Comme vous le savez je suis une extraterrestre. Je viens de la planète Gliese 581e, à 20 années lumière de la Terre, dans la constellation de la Lyre. Je suis chargée de mission auprès de l’OGU (Observatoire Galactique des Universités) afin d’étudier l’étrange comportement des universitaires Terriens en cette période trouble pour l’université. Pour être franche avec vous, malgré toute l’aide précieuse fournie par l’Astronaute, ma mission ne se déroule pas vraiment comme prévue. En effet, j’ai quelque peine à comprendre votre organisation de l’enseignement supérieur et de la recherche. Sans vouloir vous vexer, on peut dire que c’est un peu n’importe quoi … Tout cela est bien embarrassant car j’ai une mission d’observation et je dois rendre compte de mes observations. En clair je dois écrire un rapport pour l’OGU mais pour l’instant je n’arrive pas à constituer un dossier qui se tient ou qui présente une certaine logique. J’ai pourtant transmis quelques éléments mais tous ont été refusés … Ils rigolent bien là haut … En attendant, moi je suis bien obligée de rester sur Terre alors que j’aurais plein d’autres exploits à accomplir au travers de la galaxie !

Bidulex

Indéniablement, cette année a été placée sous le signe de l’excellence. Moi j’ai déposé mon Equipex en septembre. Une idée géniale, un vrai équipement d’excellence, très révolutionnaire ! Mais curieusement, il n’a pas été retenu. J’ai aussi déposé mon Labex en novembre, puis mon Emulex et Pilotex. C’est que je le veux mon certificat d’excellence ! Pas simple tout ça, il en a fallu des petits meurtres entre collègues pour y parvenir. Tout ça pour finir Kleenex ! sans compter que d’après le jury international, nombre de projets étaient vides de contenu et d’une grande arrogance. Et si les universitaires avaient écrit là leur propre plan social de la science avec ces bidulex ? Au final, ces projets d’excellence devraient faire émerger une dizaines de grands pôles universitaires (voir la carte de France des Labex). En janvier, c’est dix-sept projets qui ont été déposés. En juin, c’est seulement trois projets qui ont été retenus. Que deviendront les autres ? Des "pôles universitaires de proximité" au service des collectivités locales et des entreprises du coin ? Faut-il différencier des universités ? Comment faire pour les assécher encore un peu plus ? Pour Bertrand Monthubert (PS), en 2012 il faudra tout reprendre. En attendant, il faut s’occuper à traiter les traumatismes post-bidulex et y’a du boulot ! Mais moi je m’en fiche, toujours en quête d’excellence académique, je fais du Qi Gong.

Structuration enseignement supérieur

La structuration de l’enseignement supérieur reste bien un thème de prédilection sur Gaïa. Sera-t-il bientôt unifié ? J’en doute fort, étant donné les nombreuses réticences exprimées dès que l’on propose une action qui va dans ce sens. Pourtant, ne devrions nous pas être des bâtisseurs de cathédrales ? Malgré les résistances multiples, je persiste qu’il faut continuer avec en tête une vision progressiste de l’université, réparer les dégâts de mai 68 et sa fragmentation disciplinaire. Il faut continuer le combat contre ces tristes figures qui n’y voient qu’une institution parasitaire. Ailleurs certains succombent à l’appel des orignals et du sirop d’érable. Ici on refuse à une université de faire sa refondation. En France, à quoi ressemblera l’université de demain ?

Écoles et universités

Il faut savoir que sur cette planète, l’ESR est un monstre à deux têtes. Pour l’enseignement, il y a l’université et les écoles. Pour la recherche, il y a l’université et les organismes nationaux. Nombreux sont ceux qui cherchent, sans succès, à rapprocher ces deux mondes. On les appelle les fossoyeurs de la république, ces gens qui commettent l’injure de remettre en cause notre noblesse française. Mais les chiens de garde sont nombreux et surveillent que ce système-que-tout-le-monde-nous-envie reste inchangé. Nul ne peut parler du tabou des grandes écoles sans provoquer des protestations indignées. Les clichés sont tenaces comme en témoignent les comptes rendus dans la presse du succès de chercheurs mathématiciens qui remportèrent des médailles Fields. On insiste alors beaucoup plus sur leur formation initiale (dans des écoles) en oubliant que peut-être l’université, de part l’excellence de sa recherche, y est aussi pour quelque chose ? Triste monde fragmenté. Même les grandes écoles sont trop petites. Docteurs X et Master U y perdent leur repères, la tour de Pisa penche de plus en plus et Super Mamie est de retour sur les bancs de la fac … Le monde merveilleux des girafes, ce n’est pas pour demain …

