Tout comme le projet IDEX de Lille (lire ici), celui de Montpellier a été recalé. Tout comme Lille, Montpellier est pourtant un grand pôle de formation et de recherche. Tout comme Lille, la gouvernance semble avoir été une cause majeure de l’échec. Pour ma part, j’ai un peu de mal à bien comprendre ce lien étroit entre la gouvernance et « excellence scientifique », qui semble être un élément indispensable. Est-ce qu’il y a une sorte de cause à effet, comme par exemple être bien gouverné est un facteur favorable pour faire de la formation et science excellentes ? Ou bien le gouvernement profite-il de ces projets PIA pour forcer les universités à la fusion, à une gouvernance épurée ? Mais laissons là ces questions métaphysiques, cela dépasse assez clairement mon entendement.

Pour bien comprendre le sujet (si tenté de dire qu’il y a quelque chose à comprendre), il faut rappeler que ce projet IDEX à Montpellier s’est fait dans la douleur, avec multiples atermoiements et conflits entre les acteurs du site, ce à quoi s’ajoutent des difficultés dans la concrétisation du plan grand campus (500 millions d’euros sur la table en 2008). Mais plutôt que de détailler les péripéties du montage du projet (abondamment repris dans la presse régionale et ailleurs), faisons plutôt un petit tour d’horizon, probablement incomplet, des petites phrases lues dans les divers communiqués et articles dans la presse régional au lendemain de l’annonce de l’échec.

Communiqué de presse des porteurs du projet (extrait): « Nous sommes très déçus que le travail effectué et la dynamique engagée depuis sept mois au sein de la communauté académique régionale n’aient pas été reconnus. Certes, le modèle de restructuration de l’ensemble du site, compte tenu de sa complexité institutionnelle, appelait encore à des améliorations ; néanmoins le jury semble attendre des changements structurels – comme la fusion d’écoles dépendant de différents ministères – qui ne sont pas réalisables en quelques mois. Fallait-il promettre l’impossible pour les satisfaire ? » Bernard Hubert, porteur du projet Idex-SF. Source ici.

Communiqué de presse de la région (extrait): « Bloquer le dossier Idex Sud de France porte préjudice à toute l’excellence scientifique régionale mais aussi à l’attractivité de notre territoire. La Région tient à interpeller l’Etat sur les incidences qu’une telle décision pourrait avoir, l’enseignement supérieur et la recherche générant d’importantes retombées économiques et sociales en Languedoc-Roussillon ». (source ici)

Réaction du Préfet et du Recteur de l’académie de Montpellier, dans un communiqué commun : « Le jury a mis en évidence deux grandes failles du projet : le manque de vision stratégique dans le cadre de la compétition mondiale et la faiblesse de la gouvernance.  Sur le premier point, force est de constater que le rapprochement de la politique scientifique des différents partenaires du projet et la recherche de synergies n’ont pas été jugés assez efficaces pour convaincre le jury et qu’il va falloir travailler à l’avenir sur la mise en cohérence des politiques scientifiques. Sur le deuxième point, même si des progrès significatifs ont été réalisés (projet de fusion UM1 et UM2, projet de création d’une fondation de coopération scientifique), on ne peut que suivre le jury dans le constat d’une fusion universitaire moins aboutie que dans d’autres régions et d’un trop timide rapprochement des écoles d’ingénieurs avec les universités.  L’Etat s’est, jusqu’à présent, très largement mobilisé pour accompagner l’avancement du dossier et continuera à le faire en partenariat avec les Collectivités territoriales concernées. A cet effet, il est proposé, sur la base des conclusions du jury, la poursuite des réunions de travail sur le projet stratégique des établissements d’enseignement supérieurs et de recherche de la région, principalement centré sur les questions de gouvernance et de rapprochements entre les universités et les écoles d’ingénieurs ». Source ici.

Pourquoi Montpellier a-t-elle raté l’Idex ? lu dans le Midi Libre « Une somme de mille pages ne suffirait pas pour apporter une réponse complète. Mais pour faire dans le lapidaire, disons que de graves problèmes de gouvernance ont terriblement handicapé ce dossier. L’un des enjeux de l’Idex reste de favoriser le regroupement. Réussir la fusion des trois universités locales faisait donc office de condition sine qua non pour faire de Montpellier un candidat crédible. Ce fut une bataille d’Hernani, entre ego surdimensionnés, ambitions dévorantes et volonté très partagée de ne céder ni un pouce de terrain ni une parcelle de pouvoir. […] L’ultime et énième système de gouvernance proposé, un mille-feuille administratif aux multiples échelons de décisions, s’apparentait à une usine à gaz au fonctionnement incompréhensible. […] La communauté scientifique dans son ensemble en convient : le projet montpelliérain est arrivé devant le jury en souffrant d’un grave déficit de cohérence et de crédibilité. Sa présentation à un jury international par des sommités universitaires montpelliéraines incapables d’aligner deux mots en anglais en a laissé plus d’un pantois ». Source ici.

Selon un conseiller régional centriste « L’échec résulte du refus de Montpellier III de s’intégrer au projet et d’une fusion de Montpellier I et II envisagée de façon non crédible ». Source ici.

Selon une source proche du dossier, « les discussions étaient encore bloquées – à quelques jours de la présentation devant le jury international – sur le statut de la fondation devant réunir les deux universités et les grandes écoles – en un mot : « Qui sera le chef ? ». Source ici.

Danièle Hérin, la présidente de l’université de Montpellier 2 « Je suis triste et en colère. On avait tous les atouts… C’est une nouvelle accablante pour le développement du site au niveau de la région. Notre point faible sera resté sa structuration. Nous étions d’accord sur la fusion et nous ne l’avons pas faite. Il faut y parvenir, je vais m’y appliquer encore plus fortement. J’avais proposé, il y a deux ans, de faire un grand établissement comme Bordeaux et Nancy ont su le réaliser. Je regrette aujourd’hui. Un Idex 3 ? On peut espérer mais je n’ai pas de nouvelles là-dessus… ». Source ici.

Joël Bockaert, chercheur : « si ce n’est pas une bonne nouvelle, elle n’est pas si étonnant que ça. Sur le plan scientifique, on a fini par présenter un très bon projet, il y a un manque de sens de l’intérêt général qui a fait très mauvais effet. C’est la Grèce, avec les problèmes de gouvernance, les gens qui font tout et n’importe quoi, sans cohérence et, à la fin, les agences de notation vous jugent. Et là, même si votre projet est bon, plus personne ne croit en vous, vous n’avez plus aucune crédibilité. C’est triste parce que, dans les labos, les gens ont fait leur travail. Les cellules qui rajeunissent, vous avez vu ça ? » Source ici.

Aux montpelliérains de soigner maintenant ce traumatisme post-IDEX

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