« Mai 1968 a fait exploser les universités devenues ingouvernables en entités dédiées à chacune des grandes disciplines : lettres, droit, mathématiques… Diviser pour mieux gouverner, imaginait Edgar Faure, père de la réforme de l’époque. Alors que la transversalité est devenue dans le monde entier, surtout dans le domaine de l’excellence, l’architecture structurante de l’enseignement supérieur. Une triste décantation avait alors prolongé la tendance de l’époque en un système dual jusqu’à en être caricatural : aux grandes écoles l’élite hyper-sélectionnée et coûteusement formée pour une adaptation confirmée à la vie économique, aux universités les bataillons de masse, jungle dont sortaient par le haut quelques rescapés ayant fait la preuve de leurs qualités d’adaptation… »

« L’université vit sa mue dans les spasmes de la crise. Certaines, toutes jeunes émancipées, voient déjà leur autonomie bridée par la tutelle historique. Leurs comptes sont dans le rouge. Ce qui brouille singulièrement la vision de leur transformation nécessairement opérée dans le temps long, voire très long. Entre le moment où une équipe de profs cerne un besoin du côté des entreprises et celui où les premiers diplômés iront le satisfaire, il peut s’écouler un peu moins d’une décennie ! D’ailleurs sur le même registre, les leviers financiers de l’Etat venus subventionner la rénovation de l’immobilier et impulser une nouvelle dynamique sont eux aussi inscrits dans la lente durée. Afin d’atteindre l’objectif affiché – l’excellence -, ils vont susciter fusions, regroupements et mariages dans cet univers complexe, surtout dans la capitale. Retricotant ce que la réforme d’Edgar Faure avait atomisé, les grandes universités riches de facs, afin de constituer des entités pluridiscipliaires. A cet égard, les unions de grandes écoles et universités sont une nouveauté. Et les péripéties chroniquées de cette transformation majeure, semée d’embûches, risquent de ne pas rendre très visibles ces enjeux de grande ampleur. Il faudra du temps aussi pour découvrir que l’université est en train de changer de paradigme. »

Patrick Arnoux, journaliste au Nouvel économiste, dans un dossier consacré aux grandes écoles et universités « Université is back », 8 décembre 2011, ici et pour la version en PDF du dossier.

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