La polémique de l’année

La polémique de l’année est sans contestation celle qui a opposé l’AERES et la CTI au sujet de la formation universitaire au métier d’ingénieur. L’AERES est décidément très taquine envers la vieille dame. Mais en janvier, la CGE et la CDEFI viennent soutenir la CTI contre l’AERES. Pourtant, il apparait que nos ingénieurs sont en mal d’innovation, peut-être que ces masters d’ingénierie seraient la solution ? Les écoles d’ingénieurs proposent bien des masters et des doctorats, mais veillent à garder d’apanage des diplômes d’ingénieurs ! … d’autres encore préconisent qu’ils mettent en place leurs propres licence d’ingénierie. De leur coté, les universités ne restent pas les bras croisés, elle mettent en place le Réseau Figure (formation à l’ingénierie par des universités de recherche). Que tout cela est compliqué ! il faut sauver nos écoles d’ingénieurs !

Jeunes et étudiants étrangers

Il n’y a pas que cette querelle universités-écoles, bien d’autres se sont déclarées cette année aux cours des billets. Comme par exemple la guerre des langues, ce combat épuisant entre un astronaute et un crocodile. L’université a bien des problèmes, on le sait tous. Le principal problème de l’université, ce sont les jeunes. A l’université, il y a plein de jeunes qui ne savent rien et à qui il faut enseigner. On se demande bien à quoi ça sert, car du boulot pour les jeunes, y’en a pas ! En attendant, certaines universités proposent des cours d’orthographe, les jeunes ne sont pas au niveau, je m’en rends bien compte quand je corrige mes copies … Mais c’est sans compter avec nos amis les étudiants étrangers. Vers l’occident compliqué, ils s’envolent avec des idées simples, certains d’entre eux à l’abordage de la gestion. Pourtant, la rigidité croissante des politiques d’immigration européennes pourraient bien venir les refroidir. Car les étudiants étrangers, désormais il faudra les sélectionner, les encadrer et les orienter. Et si, de notre coté, nous faisions cap vers le Sud ?

Premier cycle

Le point faible de l’université, c’est son premier cycle. Les refondateurs ne s’y trompent pas quand ils parlent du verrou du premier cycle. Faut-il sélectionner les étudiants ? Faut-il rénover les pratiques studieuses ? En mai dernier, la CPU a ouvert son grand colloque, consacré au cycle licence. Le titre de ce colloque était "la licence, une ambition". D’après la CPU, il faut oser la cohérence, diversifier les parcours. L’UNEF? de son coté, nous donne ses raisons de l’échec en licence. Mais que les conclusions de ce colloque paraissent décevantes ! Ceci dit, la rénovation est en marche, ça commence par un décret et la création de référentiels nationaux.

Le mépris

Pourquoi en France méprise-t-on autant l’université ? Cette question a été l’occasion d’une grande enquête sur le Gaïa Universitas, provoquée par Dan le visseur caléidoscope. Quelles sont les raisons de ce mépris ? Le manque d’exigence ? Les grandes grèves et es blocages idéologiques ? Est-ce à cause de l’absence de sélection ? Ou de l’enseignement-punition ? La rigidité des statuts ou autre obsession statutaire ? La polémique provoquée par la situation inconfortable de Luc Ferry a été une nouvelle occasion de réfléchir sur nos statuts universitaires. Une solution évoquée: l’habilitation à diriger des formations.

