L’AERES est l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. Rappelons brièvement les missions de cette agence (source ici, site de l’AERES): « Créée par la loi de programmation pour la recherche de 2006 et opérationnelle depuis mars 2007, l’AERES entend contribuer à l’amélioration de la qualité du système de recherche et d’enseignement supérieur, en accord avec les recommandations européennes et les décisions des ministres européens dans le cadre du processus de Bologne ».

Les missions que lui confie la loi sont les suivantes :

  • évaluer les établissements et organismes de recherche, les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, les établissements et les fondations de coopération scientifique ainsi que l’agence nationale de la recherche, en tenant compte de l’ensemble de leurs missions et de leurs activités
  • évaluer les activités de recherche conduites par les unités de recherche des établissements et organismes mentionnés ci-dessus, l’agence menant ces évaluations soit directement, soit avec l’appui des établissements et organismes selon des procédures qu’elle a validées
  • évaluer les formations et les diplômes des établissements d’enseignement supérieur
  • valider les procédures d’évaluation des personnels des établissements et organismes, et donner son avis sur les conditions dans lesquelles elles sont mises en œuvre. Il s’agit bien d’une évaluation des procédures et non des personnes.

Comme toute réforme qui touche l’ESR, la création de l’AERES ne fait pas l’unanimité.

« Des opposants à l’agence, comme Sauvons la Recherche ou Sauvons l’Université critiquent le fait que tous les membres du comité de l’AÉRES sont nommés, ce qui entre en contradiction avec l’objectif d’indépendance affiché par la loi et en particulier l’équilibre entre pilotage de la recherche et autonomie de la science. À titre de comparaison, les membres du comité national du CNRS, dont certaines des missions sont de même nature que celles de l’AÉRES, sont pour moitié élus par les chercheurs. Au cours du mouvement des chercheurs et des enseignants-chercheurs du Printemps 2009, la question de l’évaluation a été une des plus débattues ». Source : Wikipédia, ici.

Il est intéressant d’examiner ce que les candidats à la primaire socialiste pensent de l’AERES. La question qui est posée est la suivante : « Estimez-vous nécessaire, comme le Front de gauche, de mettre un terme aux activités de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) ? » Source ici, avec les liens qui conduisent aux textes complets des différents candidats sur la question.

Pour François Hollande, « la logique strictement comptable de l’évaluation de la recherche est absurde. […] Toute politique d’évaluation doit être décidée en concertation avec les acteurs concernée et doit être un mouvement d’incitation, souffle qui manque à toute politique qui ne repose que sur du chiffrage et de la quantification ». Cette remarque est un peu étonnante, car l’AERES ne se contente pas de mettre une note, elle produit également un rapport d’évaluation sur les forces et les faiblesses de la structure évaluée, ainsi qu’elle émet des recommandations. On ne peut pas vraiment dire que la logique est « strictement comptable ».

Manuel Valls critique le mode d’évaluation : « S’agit-il de permettre de « perfectionner » l’activité de recherche en mettant en lumière ce qui ne va pas, ou de sanctionner les supposées dérives de chercheurs qui, par exemple, ne produiraient pas suffisamment – comme si le volume des publications était un critère pertinent pour évaluer la qualité et l’utilité d’un travail de recherche… ». Je pense que Monsieur Valls n’a pas bien compris qu’une des missions essentielle des chercheurs et enseignants chercheurs du service public est la transmission des connaissances. Or cette transmission des travaux de recherche se fait par majoritairement par des publications. Ainsi il parait assez logique que le volume de publications soit un critère d’évaluation (qui n’est pas le seul, heureusement !). Par ailleurs, pour l’aspect de « sanctionner les supposées dérives de chercheurs qui, par exemple, ne produiraient pas suffisamment », il faut rappeler que l’AERES n’est qu’une agence d’évaluation et n’intervient pas du tout dans d’éventuelles sanctions. Par ailleurs, l’AERES n’évalue pas les personnes, mais les équipes de recherche ou unités de recherche.

