Dans deux billets précédents (lire ici et ici), nous discutions des étudiants étrangers et des possibles conséquences d’un durcissement des pays européens devant un flux migratoire qu’ils jugent trop important. Ces étudiants étrangers sont nombreux en France (il faut s’en féliciter !), ils représentent environ 12 % des effectifs étudiants. Ces étudiants étrangers viennent en particulier chercher des formations de haut niveau, ils sont en effet 20 % en master et 40 % en doctorat. Cela montre que la France reste attractive. Mais l’accueil de ces étudiants étrangers est-il correct ?

J’aimerais citer un commentaire récent de Dan, notre visseur caléidoscope, qui souvent aime bien raconter sa vie pour notre plus grand plaisir « dîner hier soir avec une étudiante algérienne qui débarquait à … pour faire un master. (1) Elle est très sympa, mais n’a évidemment pas le niveau du master – ou alors celui ci est vraiment faible. (2) Il n’y a eu personne pour l’accueillir dans cette université que le monde nous envie, située dans une ville au soleil, et politiquement très engagée. Pas d’information, d’aide pour comprendre le système, les ressources, l’organisation, se faire des amis. Dans les entreprises, on prévoit un module d’intégration. Dans les écoles d’ingénieurs aussi, et le BDE est en charge de l’accueil, ce qu’il fait plus ou moins bien. Dans les universités, on réforme le monde, mais que fait on pour accueillir les étudiants étrangers ? Et les autres ? On (re)cherche ? Évidemment, c’est sans doute la faute à pas de chance, elle est mal tombée, mais le chef de cette université est en pointe dans la contestation nationale…donc exemplaire en interne ? »

Plus récemment, autre témoignage de notre visseur:  » Je voudrais partager une expérience d’hier soir : nous assistions à un spectacle en plein air, et nous engageons la conversation avec nos voisins, un couple d’étudiants. Il est brésilien, elle est chinoise, ils sont en France depuis deux ans, ils ont fait l’effort d’apprendre le français et se débrouillent plutôt bien. Ils sont en deuxième année d’une école de commerce prestigieuse. Leur constat : les gens d’origine française vivent entre eux, et les étrangers entre eux, et les étudiants ou enseignants Français ne font pas d’efforts démesurés pour aller à la rencontre des étudiants étrangers. Bref, ils ne connaissent pratiquement aucun Français « d’origine garantie » comme pourrait dire le sinistre Monsieur G. Je renouvelle ma question, qui s’était perdue dans les réflexions sur l’accord économique des étudiants étrangers : que font les universités (mais en l’espèce l’université, ce n’est personne ) ou plutôt que font les enseignants, les associations d’élèves, l’administration pour réussir l’accueil des étudiants étrangers, accueil humain, relationnel, culturel, sans oublier les questions pratiques encore plus difficiles à résoudre quand on vient de l’étranger ? Évidemment, nous avons invité à diner ces deux étudiants, mais cela n’est qu’anecdotique. En revanche, tous les témoignages que je reçois vont dans le même sens : les étudiants étrangers ne sont pas cocoonés du tout- et cela me navre, pour eux, et pour mon pays« .

Bien entendu ce sont des témoignages isolés, donc sans grande valeur, d’autant plus qu’ils émanent d’un visseur. Je pense que l’accueil dépend avant tout des personnes qui constituent l’environnement d’accueil. Pour prendre un exemple (lui aussi sans grande valeur), dans mon laboratoire nous accueillons beaucoup d’étudiants étrangers en M2 et thèse (Chine, Inde, pays du Maghreb). L’accueil dépend alors beaucoup de l’équipe dans laquelle l’étranger va travailler. Cela peut aller de l’indifférence à une prise en charge complète et accompagnement des premiers pas. J’en profite ici pour signaler à Dan que les écoles d’ingénieurs accueillent en moyenne 12 % d’étudiants étrangers. Les masters en universités en accueillent 20 %. Je ne suis pas persuadée ici que les écoles ont des leçons à donner sur ce sujet.

Mais revenons sur le cœur du sujet : La France a-t-elle  une politique d’accueil des étudiant étrangers digne de ce nom ? En fouillant un peu, j’ai constaté que nombre de rapports ont été consacrés au sujet. Il y a effectivement des structures qui s’occupent de cet accueil (ambassades, CROUS, universités, écoles, associations, …). Les universités sont particulièrement sensibles à cet accueil étant donné que le flux d’étudiants conditionne les moyens alloués, de nombreuses universités ont des cellules dédiées à cet accueil. Si ce sujet de l’accueil des étudiants vous intéresse, je vous invite à lire (ici) un récent bilan sur la question de Campus France, structure mise en place pour promouvoir les formations supérieures françaises dans le monde. Extrait : « La situation des étudiants étrangers présentait ces dernières années des signes préoccupants. Selon une enquête de l’Observatoire de la vie étudiante, les étudiants étrangers rencontrent pour 81% d’entre eux des difficultés financières, pour 67% des difficultés dans leurs démarches administratives et 64% des difficultés pour se loger. Dans le domaine pédagogique, les taux de réussite des étudiants étrangers sont inférieurs de 20 % à ceux de leurs camarades français en premier cycle, de 40 % en second cycle et de 30 % en troisième cycle … » (la suite dans le rapport cité).

Pour terminer ce billet, signalons que la circulaire de Claude Guéant du 31 mai 2011 sur la«maîtrise de l’immigration professionnelle» entre en application. Rappelons que l’objectif est de réduire l’immigration légale de 20.000 personnes par an. Extrait d’un article récent dans Mediapart: « Suspectés en filigrane de s’inscrire à la fac pour être autorisés à séjourner en France, les étudiants sont dans le collimateur, en tant que potentiels travailleurs concurrents des salariés français. Interrogé par Mediapart, Louis Vogel, le président de la Conférence des présidents d’université (CPU), s’inquiète des répercutions de«ce changement radical dans la politique migratoire», dénonçant par avance «un coût collatéral élevé» pour l’attractivité du pays ». De son coté, Pierre Tapie, président de la Conférence des grandes écoles (CGE) pense que cette restriction migratoire est une «interprétation très stricte des lois et décrets concernant le travail de la main-d’œuvre immigrée et notamment des étudiants de niveau master qui souhaitent poursuivre leur formation par un premier poste en France. Il invite ses collègues à «faire remonter au niveau national tous les cas» d’étudiants essuyant des refus. Il y a un an, déjà, lors de leur congrès annuel, les grandes écoles, soucieuses de gagner des parts de marché à l’échelon mondial, avaient demandé des «assouplissements» des règles sur les frais d’inscription et l’enseignement en anglais, leur but étant de multiplier par trois le nombre d’étrangers en dix ans. » (Source: Médiapart, ici).

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