La semaine dernière, Emmanuel Zemmour, président de l’Unef, a publié dans Le Monde une tribune titrée « La réforme de l’enseignement supérieur est devant nous, pas derrière » (lire ici). Il s’agit d’un texte assez bien équilibré, l’auteur ne se prive pas d’égratigner le bilan du quinquennat en matière d’ESR mais reconnaît néanmoins que « l’agitation tout azimut du gouvernement a permis de remettre les universités au centre de l’enseignement supérieur, au détriment des grandes écoles ». Pour ma part, je pense qu’il s’était offert en 2007 une formidable occasion mais le conservatisme anti-révolutionnaire des nonistes universitaires a empêché toute évolution significative. Un grand gâchis…

Pourtant j’avais quelques espoirs en cette période de campagne électorale. Normalement c’est l’époque des grands projets, des grandes idées de réformes. Mais force est de constater qu’il faut faire une croix sur tout cela. Nul candidat ne semble s’y intéresser vraiment. Ainsi, on peut considérer dès à présent que l’université a perdu son premier cycle. Il faut savoir avouer sa défaite. Si elle le garde, pour l’instant, c’est que les lycées ou les structures privées qui prendront le relais ne sont pas encore en place. Et puis, quand bien même ils auraient quelques velléités de faire évoluer le système, les chiens de garde anti-réformistes veillent …

Mais je m’égare, je voulais tout simplement parler du texte d’Emmanuel Zemmour. Dans son texte il parle de la pédagogie universitaire « la réussite des étudiants en licence doit être abordée en profondeur, c’est à dire par la remise à plat des enseignements, le recrutement de 25 000 enseignants et personnels sur 5 ans et une rénovation des pratiques pédagogiques liant pluridisciplinarité et spécialisation progressive. L’accueil de nouveaux publics à l’université doit redevenir une priorité gouvernementale à l’heure où seuls 40% des jeunes de moins de 30 ans issus de milieux ouvriers ont pu s’inscrire dans l’enseignement supérieur. Ce chantier doit s’articuler autour de la lutte contre les voies de contournement des universités en redonnant aux IUT leur rôle historique d’accueil des étudiants issus de filières non générales ».

Emmanuel Zemmour est un doux rêveur, il semble. Il veut une remise à plat des enseignements, une rénovation des pratiques pédagogiques, une lutte contre les voies de contournement des universités, etc … bref il veut faire une grande révolution du premier cycle ! Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’Unef fustige les pratiques pédagogiques des universités et milite pour une révolution du premier cycle. L’année dernière le syndicat avait publié un texte appelant à révolutionner le diplôme de licence (lire ici). Dans ce texte, la pédagogie universitaire était particulièrement mise en question (sans que cela provoque la moindre réaction chez les universitaires, d’ailleurs). Extraits :

  •  « Le contenu des enseignements et les modes de transmissions des savoirs n’ont pas évolué et n’ont pas su s’adapter à la massification de l’enseignement supérieur et à l’accueil des 2.2 millions d’étudiants.
  • Les techniques d’enseignement et leurs contenus n’ont pas su prendre en compte l’évolution de la société et sont rester dans un conservatisme qui conduit aujourd’hui à un échec massif des étudiants.
  • L’université reste structuré par et pour la recherche alors que moins d’1% des étudiants s’y destinent.
  • Les enseignements universitaires sont restés très cloisonnés et la pédagogie est absente des bancs des amphis.
  • La technique du bachotage est trop souvent présente, celle qui consiste à intégrer le plus de connaissances brutes possibles, sans utiliser les outils méthodologiques ou réquisitionner ses compétences.
  • Seules quelques formations ont su évoluer, comme celles dispensées dans les IUT ou dans les licences professionnelles. Mises à part ces quelques exceptions, la pédagogie universitaire n’a pas changée alors que le public étudiant c’est fortement diversifié.
  • La pédagogie est devenue un tabou dans l’université : les enseignants ne reçoivent aucune formation pédagogique et professionnelle, les cours d’amphis ne sont jamais réfléchit dans un objectif pédagogique. Finalement seuls ceux qui ont le bagage culturel suffisant réussissent à l’université.
  • L’absence de suivi individuel prive les étudiants d’une éventuelle progression et ne fait qu’accentuer leurs lacunes.
  • Les pédagogues ne sont pas toujours les bienvenus, et ne sont pas valorisés au sein de l’université. Les enseignants à l’université sont d’abord reconnus pour leurs travaux de recherche. C’est d’ailleurs ces mêmes travaux qui guident à l’évolution de leur carrière. Cette logique conduit un certain nombre d’enseignants chercheurs à se considérer « comme maitres du savoir », et laissent le soin à leurs étudiants de se débrouiller pour intégrer cette parole. La pédagogie doit être valorisée dans les carrières et dans les salaires. Si la réussite n’est pas une priorité pour les enseignants, comment pourrait-elle devenir réalité ? »

L’Unef n’est pas le seul porter un regard négatif sur ce premier cycle universitaire. Dans un entretien récent avec Luc Cédelle, Philippe Meirieu a « un peu honte pour l’université » (lire ici). Extrait :

« Je crois qu’il y a un vrai problème qui dépasse la question des grandes écoles. Aujourd’hui, un nombre important d’élèves fuit les premières années de l’université pour se réfugier dans les classes préparatoires, mais aussi les DUT et les BTS. A côté du réflexe élitiste des grandes écoles, il y a une vraie question posée aux universités.

Je sais que les licences professionnelles et les masters professionnels qui se mettent en place parviennent, assez souvent, à proposer des cursus bien organisés… Mais je suis catastrophé par ce qui se passe pour les bataillons d’étudiantes et d’étudiants qui se bousculent dans les filières de Lettres et sciences humaines. J’ai même un peu honte pour notre institution : pas de véritable progression et, a fortiori, de curriculum ; une juxtaposition d’enseignements dont les intitulés généraux présentent, parfois, une vague cohérence, mais dont les contenus sont totalement hétéroclites ; une extrême pauvreté des situations d’apprentissage ; aucune guidance méthodologique sérieuse ; des situations d’évaluation rocambolesques ; des validations où une note de statistiques peut compenser une note de psychologie clinique ! Bref, pour qui regarde l’université que je connais sur le plan pédagogique, c’est vraiment n’importe quoi ! » (lire la suite ici).

Bref, la question se pose sérieusement : faut-il sauver le premier cycle universitaire ?

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