A gauche comme à droite, les politiques affichent des objectifs ambitieux de diplômés d’une classe d’âge niveau licence. Pour ma part je suis assez d’accord avec ce type de démarche. Je pense qu’une civilisation se doit d’augmenter progressivement le niveau d’éducation de ses membres. Il faut ensuite s’interroger sur les moyens d’y parvenir sans tricher, c’est-à-dire que la licence ne doit pas baisser de niveau afin que plus d’étudiants puissent la franchir. C’est l’inquiétude manifestée par beaucoup d’universitaires, et repris dans une récente tribune par A. Caillié et M. Gauchet dans Le Monde et titrée « ne bradons pas les diplômes de la licence! ». L’article focalise sur la récente réforme des modalités d’évaluation des étudiants que le gouvernement a mis en place sous la pression de l’UNEF.  Il aborde également le thème des conditions d’accès aux formations. Extraits :

«  Ne serait-il pas temps de comprendre que les universités ne sont pas « responsables » du taux d’échec dans leur premier cycle ? Qu’on ne peut leur demander tout à la fois d’accueillir tout le public refusé ailleurs et de diplômer celui-ci ? La population étudiante issue de baccalauréats professionnels, dont le taux d’échec en premier cycle universitaire avoisine les 90 %, ne cesse d’augmenter.

Faut-il rappeler que ces baccalauréats n’ont pas été conçus pour la poursuite d’études supérieures longues et qu’il est donc insensé, au sens premier du terme, de reprocher à l’université de ne pas parvenir à diplômer tous ses lauréats ? La sélection, absente à l’entrée de l’université, se réalise dans le cours des cursus, et l’injustice se trouve bien en amont des seules procédures d’examen. Si l’on veut réduire le taux d’échec universitaire, il faut repenser l’ensemble de l’enseignement supérieur et notamment son premier cycle, et cesser de le dévaloriser aux yeux de nos étudiants et des personnels. Sous prétexte que les diplômes sont et doivent rester nationaux, le ministère continue de définir leurs modalités d’accès avec une ingérence sans équivalent dans les pays auxquels on s’ingénie à comparer sans cesse l’université française ».

Comme les auteurs de la tribune, je pense qu’il faut réformer l’ensemble du premier cycle, celui-ci-marche sur la tête, nous en discutons souvent dans ce blog (voir liens donnés ci-dessous). Mais je pense également qu’il faudrait réfléchir très sérieusement au thème de la sélection-orientation à l’université. A l’université, et à condition d’avoir le bac, tout le monde peut s’inscrire dans n’importe quelle filière, et ceci sans examen de l’adéquation du profil des entrants avec la formation et sans entretien préalable. C’est, à mon sens, une absurdité et un gâchis monumental, comme en témoigne le taux d’échec hallucinant en licence.

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