On a appris il y a quelques jours le résultat du tour préliminaire du grand concours des IDEX (lire ici sur le site du ministère). Cinq projets ont été présélectionnés (Marseille, Lorraine, Paris-Saclay, Hesam et Sorbonne Paris Cité), s’ajoutant à quatre autres sur la liste d’attente (Grenoble, Lyon, Sorbonne Universités, Toulouse). On rappelle que trois ont déjà gagné le gros lot (Bordeaux, PSL-Paris, Strasbourg). Le communiqué de L. Wauquiez ne touche pas un mot sur les perdants, bien évidemment. Pourtant, on peut s’imaginer leur profond désarroi, pendant que les lauréats dansent le tagada tsoin tsoin. Vous allez me dire que c’est la dure loi des concours et que l’humiliation des perdants, ça fait partie du jeu …

Parlons aujourd’hui de l’un des perdants, l’université de Lille. Deux points lui ont été fatals : la gouvernance et la qualité scientifique.  « Nous nous ne pouvions pas faire de miracle en si peu de temps Contrairement à d’autres pôles retenus, nous n’avons pas de prix Nobel ou de médailles du CNRS » déclare un responsable Lillois concerné (source ici). Il n’a certainement pas compris que c’était un concours d’excellence et que l’excellence ça se mesure en médailles … Pourquoi alors concourir avec si peu de billes dans son sac ? « Les autres symptômes ? L’insuffisance du nombre de chercheurs des grands organismes, des dépenses de recherche et développement équivalant à moins de 0,7 % du PIB régional (contre une moyenne nationale de 2,1 %), des pôles d’excellence insuffisamment identifiés » poursuit un autre président d’université (source ici). Car des présidents d’université ou autres directeurs d’école, il y en a beaucoup tant le paysage est émietté dans cette région. C’est d’ailleurs en relation avec l’autre problème du dossier : la gouvernance.

Pour répondre à l’appel à projet, les acteurs ont eu une idée géniale : une fédération d’universités rassemblant les trois universités Lilloises et quelques écoles. Alors que nombre de sites sont déjà fortement engagés vers une fusion (parfois même déjà réalisée), dans la région Lilloise ne semble pas bien avancée sur ce point. Il faut dire que la situation est très complexe, avec un émiettement étonnant de l’enseignement supérieur sur son territoire. Dans les années 1990, beaucoup d’efforts et de moyens ont été consacrés à la construction d’universités périphériques, de petits centres de recherche en pleine campagne, d’IUT ou d’antennes IUFM, semés aux quatre vents, tout cela au nom de l’aménagement du territoire et de la démocratisation de l’enseignement supérieure. L’intention était certainement louable mais plus de vingt ans après, le bilan est très discutable. Surtout la configuration n’est guère adaptée à l’exigence actuelle où il apparait important de faire émerger des pôles universitaires puissants. Cette politique d’émiettement est manifestement toujours en cours puisque l’essentiel des investissements en recherche se fait en dehors des universités Lilloises, sur des sites improbables, selon une ligne politique manifestement encore actuellement soutenue par la région et l’Etat. Comment rivaliser avec les meilleurs quand le cœur a été dépouillé ?

Mais revenons à cette histoire de fédération d’universités et de gouvernance. « Les trois universités de Lille et six grandes écoles ont annoncé lundi qu’elles allaient s’unir sur un mode fédéral en une seule université de Lille » […] « Chacun garde une grande autonomie, mais ce n’est pas un modèle fédéral mou » […] « On aura une politique scientifique unique, un conseil scientifique unique pour un budget scientifique unique » … et pourtant 3 universités avec gouvernance et gestion associées. En lisant ça, on peut comprendre que le jury n’a pas été convaincu. On a donc en présence des universités qui manifestement ne souhaitent pas fusionner mais qui tentent de faire croire que ça sera tout comme. J’imagine mal comment ça pourrait être gouverné, très vite ça deviendra la foire de marchands de tapis, chacun essayant de tirer un max du pot commun, comme dans beaucoup de fédérations qui ont quelques moyens à disposition.

Ce pôle Lillois a tout de même des atouts, en dépit des faiblesses de moyens nationaux en matière de recherche, de la politique régionale de morcellement, du faible soutien de sa communauté urbaine.  Il est un grand espace de formation, avec 70 000 étudiants (troisième pôle français). Il est leader pour la formation tout au long de la vie et ses formations de type master sont superbement classées dans le dernier classement publié par Le Point (lire ici, même si les classements c’est comme les médailles, ça ne veut rien dire …). La formation était l’un des quatre critères principaux pour décrocher un IDEX « L’excellence en matière de formation et la capacité à innover ». Mais ça n’a certainement pas suffit, on raconte que seul le critère de la recherche et du nombre de médaille est vraiment important. Peut-être que les Lillois décideront de candidater pour le concours IDEFI (lire ici), ils auraient manifestement leur chance, histoire d’acter leur reconversion vers une université régionale de formation de proximité, après avoir rêvé d’un pôle de recherche à rayonnement mondial.

Mais nul doute, la France a perdu le Nord.

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