Poursuivons aujourd’hui notre discussion avec Monsieur le Marquis (épisodes précédent ici et ici), enseignant-chercheur expatrié en Grande Bretagne. Aujourd’hui, nous parlons plus particulièrement des statuts des personnels ainsi que des évaluations des enseignants et des enseignements, deux thématiques qui, en France, conduisent à bien des blocages.

Rachel : Marquis, au Royaume-Uni, y a-t-il une sorte de modulation des services ? C’est-à-dire des personnels qui feraient surtout de l’enseignement et d’autres surtout de la recherche ? Ou bien c’est pareil qu’en France, tout le monde fait la même chose ?

Marquis : je dirais que l’autonomie joue beaucoup plus qu’en France, donc c’est difficile de vous répondre en toute généralité. Dans mon établissement, ça varie aussi par discipline, mais en gros la règle, pour mon établissement est de deux cours par an (60-70 heures), avec une réduction à un seul cours si vous avez une grosse charge d’administration, et zéro pour le directeur. Les lecturers (MC), readers (une sorte de MC hors classe/ prof 2ieme classe) et professors font tous le même service.

Il se peut que vous soyez embauché sur des contrats uniquement enseignement (ça s’appelle généralement teaching fellows, mais il y a aussi des lecturers dans ce cas), auquel cas vous ferez plus d’enseignement. Mais je n’ai pas encore vu quelqu’un passer d’un contrat EC à un contrat E, même si le président de l’université a évoqué cette possibilité. Il y a aussi des contrats de research fellow, ou vous ne faites que de la recherche. Mais la grille salariale est plus limite.

Rachel : les enseignants sont-ils évalués ?

Marquis : Sur l’évaluation, les profs sont sensés remplir chaque année un rapport d’activité, qui est lu par un comité dépendant du président. Mais c’est utilisé uniquement dans un sens positif, en général augmenter le salaire bien que ça se fasse plutôt rarement et plutôt pour récompenser une bonne « performance » collective d’un département, auquel cas les administratifs, lecturers, readers le sont aussi. Notez qu’il s’agit d’augmentation de salaires, et pas de primes, ce qui fait que les présidents sont assez prudents.

Les lecturers et readers sont évalués au moment des promotions, et encore: le moyen le plus simple d’avoir une promotion est de générer une offre d’une autre université (de faire une candidature honorée de succès sur un poste extérieur), et de demander à votre université de l’égaliser (les professeurs peuvent faire de même). En général, pour se prononcer, le président demande un avis au directeur du département, qui en réfère lui-même à un comité qui vote. Est-ce qu’il s’agit véritablement d’une évaluation, je ne sais pas très bien au final.

Il y a une évaluation quadriennale de tous les départements par discipline faite nationalement par le conseil de la recherche. Cette évaluation va déterminer la part recherche du budget du département. Cette part est cependant versée a l’université, qui peut en prélever une partie.

Rachel : Une différence majeure, c’est que l’évaluation des EC est faite en locale, alors qu’en France ce n’est pas du tout le cas. Il y a même une franche hostilité à cela, comme l’a montré le mouvement noniste de 2009. A quoi ressemble un rapport d’activité annuel en UK ? Un gros dossier ou bien juste une petite fiche qui fait 1 ou 2 pages ?

Marquis : Un rapport d’activité professeur, c’est typiquement une liste de 3/4 rubriques, la réponse finale devant faire 10 pages maximum.

Rachel : Je trouve qu’une dizaine de pages chaque année, ça fait beaucoup. J’espère que vous avez le droit de faire du copié-collé d’année en année !

Marquis : c’est une dizaine de pages AU MAXIMUM. J’ai fait une page par rubrique, et je copie colle chaque année avec des modifications mineures, comme beaucoup de mes collègues…

Rachel : On parle souvent ici du thème de la « punition ». En cas de mauvaise évaluation d’un EC, est-ce qu’il y a une sorte de « punition » ?

Marquis : Pour les professors, la seule conséquence possible de l’évaluation est l’augmentation de salaire, et il n’y a donc pas de « punition ». Ça veut aussi dire qu’il n’y pas vraiment d’évaluation si l’université n’a pas le budget pour. Pour les readers et les lecturers, il n’y a pas vraiment d’évaluation sauf promotion, ils sont sur une grille GVT et donc pas de « punition ».

La raison de cette procédure est que les salaires déjà sont assez élevés, et qu’à ce niveau un glissement vieillesse deviendrait financièrement dangereux pour l’université. Ca l’est aussi politiquement, car il y a assez régulièrement des enquêtes dans les magazines genre THES pour pointer les hauts salaires des présidents d’université et des profs: les étudiants pourraient commencer a se demander ce qu’on fait avec leur frais d’inscription… Cette procédure annuelle est assez peu utilise, et les présidents ne s’en servent qu’en cas de succès collectif, ou lorsque des disparités deviennent trop criantes.

Ceci dit, et malgré les problèmes budgétaires, il y a une pression à la hausse sur les salaires qui se maintient, et qui risque de devenir problématique. Pour prendre un exemple extrême d’un établissement où ce n’est pas problématique, la London Business School a vu les salaires moyens des profs passes de £170.000 (une moyenne plus élevée que le salaire du premier ministre) en 2008 ou 9 a £200.000 en 2010. Il y a des effets quantitativement moins importants mais similaires dans d’autres établissements et disciplines, ce qui explique peut être en partie pourquoi les universités ont choisies dans une large majorité le montant maximal de frais d’inscription de £9.000 (l’argument poliment exprime étant qu’un prix élevé est sensé être un signal de qualité). Certains spécialistes des systèmes éducatifs utilisent aussi l’exemple des Etats-Unis en tant qu’exemple de l’effet néfaste de la concurrence qui finit par renchérir les coûts de l’enseignement supérieur.

Rachel : Et est-ce qu’il y a une évaluation des enseignements ?

Marquis : oui, il y a, et elle est souvent utilisée dans les classements des départements dans des journaux comme le Guardian. En conséquence, l’intérêt des départements est de mettre en place des procédures pour détecter les problèmes très tôt, pour que l’évaluation qui intervient en fin d’année soit bonne. Ça peut donner parfois lieu à de grands exercices de démagogie et, au total, les évaluations étudiantes sont en général bonnes, avec des taux de satisfaction de 80% ou plus.

Il y a des procédures de contrôle externe pour essayer de faire en sorte que ça ne soit pas trop démagogique en ce qui concerne le niveau des examens. Les enseignants doivent soumettre leurs sujets d’examen aux collègues ainsi qu’à un examinateur extérieur. Il y a une double correction et l’examinateur extérieur a aussi son mot à dire sur la correction finale. Cette procédure, assez lourde, peut en fait jouer dans les deux sens sur le niveau des examens, car l’intérêt des départements est de garder beaucoup d’étudiants et de donner le plus possible de mentions AB, en dessous de laquelle il est difficile de trouver des emplois ou de poursuivre en Master (même si cela peut se faire et est un moyen de récupérer une mauvaise mention en licence).

Rachel : merci beaucoup Monsieur le Marquis … et bonne année à vous et à tous mes lecteurs !

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