Poursuivons de positionner quelques petits points de comparaison de la vision ESR des différents candidats de la primaire socialiste. Aujourd’hui nous allons examiner l’investissement que les candidats pensent être prioritaires. Pour cela, nous utilisons le questionnaire publié par le blog « Universitas » qui a été envoyé aux candidats (lire ici pour la liste des questions et les réponses des différents candidats).

La question est la suivante : Quels moyens financiers supplémentaires mobiliseriez-vous pour l’université ? Comment les financeriez-vous et comptez-vous poursuivre la politique d’emprunt en faveur de l’enseignement supérieur (les « investissements d’avenir ») ?

François Hollande prévoit de créer des postes mais il ne dit pas combien. On a juste un chiffre global de 12 000 créations par an, de l’école primaire à l’université, mais pas de répartition détaillée. Il dit aussi qu’il faudra revoir l’organisation du premier cycle universitaire afin « d’assurer un meilleur suivi des élèves et de leur orientation ».

C’est un peu hors sujet de la question, mais il aborde un point très important sur la répartition des étudiants entre BTS, IUT et premier cycle universitaire «  Sait-on que faute de places suffisantes en IUT et BTS, les élèves issus des filières technologiques et professionnelles sont respectivement 70 % et 90 % à échouer en premier cycle d’université? » […] . « Il est donc impératif de redonner une cohérence d’ensemble, chaque filière devant être recentrée sur sa vocation particulière et son propre vivier de recrutement. Je propose pour ma part de garantir un minimum de 50 % des places disponibles en IUT et BTS pour les élèves issus des filières technologiques et professionnelles ». Voilà une proposition forte qui le semble aller dans le bon sens étant donné la dérive qui est observée depuis de nombreuses années (voir ici et ici pour en savoir plus sur ce sujet).

Ceci dit, je reste un peu dubitative quand il dit que « A niveau égal, un étudiant aura bien plus de chances de réussir en IUT ou en classe prépa où il sera bien encadré plutôt qu’à l’université ». En plus de l’aspect d’encadrement, il faut prendre en compte aussi le fait que l’IUT et les classes prépas sont des filières sélectives. Ainsi, le recrutement s’attache à ce que les élèves aient les prérequis pour suivre la formation. Cette formation a donc un niveau homogène, adapté aux objectifs. C’est quand même plus facile à gérer qu’une formation de niveau très hétérogène comme dans le premier cycle universitaire où la population est extrêmement hétérogène du fait de l’interdiction de sélection ou d’orientation (voir à ce sujet la discussion récente, ici, sur une des propositions de réforme de la licence par Terra Nova).

De son coté, Martine Aubry insiste davantage sur le niveau global de financement. Elle affiche une priorité budgétaire « J’ai l’ambition de porter, enfin, les dépenses consacrées à la recherche à 3 % du PIB ». Sans les chiffrer, elle annonce également des créations d’emplois statutaires. Elle a une attention particulière pour les doctorants: « il nous faudra développer les financements de leur thèse et leur garantir la reconnaissance de leur formation dans les conventions collectives et les grilles de la fonction publique ».

Mais sa mesure « choc » est certainement une réduction de la charge d’enseignement pour les enseignants chercheurs : « De leur côté, les enseignants chercheurs réclament légitimement un plus juste équilibre entre leurs activités d’enseignement et de recherche. Aussi, conformément aux standards internationaux et en soutien à la recherche, je propose de limiter à 150 leur nombre d’heures d’enseignement et de mettre en place d’un système de capitalisation du temps de recherche ». S’il y a une limitation du nombre d’heure d’enseignement, en toute logique elle interdira également les heures complémentaires à l’université, qui sont un vrai fléau et ça c’est une bonne nouvelle. Par contre, je vois assez mal ce que peut être la capitalisation du temps de recherche. Est-ce que ça veut dire qu’elle demandera aux chercheurs et enseignants chercheurs de remplir des feuilles de temps ? Et les fois où je me réveille la nuit pour ajouter une phrase à un article ou bien tracer une nouvelle courbe, est-ce que ça comptera ? Le surplus du temps capitalisé sera-t-il payé en heures supplémentaires ? De vous à moi, cette idée de capitalisation du temps de recherche me parait vraiment très curieuse …

Enfin elle prévoit une « revalorisation des carrières dans tous les corps de métiers » qui sera financé par le redéploiement des budgets du Crédit impôt recherche (CIR). Pour le reste, elle ne donne pas de pistes pour la nature du financement.

Pour Arnaud Montebourg, « nous devrons créer des emplois dans les universités, pour pouvoir augmenter l’encadrement pédagogique des étudiants. Je m’engage à créer chaque année 5 000 emplois supplémentaires dans les laboratoires et universités : universitaires, jeunes chercheurs, personnels administratifs et techniques. Sur le plan des locaux, nous développerons la vie sur les campus, en donnant aux étudiants des conditions d’études qui soient dignes ». Lui aussi veut réduire le crédit impôt recherche (CIR). Enfin, c’est le seul candidat à commenter les investissements d’avenir : « le grand emprunt est une usine à gaz qui engendre des coûts de fonctionnement énormes, je le remettrai à plat pour que l’argent abonde directement les laboratoires et universités, ce qui est plus efficace et pertinent », l’influence de Monthubert se fait sentir (lire ici).

Manuel Valls a une pensée pour la démocratisation : « L’Université est au coeur d’une profonde contradiction : on attend d’elle qu’elle crée les conditions de l’égalité des chances pour tous les étudiants mais on ne lui en donne pas les moyens. Il est inadmissible qu’elle apparaisse comme le « maillon faible » du système d’enseignement supérieur français alors qu’elle devrait en être le pivot ». Il faut redonner des moyens aux universités mais manifestement M Valls ne pense pas que l’Etat pourra pourvoir aux besoins à lui seul. Il appelle à « un profond renouvellement des sources de financement doit être engagé si nous souhaitons rétablir un équilibre et redonner à l’Université les moyens de ses ambitions. D’autres acteurs publics et privés que l’Etat doivent prendre part au financement. Sans cela notre système universitaire régressera. Les collectivités locales doivent renforcer leur soutien : elles n’engagent pas assez de moyens dans l’enseignement supérieur car les autres niveaux de formation représentent généralement un poste important de leur budget ». Jusqu’alors, l’enseignement supérieur est de la prérogative de l’Etat, pas des régions. Ainsi je comprends mal cette critique envers les régions, mais peut-être veut-il réformer ce schéma ? Il souhaite aussi que les entreprises investissent dans l’enseignement supérieur et la recherche. « Il est grand temps qu’un pacte de confiance s’instaure entre le secteur privé et les universités françaises, même si naturellement les financements publics doivent rester majoritaires pour préserver l’autonomie de nos universités ».

Je ne commente pas le texte de J.M. Baylet, manifestement l’ESR ce n’est pas son truc. Quant à S. Royal, elle n’a pas communiqué ses réponses.

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