Terra Nova, un think tank qui se dit progressiste et qui est proche du parti socialiste, a publié un intéressant rapport sur notre enseignement supérieur « Faire réussir nos étudiants, faire progresser la France : Propositions pour un sursaut vers la société de la connaissance ». Le but du dossier est de revivifier le débat sur la LRU, ou plutôt d’envisager les réformes post-LRU à conduire par le futur gouvernement.

Parlons aujourd’hui de la gouvernance des universités, qui était d’ailleurs la modification principale introduite par la LRU (plus de pouvoir pour le président, thème du président-dictateur-manager, réduction du nombre de représentants dans les conseils, modification du mode d’élection du président, prime majoritaire à la liste qui arrive en tête, …). Tout cela change fortement les pratiques anciennes car on était habitué qu’à l’université le pouvoir soit dilué quasi à l’infini,  ce qui est très pratique quand il s’agit de fuir ses responsabilités.

D’après Terra Nova, la LRU «  a certes permis de restreindre la taille des conseils d’administration jusque-là pléthoriques mais elle a donné un poids souvent jugé excessif aux présidents d’université dans un milieu traditionnellement rétif à une hiérarchie trop prononcée. Au nom de la recherche d’une certaine efficacité managériale – comme si on pouvait transposer sans risque dans les universités le modèle de l’entreprise… –, la réforme a remis aux mains du président d’université quasiment tous les pouvoirs : budget, gestion du personnel et des primes, politique scientifique, relation avec les entreprises, etc. Ce choix instaure une véritable confusion des pouvoirs alors que la séparation des fonctions de gestion et de celles de définition d’une stratégie scientifique et pédagogique s’impose dans la plupart des modèles étrangers, y compris les plus performants ».

C’est pourquoi, Terra Nova fait une proposition de réforme sur la gouvernance des universités. Il s’agit d’introduire une séparation claire des pouvoirs en créant un sénat académique par université.

Ce modèle est déjà fort utilisé par nombre d’universités européennes et américaines. C’était d’ailleurs également l’une des propositions du rapport Aghion de l’année dernière. Dans ce modèle, le conseil d’administration serait composé par des administrateurs provenant en bonne partie de personnalités extérieures à l’établissement et le sénat académique serait la représentation des enseignants-chercheurs. « Pouvoir managérial, contrôle scientifique collégial doivent être clairement distingués. Le Conseil d’administration, pour jouer son rôle, doit avoir une indépendance forte par rapport au président. La création du sénat académique qui serait la représentation des enseignants-chercheurs, désignée pour représenter la communauté universitaire. Il faut que cette instance soit un contrepoids significatif et qu’elle ne soit pas limitée à un rôle simplement consultatif : en particulier, elle doit détenir le pouvoir, dans des circonstances exceptionnelles, de pouvoir renverser le président de l’université ».

Dans ce cadre là, que deviendraient alors nos conseils CEVU et CS  (respectivement chargés de traiter les affaires pédagogiques et de la recherche) ? Est-ce que le « sénat académique » les remplacerait ou bien fonctionnerait-il en plus de ces deux conseils ?