Elle avait fait un long voyage pour venir sur Terre. Ce n’était pas vraiment son choix, mais plutôt une mission qui lui avait été confiée et qu’elle comptait bien réaliser vite fait bien fait. C’était plutôt simple, il s’agissait d’une mission d’observation. C’est ainsi que Rachel fit son apparition sur Terre en janvier 2009, soit en pleine germination du mouvement noniste qui a marqué cette année pitoyable pour l’université. Elle s’était déguisée en petite universitaire naïve et désuète, il ne s’agissait pas d’éveiller l’attention. Mais elle s’y est mal prise dès le début. En février, elle prend la parole en AG pour dire que la liberté et la responsabilité, elle trouvait ça plutôt sympa. C’était bien entendu très maladroit, elle ne connaissait pas encore bien les pratiques démocratiques des universités terriennes : elle a été huée et insultée, bref mitraillée et laissée pour morte dans l’amphi. Ce premier revers l’a beaucoup marquée et elle n’a ensuite trouvé comme solution que d’ouvrir ce blog.

Au départ elle avait pensé que certains allaient reprendre les choses en mains, comme par exemple les refondateurs d’universités dont on attendait tant. Mais son espoir fut déçu et en remplacement nous eûmes un programme PIA (plan d’investissement d’avenir) qui devrait profondément modifier le paysage de l’ESR. Bien entendu on ne peut que se féliciter d’un investissement dans la recherche et l’enseignement supérieur. C’est bien ce qu’il fallait faire. Mais la forme imposée pour ces projets était très discutable. Les universitaires s’y sont toutefois jetés âmes perdues, rédigeant alors des centaines de projets de bidulex. Ils se sont livrés « à une espèce de lutte généralisée, à ciel ouvert et sans merci entre confrères, entre unités, entre établissements, entre sites ?  Des vainqueurs et des vaincus n’ont-ils pas été désignés ? N’avons-nous pas croisé ici et là des troupes s’élançant vers le front, la fleur au fusil, musique en tête et sous le regard martial et bienveillant des généraux. N’avons-nous pas vu ensuite, marchant vers l’arrière, les rangs clairsemés des lutteurs recrus de fatigue, de retour d’hasardeuses confrontations, certains découragés, d’autre écumant d’une ardeur de vengeance ? Et n’y a-t-il pas eu, dans ces épisodes, des phases qui ressemblaient à des grandes manœuvres en rase campagne et d’autres semblables à d’interminables face-à-face au travers des barbelés, avec les tirs d’artillerie et les patrouilles à heures fixes, histoire de bien faire savoir à l’adversaire qu’on ne cèdera pas de terrain ? » (en italique, un extrait d’un récent billet de Philippe Jamet, que je vous invite à lire ici)

Rachel était fatiguée de ces confrontations et de tous ces conflits engendrés par ces bidulex. Après ces quelques semaines de congés, elle en arrive presque à la conclusion qu’il ne faut plus jouer à ce jeu … alors elle a bien envie de leur dire qu’ils se passent de son excellence et que peut-être elle ferait mieux de s’occuper des petites girafes ?