Il ne vous aura pas échappé que nous sommes entrés dans la grande saison du Prix Nobel. À cette occasion, la science a droit à un éclairage qui rappellera au commun des mortels à quoi elle sert. Discipline par discipline, la remise des prix progresse. On sait aussi qu’en marge, c’est aussi parfois un tournois qui oppose recherche contre recherche, pays contre pays. L’obtention d’un prix est souvent vécu comme une victoire nationale, même si l’Académie suédoise a le don de compliquer des choses en attribuant le prix à plusieurs scientifiques oeuvrant sur un même domaine. Contrastons les cas de cette année, qui a vu le Prix de Chimie aller à un Israélien et le Prix de Médecine aller à un trio, un Canadien malheureusement décédé, un Américain et un Français naturalisé originaire du Luxembourg.

Le Prix Nobel mérite-t-il toute l’attention médiatique portée sur lui? Qu’en pensent réellement les scientifiques? Y-a-t-il des formes de reconnaissance, voire d’autres prix, qu’ils jugent avec plus de faveur pour reconnaître une oeuvre de recherches et de découvertes accomplies?

Certains remarqueront finement que le Nobel ne couvre pas toutes les disciplines. Certes, ces « grandes disciplines » peuvent permettre, par leurs applications, d’en reconnaître d’autres. N’a-t-on pas vu le Prix de Physique cette année récompenser trois astronomes? Tout de même, on s’étonne un peu de l’absence d’un authentique Nobel de mathématiques… il y a la Médaille Fields pour cela, sans doute l’exemple le mieux connu de Prix compensatoire pour l’absence de vision de l’inventeur de la dynamite! Certains auraient pu rêver que le Nobel se démultiplie, de façon à s’intéresser aux disciplines nouvelles issues du progrès technique. Est-ce une curiosité que cette absence d’un Nobel en ingéniérie, qui aurait pu récompenser des progrès de mécanique, voire d’architecture ou d’informatique?

Les « humanités » posent également un problème, le fameux « Nobel de la Paix » constituant par ailleurs une exception complète à tous ses congénères qui ne se résume pas seulement à son attribution par la Norvège. Il y a un fameux « Nobel de Littérature » mais celui-ci n’est pas très spécifiques, ne distinguant guère les genres, et à la limite, récompensant une oeuvre entière, elle peut en contenir plusieurs à la fois, même si on s’imagine souvent à tort que le romanesque représente la principale forme de créativité récompensée… Là où l’on veut en venir, c’est que la principale caractéristique des humanités par rapport aux sciences traditionnelles prisées par le Nobel, c’est qu’elles sont, chacune, un genre littéraire… mais leur spécificité se trouve noyée dans la dénomination neutre du Nobel de Littérature.

Se trouvera-t-il un jour un visionnaire en train de rédiger son testament et proposant de combler les lacunes des dispositions d’Alfred Nobel en attribuant un prix de recherche à la reconnaissance globale et prestigieuse pour ces différentes disciplines dont on se demande parfois si elles ne servent qu’à la simple « culture » à défaut de « progrès de l’Humanité »?

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