Ça fait bien longtemps que l’on n’a pas parlé ici des ingénieurs. Je reviens sur le sujet avec une bonne nouvelle : les masters d’ingénierie du réseau FIGURE ont décroché un IDEFI (Initiative d’excellence en formations innovantes). Mais pourtant, des ingénieurs, la France en forme déjà beaucoup dans les écoles. En quoi ces nouvelles formations sont innovantes ? Pour le président du réseau, Yves Bertrand, « ces masters d’ingénierie seront complémentaires des écoles d’ingénieurs ». On peut lire son interview sur EducPros (ici). Il y détaille (un peu) la nature des parcours: renforcement dans une discipline scientifique, place des SHS, pluridisciplinarité et fort ancrage sur les labos de recherche (bien notés par l’AERES ! m’enfin !) – Extraits (en italique):

« Comment les étudiants seront-ils sélectionnés ? La sélection se fera sur dossier et entretien, mais les exigences dépendront de chaque université. Certaines pourront faire valoir une vision assez élitiste, tandis que d’autres suivront le principe d’une sélection par la réussite : tous les étudiants qui le souhaitent pourront entrer dans le cursus, mais ils en sortiront s’ils n’ont pas le niveau ».

Je n’arrive pas à bien comprendre comment les universités pourront se donner la liberté de sélectionner par dossier et entretien. Je pensais qu’elles n’avaient pas le droit de faire une sélection post-bac …

« Maintenir le terme « d’ingénierie » n’est-il pas ambigu vis-à-vis des formations d’ingénieurs ? Pas du tout ! Parler d’ingénieur au sens de diplômé d’une école d’ingénieurs est réservé aux établissements certifiés par la CTI mais le mot ingénieur lui-même est libre de toute utilisation ! Sur le million d’ingénieurs en poste en France, 500 000 n’ont pas le titre en tant que tel » […] « L’enjeu, pour nous, est celui de la lisibilité des masters universitaires, beaucoup trop nombreux. Ces dernières années, nous avons eu de plus en plus de diplômes différents, et de moins en moins d’étudiants… Au-delà de l’aspect paradoxal, cela prouve que multiplier les masters pointus n’est pas un facteur d’attractivité, tandis que les écoles d’ingénieurs, précisément, sont très lisibles pour les étudiants ».

Là on peut discuter. Si c’est une question de lisibilité nationale, nul doute que Monsieur Bertrand a raison, les écoles sont beaucoup plus lisibles que les formations universitaires. Mais si c’est une question de visibilité internationale, je ne pense pas me tromper en disant que les universités ont bien plus de potentiel que nos petites grandes écoles. (lire le billet nos grandes écoles sont trop petites).

Mais ne va-t-il pas y avoir chevauchement et compétition avec les écoles internes (par exemple les écoles Polytech’ ? Non, car elles seront « complémentaires des écoles d’ingénieurs : une université n’ouvrira pas de master sur une spécialité qui recouvre celle de l’école locale. Notre idée n’est pas de « piquer » des étudiants aux écoles d’ingénieurs ! Notre vivier, ce sont les cohortes de bons étudiants scientifiques qui s’inscrivent sans grande conviction en médecine, sport ou psycho, et y échouent ». Hum hum …

« Côté insertion, à quels métiers ces masters d’ingénierie destinent-ils les étudiants ? Notre objectif est de former des étudiants qui pourront occuper des postes non pas d’ingénieurs généralistes, mais d’ingénieurs spécialistes, l’accent étant vraiment mis sur l’expertise scientifique. Là encore, il ne s’agit pas de concurrence déloyale, dans la mesure où les entreprises ont besoin de ces deux types de profils. Le problème aujourd’hui, pour les facultés scientifiques comme pour les écoles d’ingénieurs, est celui de l’attractivité des filières scientifiques et nous avons tout intérêt à travailler ensemble pour y remédier ».

Par ailleurs Monsieur Bertrand pourrait rappeler que le taux d’insertion des masters universitaires est excellent (typiquement 95 %), rien à envier aux grandes écoles.

Bon, allez, voilà la grande révolution en marche. Est-on en train de tourner la page de l’ingénieur à la Française …?

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Pour ceux qui ont raté le début de cette histoire de création du réseau FIGURE, avec toile de fond une pitoyable polémique entre l’AERES et la CTI, je vous invite à parcourir les billet suivants: formation universitaire au métier d’ingénieur, jugée par certain un vrai pavé dans la mare (lire le résumé des enjeux et conflits dans un article EducPros, ici). Sur ce coup, il faut convenir que l’AERES a été assez taquine envers la vieille dame (CTI). En janvier, la CGE et la CDEFI viennent soutenir la CTI contre l’AERES. Pourtant, il apparait que nos ingénieurs sont en mal d’innovation, peut-être que ces masters d’ingénierie seraient la solution ? Les écoles d’ingénieurs proposent bien des masters et des doctorats, mais veillent à garder d’apanage des diplômes d’ingénieurs ! … d’autres encore préconisent qu’ils mettent en place leurs propres licences d’ingénierie. De leur coté, les universités ne restent pas les bras croisés, elle mettent en place le Réseau Figure (formation à l’ingénierie par des universités de recherche). Que tout cela est compliqué ! il faut sauver nos écoles d’ingénieurs !

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