Rendons-nous outre-Manche. L’édition du lundi treize juin dernier de l’International Herald Tribune rendait compte de l’annonce de la fondation d’une nouvelle université à Londres, le New College of the Humanities (Site web: www.nchum.org).

L’annonce de cette fondation a été faite par Anthony C. Grayling, professeur de philosophie à Birkbeck College, assez bien connu des libres-penseurs (il a récemment été l’auteur cette année d’une sorte de « Bible » pour athées, anthologie de textes moralistes à base agnostique). Il est associé à un célèbre scientifique et militant athée, Richard Dawkins; au couple d’historiens dix-huitiémistes David Cannadine et Linda Colley; à un autre historien, Niall Ferguson, historien économique et figure conservatrice notoire, qui officie à Harvard après être passé par Columbia et Oxford, sans parler de la télévision; au linguiste Steven Pinker; au juriste Ronald Dworkin; au philosophe Peter Singer; au professeur de littérature Christopher Ricks. Ils sont en tout quatorze, et pas uniquement spécialistes de sciences sociales et humaines comme le montre le cas de Dawkins. Cela dit, comme son nom l’indique, l’intention de ce nouvel établissement est bien de se concentrer sur des enseignements de sciences humaines.

Grayling indique qu’il prend pour modèle de cette université, qui devrait avant tout offrir des formations de premier cycle (c’est un « college ») les établissements de même type des universités américaines. Dans le nom choisi pour l’établissement, il n’est tout de même fait aucune référence américaine, et le corps enseignant est entièrement britannique. Cela dit cet établissement a tout de même l’aspect d’un OVNI, ce qui justifie que la Gaïa Universitas s’y intéresse : peut-on faire une « université » avec quartorze personnes, surtout lorsqu’on sait, par exemple, que Cannadine & Colley ne sont engagés que pour dispenser respectivement qu’un seul cours ? Grayling semble suggérer que le New College of the Humanities va mettre en œuvre le même système de tutors qu’à Oxford et Cambridge où les étudiants sont directement suivis, à la semaine, par un genre de directeur d’études qui attribue lectures, devoirs, mémoires et procède à des interrogations orales hebdomadaires. C’est un système que peu d’autres universités britanniques, même celle de Londres, ont pu intégralement reproduire à l’ère de la massification.

D’où l’origine du brouhaha qui entoure l’initiative. Les médias britanniques et un certain nombre de personnalités, pas toutes universitaires, ont taxé ce nouveau college d’élitiste. Par la méthode bien sûr. Et surtout par l’annonce, faite sans complexe par Grayling, que l’établissement lèvera des droits d’inscription très élevés, plus que ceux qui viennent d’être relevés à grand fracas par le gouvernement britannique. Ces derniers sont maintenant à 9000 livres, le New College va en réclamer… 18000. C’est peut-être ça un college à l’américaine. (et, pas dupe, je prédis déjà que tous les commentaires qu’attirera ce billet vont se focaliser sur ce chiffre).

C’est peut-être surprenant, mais d’après ce que j’ai lu, si certains se sont d’emblée offensés de l’initiative et de sa méthode, il y a aussi certain soutiens qui se sont manifestés, d’abord en raison de la composition des fondateurs de ce New College, qui est très hétéroclite du point de vue disciplinaire et plus particulièrement des opinions politiques et sociales des intéressés. Quelques personnalités académiques bien en vue qui ne sont pas associées directement, comme Mary Beard, professeur d’études anciennes à Cambridge, ont apporté leur soutien moral et à la fondation du New College, et de son organisation, et de ses choix en matière de droits. D’autres s’interroge avec plus de curiosité si le business model du New College en fait une institution viable à long terme. Cet Astronaute est lui aussi très curieux de voir la suite des choses.

Question d’or : avez vous vu la moindre allusion à cette initiative dans la presse française ?

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