut que « la clé de la compréhension des effets de site se trouve dans la capacité des enseignants à se mobiliser autour de la réussite de leurs étudiants ». « Dans l’un, quelques enseignants et administratifs (qui ont formé une sorte de gouvernement local du centre universitaire) se sont mobilisés autour d’une réelle identité de site, souhaitant pour diverses raisons la réussite de l’expérience, et agissant comme des entrepreneurs universitaires, s’investissant de façon particulière dans la vie du site ».

En résumé, il semble que les étudiants réussissent d’autant mieux qu’il y a une équipe pédagogique soudée et impliquée autour d’eux … dingue !

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