Le moral ne semble pas au beau fixe dans les écoles d’ingénieurs. Ces derniers temps on voit fleurir des rapports qui leur sont consacrés, émanant de leurs anciens élèves d’écoles les plus prestigieuses. Nous avons déjà un peu discuté ici du document du think tank Institut Montaigne titré « Adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation » et écrit par deux anciens élèves de l’école polytechnique (lire ici). Plus récemment, c’est une association d’anciens élèves d’écoles d’aéronautique (ISAEE) qui publie un livre blanc intitulé «  Réinventer le métier d’ingénieur pour en valoriser le rôle dans la société »  (lire ici). On pourra lire également avec intérêt un gros dossier sur le même sujet par le Nouvel Economiste « Ecoles d’ingénieurs : le moule ne fonctionne plus » (lire ici).

Pour planter le décor, citons une partie de l’introduction du dossier du Nouvel Economiste (ici): « Ils furent les piliers créatifs de notre industrie française. Études prestigieuses, carrières époustouflantes, le siècle passé en a quasiment fait les héros de l’économie moderne. En avance sur leur temps. C’était hier ».

Bon sang, ça a l’air grave. Déjà que nos universités sont au bord du gouffre, si maintenant nos brillantes écoles, fierté nationale, s’y mettent aussi, qu’est-ce qu’il va nous rester ? Sans alarmisme, tentons de faire ressortir quelques points qui reviennent le plus souvent.

Le métier d’ingénieur n’est plus autant attractif qu’avant. Notre pays connaît une forte désindustrialisation et les meilleurs éléments ont été attirés vers d’autres carrières bien plus rémunératrices (comme par exemple dans la finance). Il y a actuellement une crise de vocations et certaines écoles ne remplissent plus leurs promotions.

Nos grandes écoles sont trop petites. Elles n’ont pas la taille critique pour avoir une dimension internationale. La plupart d’entre elles comptent moins de 1000 élèves. De plus le système français (que-tout-le-monde-nous-envie) est très spécifique et est peu lisible à l’étranger. Lire également ici.

Trop éloignés de la recherche. Relativement peu d’élèves ingénieurs poursuivent en thèse. Durant leur cursus dans leurs écoles, ils n’ont peu, voire pas du tout, de contact avec les métiers de la recherche. Ils ne développent pas assez leur esprit de créativité, d’innovation et d’entrepreneuriat.

Trop formatés. Nos ingénieurs sont trop formatés (le fameux moule du french engineer), avec des formations fortement influencées par des référentiels métiers qui ne laissent pas beaucoup de marge à l’originalité, d’où une faible aptitude à la créativité et l’innovation à la sortie de la formation. Elles sont souvent accusées de mimétisme, c’est-à-dire qu’elles se basent sur la reproduction des élites sans pour autant y incorporer d’évolution de fonctionnement. Ce moule serait mal adapté à un marché multiforme et complexe. Cela me fait penser à la pitoyable polémique contre un rapport de l’AERES lancée par la CTI (commission du titre d’ingénieur) qui veille au french modèle et qui semble avoir du mal à envisager des évolutions « multiformes » (lire ici, ici , ici et ).

Mobilisons nous ! il faut sauver nos écoles d’ingénieurs !

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