Quand on est enseignant-chercheur (EC), on a une double mission : l’enseignement et la recherche. Il s’agit de deux mi-temps. Malgré ce statut il se trouve que certains EC ne font pas de recherche, ils sont alors non produisants. On peut être un peu étonné qu’on continue à les appeler des EC. Il est utile de préciser ce qu’on entend par « chercheur non produisant ». Il s’agit d’un chercheur qui ne remplit pas un minima de production scientifique selon des critères mis en place par l’AERES (voir détails ici, site de l’AERES – critères d’identification du chercheur produisant, donc implicitement celui qui n’est pas identifié comme tel rentre dans la catégorie des non produisants). Rappelons que le chercheur a une mission de transmission des savoirs et des connaissances, fruit de sa recherche, par le biais de supports divers (publications, livres, etc …). Tout le monde n’est pas forcement d’accord avec ça. Je me souviens d’une discussion au printemps 2009 avec un noniste qui m’expliquait que les bons chercheurs étaient en réalité ceux qui ne publiaient pas. En effet, c’était ceux qui savaient s’approprier les vrais et difficiles sujets de recherche et c’était donc bien normal de ne pas publier. Les chercheurs publiants, de leur côté, travaillent sur des sujets faciles et publient de la daube. Plus sérieusement, précisons également que les non produisants ne sont pas tous défaillants, loin de là. Nombre d’entre eux ont des responsabilités administratives et font tourner la boutique. On pourra rester néanmoins surpris du statut d’EC dans ces cas là, la logique voudrait qu’ils soient EA (enseignant-administrateur).

Dans les universités, on peut faire des heures complémentaires (heures supplémentaires défiscalisées). Cela représente une part non négligeable du budget des universités. Depuis le passage aux responsabilités et compétences élargies (RCE), les universités doivent gérer leurs ressources humaines et financières. Ainsi on peut comprendre qu’elles s’interrogent sur ces heures complémentaires et sur  la meilleure façon de dépenser l’argent du service public. Nous avons déjà consacré plusieurs chroniques à ce sujet sur Gaïa (le volet 1 dresse un panorama général sur les heures complémentaires à l’université. Dans le volet 2 nous comparons le salaire de personnels statutaires avec différentes configurations. Dans le volet 3 nous tentons de discuter très sommairement de l’influence des récentes réformes sur ce thème des heures complémentaires. Dans le volet 4, nous focalisons plus spécifiquement sur la réforme du statut des EC et la relation avec les HC. Enfin dans le volet 5, nous faisons état des rapports de la cour des comptes sur le sujet et nous posons la question d’une université équitable).

Certaines universités ont décidé récemment de limiter les heures complémentaires pour les chercheurs non-produisants, arguant du fait qu’ils ne remplissent pas leur mission de recherche (mi-temps) ainsi donc ils ne devraient pas bénéficier de revenus supplémentaires trop excessifs. C’est, à mon avis, assez logique. Pourtant, nombre de personnes ou syndicats s’offusquent de l’opération. Par exemple, untel parle « d’effets délétères du passage aux responsabilités et compétences élargies (RCE) » (lire ici). Des élus syndicaux d’un CA universitaire se révoltent contre la «  destruction du statut d’enseignant-chercheur et de la grave remise en cause des missions d’université de service public » (lire ici). D’autres encore se mobilisent contre la fiche de service (comme si l’université ne devait pas savoir ce que font ses EC !) en instaurant,  « à l’aide de cette fiche de service, une évaluation locale déconnectée du CNU pour mettre en oeuvre une modulation-sanction » ou alors contre une éventuelle suppression de prime de recherche pour les personnes qui ne font pas de recherche – on croit rêver (lire ici).

Pour ma part je n’arrive pas à comprendre la logique qui anime ces personnes qui s’insurgent contre ces actions visant à remettre un peu de déontologie dans le système. Ces personnes ont manifestement un certain mépris pour les missions de service public et ses exigences. Il est parfaitement anormal de travailler à mi-temps (payé plein temps) et de faire de surcroît des heures supplémentaires.

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