L’appel à projet du concours IDEFI (Initiatives d’excellence en formations innovantes) a été publié récemment sur le site de l’ANR (disponible ici). Le texte de l’appel à projet donne quelques cadrages sur le contenu de la réponse à l’appel à projet. Il s’agit de soutenir des « projets emblématiques et innovants », des « démonstrateurs qui ont vocation à préfigurer les formations universitaires du futur ». En ce qui concerne les objectifs, il faut que l’offre de formation proposée soit innovante, exemplaire et pilote. Pour ces trois mots, le texte donne des précisions sur le contenu attendu (stratégie de pilotage, innovation, internationalisation, assurance qualité, compétitivité, attractivité, employabilité, pédagogie numérique, etc …).

Le texte donne ensuite quelques caractéristiques des projets. En particulier, les projets devront s’inscrire dans une démarche qualité : « Le dossier prendra appui sur une démarche d’évaluation dont la méthodologie et les indicateurs seront documentés et qui contribuera au suivi du projet dans la durée. Chaque projet définira ainsi très précisément les objectifs visés (à court, moyen et long terme), avec la mention des cibles à atteindre, ainsi que les leviers et les acteurs mobilisés à cette fin. En particulier, tout projet devra prévoir : (1) une évaluation des enseignements et des formations par les étudiants. (2) une observation du suivi des diplômés (insertion professionnelle, mobilité internationale, parcours complémentaires…) et la constitution d’un « réseau d’anciens ».

Sur ce volet, il me semble que les démonstrateurs existent déjà par les (grandes) écoles qui ont développé les outils depuis longtemps. L’université n’a jamais été très attentive au devenir de ses étudiants, peut-être surtout à cause du manque de moyens nécessaires car cela demande un temps d’investissement assez considérable. Depuis 2007 (donc très récent), les universités ont maintenant une nouvelle mission dans le cadre de la LRU : l’orientation et l’insertion professionnelle. Elles doivent créer un bureau d’aide à l’insertion professionnelle des étudiants, qui préfigure probablement la construction d’un observatoire du suivi des diplômés et la constitution de réseaux.

En ce qui concerne l’évaluation des enseignements, certaines universités sont déjà en pointe sur ce domaine. Mais ce n’est pas le cas partout. Dans une note récente de l’AEF (lire ici), le directeur de la section des formation et diplomes de l’AERES déclare que « l’évaluation des enseignements par les étudiants est encore trop timide et très contrastée. Nous sommes donc encore loin de ce qu’il faudrait, mais nous sommes dans une phase de progression. Les comportements sont en train de changer. Avant la création de l’Aeres, très peu de choses étaient mises en place, sauf dans quelques établissements pionniers comme Bordeaux-I et II et Lille-I». Pour en expliquer les raisons, il avance que « la forte réticence du corps enseignant », qui craint parfois que cette évaluation soit utilisée « comme un outil de contrôle sur leur travail ». D’après lui, « mettre en place ce processus d’évaluation nécessite d’avoir une solide équipe pédagogique, notamment pour évaluer la cohérence des enseignements entre les disciplines et entre les types de cours (TP, TD, cours magistraux..). Dans ces cas-là, l’évaluation par les étudiants peut avoir un impact direct sur les modalités d’enseignement, ce qui signifie que l’évaluation a atteint son but ».

Une condition pour avoir un chance de succès dans les projets d’investissement d’avenir, c’est de proposer des jalons quantitatifs permettant de juger de l’avancée du projet. Nul doute que pour les formations, les éléments d’évaluation des enseignements seront un passage obligé.