On connaît depuis quelques jours les derniers vainqueurs du grand concours des IDEX. Pour ma part j’ai apprécié l’orientation du grand emprunt, c’est-à-dire un investissement dans la recherche et l’enseignement supérieur, tel qu’il avait été préconisé dans le rapport Juppé-Rocard. J’ai aussi toujours pensé que la mise en place de 5 à 10 pôles pluridisciplinaire de rang mondial était trop restrictif, avec de gros risques de frustrations et de déséquilibres territoriaux. On arrive certainement au terme du processus, c’est huit enfants que notre Marianne va semer dans notre territoire. La carte de France de l’ESR « d’excellence » est assez curieuse (et passablement déprimante). Quelques entrées ci-dessous, inspirées des lectures des articles de presse de ces derniers jours.

Système à deux vitesses : il parait assez clair pour tout le monde qu’on entre dans un système à deux vitesses, avec les pôles d’excellence et le reste. Parmi la foule des inquiétudes exprimées sur ce thème, retenons celle de M. Huchon et Isabelle This-Saint-Jean. Ils « s’inquiètent des consé­quences que peut por­ter en germe ce dis­po­si­tif […] et craignent en effet que la créa­tion des Idex ne favo­rise la consti­tu­tion d’un sys­tème à deux vitesses. […] Il s’agit d’une recon­fi­gu­ra­tion majeure du pay­sage de l’Enseignement supé­rieur et de la Recherche qui risque de défi­nir quelques pôles d’excellence pri­vi­lé­giés, dont la créa­tion pour­rait se faire au détri­ment d’universités dites +de proxi­mité+ des­quelles la recherche serait pro­gres­si­ve­ment exclue ». Source ici.

Déserts : Ce thème est lui aussi repris très souvent. Pour Louis Vogel, président de la CPU (conférence des présidents d’université), « les Idex ne doivent pas être des îlots de prospérité dans un désert, elles doivent irriguer toute la communauté universitaire » (source ici). Je ne comprends pas bien comment ça pourra marcher. Est-ce que les perdants pourront à terme se raccrocher aux IDEX existants, ou bien est-ce que ça veut dire que les perdants deviendront des prestataires de service des nouveaux seigneurs de la science, qui auront la bonté de leur lâcher quelques piécettes du magot ? Vincent Peillon et Jean-Yves Le Déaut, dans un communiqué du PS (mis sur ce blog dans le billet précédent mais je ne retrouve pas la source): « comment accepter le renforcement des déséquilibres entre sites universitaires et que se constituent ainsi de véritables déserts universitaires et scientifiques en France? ».

Excellence et enseignement supérieur : Objectivement, cette phase majeure du grand emprunt n’était pas centrée sur l’enseignement supérieur, seule la recherche a vraiment compté. C’est pourquoi je ne comprends pas le commentaire de Louis Vogel : il a tenu à « souligner que l’enseignement supérieur français n’était pas si mauvais que cela, puisqu’un jury international a distingué huit projets » (source ici). Monsieur Vogel voulait certainement dire « recherche » plutôt qu’enseignement supérieur. Ensuite je ne vois pas en quoi cela préjuge d’une quelconque qualité des pôles français. C’était un concours, le jury a pris les mieux classés, c’est tout. On pourrait aussi dire que le jury a jugé que les autres étaient mauvais puisqu’il ne les a pas retenu. Ils constituent environ les 2/3 des labos et des formations.

Consolation : Heureusement il semble qu’on parle de lots de consolation. « Le Premier ministre a d’ailleurs annoncé que le ministre de l’Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, et René Ricol, chargé du grand emprunt, allaient recevoir leurs dirigeants pour « voir comment les accompagner », car ces projets « méritent d’être financés » ». Le premier ministre parlait là des IDEX de Lyon et Hésam, surprenants perdants de cette deuxième phase (source ici). Les autres perdants, ceux d’aujourd’hui ou ceux d’hier, sont certainement trop nuls pour que leurs projets soient accompagnés. Pour eux ça sera un semi-remorque de KleeneX et le projet définitivement à la poubelle. Mais n’oublions pas non plus qu’il reste encore des Labex et des IDEFI à distribuer. Pour les IDEFI (Initiatives d’excellence en formations innovantes), je suis persuadée qu’elles seront distribuées principalement chez les perdants des IDEX, avec une préoccupation territoriale marquée, de façon à médiatiser une jolie carte de France bien équilibrée et de moucher toutes les mauvaises langues qui s’alarment des déséquilibres territoriaux. Ça sera aussi une bonne façon de marquer ceux qui feront de la science et ceux que l’on reconvertira sur des missions d’enseignement.

Le savoir au service de l’économie. Pour le préfet de de la région Midi-Pyrénées, région lauréate d’un IDEX,  « ce programme est un investissement dans l’avenir, autrement dit dans le savoir au service de l’économie ». Source ici.

Un programme salvateur ? En dépit de la configuration particulièrement déplaisante de ce grand concours, je me prends parfois à penser que ce programme des bidulex a été finalement salvateur. Il a permis la construction de projets impossibles à imaginer il y a quelques années encore. Par exemple, qui aurait parié que ferait des regroupements universités-écoles ? Ces initiatives d’avenir ont mis un sacré coup d’accélérateur à la rénovation de notre système sclérosé, au grand dam des conservateurs nonistes de tous poils. « En quatre mois, les mentalités ont évolué de plusieurs dizaines d’années » déclare la directrice exécutive du PRES de la région de Toulouse (source ici).

En 2012 il faudra tout reprendre : Bien entendu, il faudra réajuster tout ça, d’ailleurs le commissaire au grand emprunt l’a toujours dit. Après la première phase, on verra bien comment est le paysage et on prendra des mesures compensatoires. Cette première phase touche à son terme (reste encore des labex et IDEFI à distribuer). Alors attendons la fin de l’histoire avant d’avoir la carte finale. De son côté, le PS le dit depuis longtemps. Il y a bientôt un an,  B. Monthubert déclarait : en 2012, il faudra tout reprendre (source ici). Il y a quelques jours, dans le communiqué du PS, on peut lire : « Cette logique de concentration excessive des moyens ne peut plus durer. Nous devons porter une grande ambition pour l’enseignement supérieur et la recherche, tout en proposant un nouveau modèle qui privilégie la coopération et la mise en réseaux des forces de recherche. Nous concilierons le renforcement de la recherche et l’équité entre les territoires ».

Ah j’allais oublier, pour tous les traumatisés des bidulex, c’est ici qu’il faut aller !

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