Toujours pour M. Valls : « En outre, « Sauvons la recherche » et « Sauvons l’université » se sont émus, à juste titre me semble-t-il, du fait que la nomination de l’ensemble des membres de l’agence et non l’élection d’une partie d’entre eux par les chercheurs ne pouvait garantir l’indépendance de l’organisme. Une clarification de ses missions et de son fonctionnement me parait donc indispensable pour l’avenir ». Il est étonnant de constater combien ces deux associations (SLR et SLU) ont de l’influence sur les politiques de gauche. Mais la question posée est intéressante : pour que l’évaluation soit juste et acceptée, faut-il qu’elle soit effectuée par des élus, bref par des gens que l’on a choisi ? En quoi une personne élue sur liste (très souvent) syndicale aurait-elle plus de compétences qu’une personne sélectionnée pour l’occasion, experte du domaine à évaluer ? Peut-être faut-il rappeler que les personnes nommées sont des pairs (des « chers collègues »). Enfin, on aurait aimé savoir la nature des clarifications souhaitées par le candidat …

Martine Aubry nous offre une réponse assez longue. « Les mécanismes d’évaluation mis en place par la droite servent à sanctionner plutôt qu’à faire progresser ». Encore ce thème de la sanction … (voir plus haut). Mais une question me vient, et qu’on ne discute pas assez souvent : à quoi sert d’évaluer si on ne prend pas des mesures en aval de l’évaluation (on rappelle que ce n’est pas le rôle de l’AERES mais des tutelles des structures qui sont évaluées). Je dirais qu’il y a deux options (1) sanctionner effectivement, par exemple démanteler un labo ou une équipe qui ne marche pas bien (2) au contraire, étant donné que ça ne marche pas bien, leur donner des moyens pour remonter la pente. Dans ce cas, on pourra augmenter les dotations pour ces labos/équipes en perdition en prenant dans les moyens des labos/équipes qui marchent bien.

« L’évaluation doit être transparente, collective, contradictoire, menée par des structures légitimes pour ceux qui sont évalués. La démocratie y est donc nécessaire. Les modalités de désignation des experts et les procédures d’évaluation doivent être complètement repensées, en assurant une représentativité des communautés scientifiques et une transparence des décisions. La dimension collective de la recherche et les conditions dans lesquelles elle a été menée : les individus doivent être évalués dans le cadre de leur activité ». Pourtant l’évaluation de l’AERES est collective, elle est faite par des pairs, les communautés scientifiques sont bien entendu représentées, et les rapports d’évaluation sont transparents, contrairement à l’opacité du système précédent … enfin, toujours ce malentendu sur les individus : « L’évaluation ne peut se limiter aux activités de recherche. L’évaluation des autres activités, comme l’enseignement, la valorisation, la diffusion de la connaissance scientifique, doit enfin être vraiment mise en place et prise en compte dans les carrières ».

Martine Aubry propose de faire « le bilan du fonctionnement de l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) dont les aspects opaques et technocratiques font l’objet de nombreuses critiques. Le recours à une notation très simplificatrice et à un usage bibliométrique contestable lui a également été reproché. A la suite des assises, une négociation devra être organisée pour remplacer l’AERES par une structure acceptée par tous ». Etant donné que ces assises seront probablement pilotées par B. Monthubert et I. This Saint Jean (deux ex SLR, association pro-CoNRS et anti-AERES), il est très clair que nous allons vers un démantèlement de l’AERES.

Enfin, je vais faire court pour Arnaud Montebourg car il annonce d’emblée qui supprimera l’AERES (agence de notation aussi néfaste que celles qui dominent les économies nationales) pour la remplacer par une structure « qui prendra appui sur les instances d’évaluation des organismes de recherche et le Conseil National des Universités, qui sera légitime par son fonctionnement démocratique, et dont le rôle sera d’identifier les difficultés et proposer des améliorations ». Lui aussi fait des confusions entre évaluation des structures collectives et évaluations des personnes.

En résumé, F. Hollande ne répond pas à la question (mettre un terme à l’AERES ou non). M. Valls demande une clarification des missions et du fonctionnement avant de prendre une décision. M. Aubry prendra sa décision suite à des assises organisées par la mouvance SLR (donc suppression de l’AERES). A. Montebourg est le plus clair, l’AERES sera supprimée.

Nul doute que ces prises de positions sur l’AERES pèseront très lourd dimanche prochain dans les urnes !

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