Assez régulièrement, sur ce blog, les commentateurs se posent cette question métaphysique « finalement, ça sert à quoi l’université ? » C’est une question pas si évidente que ça à répondre tant les missions sont vastes. Pour certains, elle doit être un lieu de professionnalisation, en lien étroit avec le marché du travail. Pour d’autres, elle doit être au contraire déconnectée des valeurs matérielles et servir à « se forger l’esprit et le cœur » (comme disait mon ami Micromégas). Examinons aujourd’hui un extrait d’un texte d’un activiste manifestement classé dans la deuxième catégorie:

« Parfois on estime que la mission d’un professeur universitaire est aujourd’hui exclusivement de former des professionnels compétents et efficaces qui puissent satisfaire la demande du marché du travail à tout moment précis. On affirme également que l’unique chose que l’on doit privilégier dans la conjoncture actuelle est la pure capacité technique. Certainement, cette vision utilitaire de l’éducation, même universitaire, répandue spécialement dans des milieux extra-universitaires, s’installe aujourd’hui. Sans aucun doute, vous qui avez vécu comme moi l’université, et qui la vivez maintenant comme enseignants, vous sentez sans doute le désir de quelque chose d’autre de plus élevé qui corresponde à toutes les dimensions qui constituent l’homme. Nous savons que quand la seule utilité et le pragmatisme immédiat s’érigent en critère principal, les pertes peuvent être dramatiques : des abus d’une science sans limites, bien au-delà d’elle-même, jusqu’au totalitarisme politique qui se ravive facilement quand on élimine toute référence supérieure au simple calcul de pouvoir. Au contraire, l’idée authentique d’université est précisément celle qui nous préserve de cette vision réductrice et détachée de l’humain.

En réalité, l’université a été et est encore appelée à être toujours la maison où se cherche la vérité propre de la personne humaine. […] L’université incarne, donc, un idéal qui ne doit pas perdre sa vertu ni à cause d’idéologies fermées au dialogue rationnel, ni par servilité envers une logique utilitaire de simple marché, qui voit l’homme comme un simple consommateur. »

Benoît XVI, Basilique Saint-Laurent de l’Escorial, 19 aout 2011. Source et texte entier ici.

Merci à Jojo de m’avoir signalé ce texte, ça répond précisement aux questions lancinantes de notre visseur …

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