Je suis tombée un peu par hasard sur l’annonce d’un colloque consacré à l’accessibilité de l’enseignement supérieur pour tous et à l’immobilisme étudiant (lire ici). Ici le terme « immobilisme étudiant » ne doit pas être confondu avec les trois pelés en piquet pour bloquer un bâtiment lors d’un mouvement de grève. Il fait référence à la sédentarité étudiante. Quelques questions centrales sont posées : « les élèves-étudiants les plus mobiles sont-ils ceux qui réussissent le mieux ?  Cette équation se vérifie-t-elle à tous les stades du cursus ? Est-elle récente ? Varie-t-elle en fonction des cycles d’études ? Est-elle encore pertinente dans l’optique d’un droit à la formation tout au long de la vie ? ». L’annonce de ce colloque donne quelques statistiques que je trouve étonnantes et qui méritent certainement d’être commentées.  Voici ces quelques chiffres :

1) « La très faible mobilité internationale des étudiants français était déjà connue. L’étude du ministère  en 2009 sur leur mobilité hexagonale montre le même constat : seuls 3% des provinciaux rejoignent l’Ile de France à l’entrée en Licence ou en Master.  L’importance des universités parisiennes n’est pas en cause : changer de lieu de résidence et d’études dresse des obstacles que de très rares étudiants peuvent contourner ou surmonter.

2) La même force de l’immobilisme se retrouve dans les passages entre les cycles. L’enquête menée sur un panel d’élèves entrés en 6è en 1995 offre des précisions supplémentaires. Pour les 85% de bacheliers qui accèdent à l’enseignement supérieur l’immobilisme domine : 14% quittent leur académie et moins de 1% partent à l’étranger. L’orientation « par défaut » domine. La proximité d’un site fait oublier la formation souhaitée considérée comme inaccessible car éloignée du lieu de résidence.

3) En ce qui concerne les universités parisiennes, les bacheliers des académies limitrophes sont ceux qui s’inscrivent le plus dans l’Ile de France jusqu’au M1, suivis par quelques académies plus lointaines pour l’entrée en M2. L’immobilisme dure-t-il tout au long des études ? Contrairement à une idée reçue, la réponse est positive. Non seulement l’immobilisme dure mais en plus il se renforce. A l’entrée en Licence, 53% des bacheliers ne bougent pas (89% pour l’Ile de France, 93% pour les néobacheliers s’inscrivant à Paris Ouest). A l’entrée en M1, ils sont 86% à rester dans le même lieu (97% pour les étudiants d’Ile de France). Entre le M1 et le M2, l’immobilisme concerne maintenant 88% contre 10% qui changent d’académie. Qui vient à Paris ? 3% des titulaires d’un M1. Qui part en province ? 6% des titulaires d’un M1 d’une université d’Ile de France. Qui reste dans son établissement ? 16% des provinciaux et 20% des parisiens. Toutes les disciplines ne sont pas concernées à l’identique. Ce sont les M1 de droit et de science politique qui suscitent les plus fortes migrations (25% changent d’établissement en province et 41% sur Paris), pratiquement le double des autres domaines ».

On dit souvent que le LMD et la semestrialisation a permis une plus forte mobilité des étudiants, mais ces chiffres suggèrent que l’effet est encore assez limité (s’il existe). Il serait certainement intéressant de croiser ces chiffres avec l’origine sociale des étudiants. Mon intuition est que c’est un paramètre important de la mobilité étudiante, étant donné qu’il est moins onéreux de loger chez ses parents. Les étudiants bénéficiant d’un faible support parental sont un peu obligés de trouver une formation de proximité et peuvent en conséquence renoncer à suivre les études « de leur rêve », les mieux adaptées à leur profil ou « d’excellence » (car non disponible dans leur rayon de proximité). Avec ce constat il semble indispensable de maintenir sur le territoire des formations de qualité un peu partout, si on ne veut pas dégrader la démocratisation de notre enseignement supérieur. La récente carte des IDEX ne va pas du tout en ce sens. Il m’aurait semblé beaucoup plus pertinent de construire 15 à 20 centres d’excellence avec un bien meilleur équilibre territorial.

Un autre point connexe que je ne comprends pas bien, c’est le nombre assez limité de résidences universitaires. Si les grandes villes avaient compris l’intérêt de la présence d’une université forte en leur sein, elles auraient fait cet investissement depuis longtemps et auraient accompagné leur remplissage. Ça coûte un peu d’argent, certes, mais à mon avis le retour sur investissement serait positif sur le moyen-long terme. C’est un élément qui me parait important quand on aborde le thème de l’attractivité d’un site.

Advertisements