IUT

Tout comme l’année dernière, nous avons consacré plusieurs chroniques aux IUT. L’université est-elle en capacité d’accueillir comme il se doit les filières technologiques ? Rien n’est encore acquis, malgré les tentatives de signature de contrats de confiance. En décembre ils réclament de nouveau leur indépendance. Quel avenir pour les IUT ? Pour comprendre ce dossier, on pourra lire le document "l’avenir des IUT pour les nuls". Une chose est sûre: les IUT et BTS marchent sur la tête. Va-t-on un jour oser la grande réforme de ces filières professionnalisantes ? Pas gagné d’avance

Bibliométrie

Cette année n’a pas été très riche en bibliométrie. Je n’ai eu le temps que de m’occuper que de celle de Ike Antkare, c’était facile car son h-index est nul. Mais on s’est quand même posé quelques questions: Est-il préférable d’écrire plusieurs papiers courts ou bien un seul papier long ? Et l’évaluation des EC, doit-elle être qualitative ou quantitative ? Faut-il publier seul ou avec des collaborateurs ? Pour ma part j’ai trouvé la solution: désormais, je soumets mes articles à une seule revue, le "journal of universal rejection".

T1852

L’astronaute est un grand voyageur. En janvier il rejoint T1852, une nouvelle planète où ses services ont été requis. On peut lire son installation sur cette planète étrange, ses premiers cours, les petits scandales et autre drames intergalactiques, l’histoire de la révolution sur H1636, la chronique d’une sélection, des Community Colleges à l’université, des salaires de présidents et autres fuites, de l’anniversaire du MIT, des petits incidents de la vie quotidienne sur cette étrange planète, parfois d’affaires troublantes, de leurs choix financiers, de la mise au ban d’une université, du bon diplôme, du concept du "commencement", et nous donne l’exemple d’une belle leçon de courage.

Des livres …

Beaucoup de livres sur l’université ont été publiés cette année. Nous avons discuté de celui de Louis Vogel, dans lequel il fait 10 propositions de réforme pour l’université. Parmi les thèmes discutés avec plus de détails: changer la pédagogie, le point mort. Les refondateurs ont aussi écrit leur livre de refondation, ils nous parlent du tabou des grandes écoles, du bonheur dans le prés ou d’un choix de civilisation.

… et encore des questions …

On s’est posé bien des questions cette année sur Gaïa. Par exemple, peut-on envisager une bibliothèque universitaire sans livres ? Ou alors tout simplement une université sans enseignants ? Une université sans heures complémentaires ? Et puis, qui doit payer pour financer les universités ? (même thème ici et ici). Quel enseignement tirer de l’expérience anglaise, shocking, isn’t it ? Lever des fonds auprès de donateurs ? Et les filles dans tout ça ? Elles sont premières de classe au bac, mais ensuite dans l’enseignement supérieur, la tendance s’inverse pour nombre de disciplines. Encore un phénomène inexpliqué ! Tout comme cette fameuse démocratisation de l’enseignement supérieur, que l’on retrouve en berne. Et les classements ? Peut-on s’en passer ? Lequel choisir ? Allez, classement, dis moi qui est la plus belle ! Et puis il y a ces fameux concours de recrutement des EC, que décidément il faudrait réformer, un des rares points qui fait une assez bonne unanimité sur ce blog. Tout cela déprime Marianne quand elle prépare ses concours. C’est vrai que tout ça ressemble à un tout petit monde … de brutes. Mais gardons le moral, car tout cela n’est qu’une tartufferie universitaire, ne nous laissons pas aller à trop de sérieux et tentons de rire de toutes ces crispations. Mais que vient faire ce mystérieux photographe ? Et ce Monsieur Huet, quel blagueur lui aussi ! Presque aussi doué que nos nouveaux alchimistes ou que notre ami mathématicien qui a découvert comment contrôler l’Univers !

Vroum vroooouummm !!

S’il sait contrôler l’Univers, alors moi je n’ai plus rien à faire ici, il est temps que je m’échappe. J’ai fait le plein de ma navette, je l’ai lustré et vérifié toutes les jauges. Merci à vous, mes aimables lecteurs et commentateurs, de m’avoir accompagné cette année, c’était très précieux et riche. C’est maintenant l’heure du départ … il me faut vous quitter …

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