Partons d’une remarque récente de notre Visseur caléidoscope : « Quand je lis les intentions dans le programme du PS, je vois bien que François Hollande, sur nombre de sujets, n’a pas beaucoup d’idées précises et attend que cela décante : on verra bien ce qu’ils vont dire et les degrés de résistance ». Au sujet de l’enseignement supérieur et de la recherche, c’est vrai que beaucoup se sont étonnés du peu de consistance du programme du PS. « Silence Radio » nous dit Jean-François Méla dans son blog (lire ici). Il fait remarquer, dans le discours-programme inaugural de FH au Bourget, « l’absence de toute mention aux universités et à l’enseignement supérieur. Pendant une heure et demie de discours, le mot université n’a pas été prononcé une seule fois ! ». Le programme ESR se fait attendre. Certaines mauvaises langues disent qu’il n’y aura rien de substantiel, que ça viendra après des état généraux qui seront organisés en début de l’été … et on verra bien ce qui en sortira. D’autres au contraire nous disent qu’il y a encore deux mois avant les élections, ce programme détaillé arrive, le temps est encore à la consultation. Patience donc …

Très concrètement, pour l’instant on a les éléments suivant du programme de François Hollande, cela correspond à l’engagement 39 du projet présidentiel « Je réformerai les premiers cycles de l’enseignement supérieur, en décloisonnant les filières à l’université afin d’éviter une spécialisation trop précoce des étudiants, en renforçant les passerelles entre toutes les formations du supérieur, notamment entre universités et grandes écoles. Je réformerai la loi LRU pour garantir une autonomie réelle des établissements, avec des moyens et une gouvernance plus collégiale et démocratique. Je créerai une allocation d’études et de formation sous conditions de ressources dans le cadre d’un parcours d’autonomie. J’encadrerai les stages pour empêcher les abus. Je donnerai une impulsion aux échanges entre universités françaises et étrangères. J’abrogerai la circulaire sur les étudiants étrangers. Je simplifierai l’organisation du financement de la recherche, notamment pour que les chercheurs et les enseignants-chercheurs puissent se consacrer à leurs véritables tâches. J’accélérerai la mise en œuvre des Investissements d’avenir et je veillerai, en favorisant les coopérations et les mises en réseau, à ce que ne se constituent pas de déserts universitaires et scientifiques » (source ici). Bien entendu, ce texte n’a pas pour objectif de donner les détails de la mise en œuvre, mais on peut convenir qu’on reste un peu dans le flou. Rappelons également que le PS avait édité un texte en mai dernier sur l’ESR, que l’on peut lire ici. Je ne sais pas du tout si F. Hollande va reprendre ce texte ou non, il avait été écrit avant les primaires socialistes.

Benoit Le Floc’h, journaliste au Monde, dans un article titré « l’enseignement supérieur oublié ?», s’interroge : « l’enseignement supérieur est-il en passe d’être mis de côté ? Depuis quelques mois, les représentants des universités et des grandes écoles font des sorties fracassantes, n’hésitant plus à malmener quelques tabous bien installés. En pleine campagne présidentielle, le moment est bien choisi, mais ils donnent l’impression de crier dans le désert » (lire ici). En effet, les diverses organisations et associations ne sont pas inactives. Chacun y va de ses propositions, c’est bien compréhensible, il faut mettre la pression et tenter de faire passer ses idées. Faisons un petit tour d’horizon :

Coté ingénieur, la CDEFI (conférence des directeurs des grandes écoles) fait 25 propositions (lire ici pour la lettre ouverte et ici pour ces 25 propositions ). La CGE (conférence des grandes écoles) fait de même avec un livre blanc qui contient 20 propositions (lire ici). Le BNEI (bureau national des élèves ingénieurs) complète cette vision « ingénieur » (lire ici).

Coté université, canal officiel de la CPU (conférence des présidents d’université), il ne semble pas y avoir de choses très structurées, ce qui est bien regrettable. On pourra tout de même lire un article sur Educpros dans lequel Louis Vogel (président de la CPU) discute de quelques points importants (lire ici, ainsi que le discours du clôture du dernier colloque de la CPU, suivre le même lien). Les diverses associations sont plus prolixes. L’association SLU a lancé récemment « l’appel de l’enseignement supérieur et de la recherche » (rien de moins !), auquel s’est associé SLR, et qui correspond à une série de propositions que je trouve un tantinet nonistes (lire ici ; on peut aussi y signer une pétition).

L’intervention la plus marquante est certainement celle d’Anne Fraisse (présidente de Montpellier III et vice-présidente de la CPU). Dans une lettre ouverte (lire ici), elle sermonne vertement le candidat François Hollande qui commet l’indélicatesse de ne pas inscrire dans son programme l’abrogation de la loi LRU. Introduction : « Les premiers axes de votre programme en matière d’enseignement supérieur nous consternent et nous voulons vous faire part de notre surprise et de notre colère devant les orientations que l’on annonce. Êtes-vous trompé à ce point sur les attentes de ceux qui vous soutiennent pour croire qu’ils souhaitent vous voir poursuivre la politique qui depuis 5 ans torpille notre enseignement supérieur ». Délicieux … dans la lettre, elle s’inquiète de voir des conseillers de l’équipe de V. Peillon favorables à la LRU, qui ont aimablement dialogué avec Mme Pécresse. Faut-il faire une chasse aux sorcières ? Moi je trouve au contraire que l’équipe de F. Hollande est riche de sa diversité, tout comme peut l’être l’université. 

Pour conclure, reprenons ces quelques mots de notre Visseur Caléidoscope : « Quels seront les résultats concrets de ces pressions ? Cela dépendra de tant de choses, de la plus grande g…, des grèves, des articles du Monde, des résistances à tous les niveaux, des conférences des présidents et des comités Théodule, des blogs en tous genres, pas par duplicité, mais parce que les intérêts (au sens noble) et les effets pervers de chaque mesure sont tels qu’il n’y a pas de vérité, ni de “bonne ” solution : il n’y a que des curseurs qu’on peut déplacer plus ou moins ».