Ces derniers temps, donc en période de démarrage de la campagne électorale, beaucoup donnent leur avis sur les réformes qu’il faudrait entreprendre dans notre enseignement supérieur. Peut-être qu’ils s’imaginent pouvoir influencer la mise en place des différents programmes ? C’est le cas, par exemple, des organisations nonistes qui réclament l’abrogation de la LRU, la suppression de l’ANR et de l’AERES, une distribution des moyens égalitaire (et non sur projets), bref ils prônent un retour aux temps anciens. D’autres, au contraire, militent pour la poursuite des réformes engagées, par exemple une  consolidation de l’autonomie des universités, la poursuite des processus de fusion des établissements, bref à une refonte significative de notre structuration.

Examinons aujourd’hui le point de vue de G. Burgel, professeur à l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense auteur de « Université, une misère française ». Ce point de vue est mis en ligne sur le site Le Monde (lire ici). Il est titré « l’Université, leurre de la droite, piège de la gauche ». Pour lui, il y a « quatre grands problèmes qui se posent à l’université française depuis des lustres ». J’en donne ci-dessous les grandes lignes, le détail est à lire à la source.

  1. Défi structurel – articulation entre université pour tous et élitisme républicain. Selon l’auteur le système dual de notre enseignement supérieur (université d’un côté, grandes écoles de l’autre) fonctionne comme « un gigantesque filtre socioculturel ». Ceci s’ajouterait à une injustice politique car « on investit plus en crédits d’éducation pour les plus favorisés ». « Pour un parti de gauche, la tentation est toujours d’abolir les privilèges, plutôt que de les étendre : supprimer, ou intégrer dans l’université, classes préparatoires et grandes écoles, avec l’appui bien-pensant de ceux qui gardent la rancœur de n’y être pas entrés, au lieu d’élargir leurs méthodes et leurs moyens à l’ensemble du système éducatif ».
  2. Défi pédagogique. Ici l’auteur cible les « méthodes qui sont devenues inadaptées à la nouvelle population, qui fréquente les premiers cycles universitaires ». Il reprend alors la ligne de conduite bien-pensante de la « nouvelle licence », de la CPU, de l’UNEF, ou du programme de la gauche (moins de cours en amphi, plus de méthodologie, moins de spécialisation, etc … bref cocoonons le jeune). A ce sujet on rappelle la charge très sévère de l’UNEF (lire ici). Nul doute qu’il faut réformer le système qui est bien évidemment très inadapté comme le montre le taux d’échec en licence. Mais l’auteur pose aussi une question qui me semble importante : « A quoi sert l’enseignement supérieur : à former ou à préparer à un métier ? ». Pour sa part, il critique fortement la tendance à vouloir trop professionnaliser les formations.
  3. Défi financier. On sait qu’en France l’enseignement supérieur n’est pas bien financé, comparé à d’autres pays de l’OCDE. Le déficit public et la crise financière ne laisse pas présager de forts investissements dans les services publics ces prochains temps. Ainsi, « les universités sont invitées à aller chercher leurs ressources ailleurs : collectivités locales, entreprises, donateurs privés ». L’auteur voit un triple risque sur cette évolution : (1) la perte de maîtrise de l’Etat (donc de la « chose publique ») et de l’intérêt général, avec aussi un « risque de prolifération d’officines privées qui prospèrent sur le déclin de l’Université ». (2) des différences de traitements qui entraîneraient une injustice sur le territoire (bref pas évident de bien réussir l’autonomie-décentralisation). (3) Un risque que la gauche ne mette pas en place la modulation des droits d’inscription « Enfin, il faudra pour la gauche affronter l’opposition des syndicats étudiants pour faire admettre une forte modulation des droits d’inscription. Puisque l’enseignement supérieur n’est pas obligatoire, chacun participe à son fonctionnement à proportion de ses moyens, de la gratuité totale à une contribution significative. Un système de bourses et de prêts généralisés devrait aider à faire passer une mesure, impopulaire, mais juste et courageuse ». Sur ce dernier point, voir également l’avis de JF Méla, ici, et celui de Terra Nova, ici.
  4. Défi immigration. Il s’agit là bien évidemment d’abroger la circulaire Guéant (F. Hollande a annoncé qu’il le ferait). Mais l’auteur propose d’aller plus loin sur le sujet (bourses pour attirer les étrangers, facilité de logement, plus de souplesse dans les cursus).
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