La semaine passée, Burlyce Sherrell Logan a reçu son diplôme de Bachelor en arts appliqués à la University of North Texas, à Denton. Elle a 73 ans, et ce diplôme vient 55 ans après son entrée à l’université.

Burlyce Logan faisait partie d’une douzaine d’étudiants noirs admis dans une université du Sud ségrégationniste des États-Unis en 1956, seulement deux ans après le fameux arrêt Brown vs Board of Education of Topeka de la Cour Suprême déclarant la ségrégation de l’enseignement contraire à la Constitution. Du coup, l’accueil délivré par North Texas a été frais, si l’on peut dire. Dans son allocution de « bienvenue », le Président de l’Université lança: « Il y a des gens ici – et vous savez qui vous êtes – dont nous ne voulons pas ici, seulement l’État nous dit que vous pouvez venir ici« . Il procéda ensuite d’interdire à ces étudiants de fréquenter les cafétérias et de loger sur le campus, et réserva même une salle de permanence séparée pour qu’ils ne se mélangent pas aux étudiants blancs pendant les cours.

Pendant deux ans, Burlyce Logan subit les vexations et pire de la part des étudiants, des enseignants et des personnels administratifs. Native de Dallas, elle avait été championne régionale d’orthographe. Lorsqu’elle reçut une note « F », équivalente à un zéro, pour une seule faute dans un devoir écrit, elle alla se plaindre à l’enseignante; elle reçut ensuite un zéro pour tout le cours.

Les étudiants blancs lançaient des pierres sur les étudiants noirs lorsqu’ils les croisaient. Ces derniers devaient marcher plusieurs kilomètres pour aller habiter une maison louée dans un quartier éloigné (et réservé aux « gens de couleur »), mais un soir une croix enflammée fut plantée devant la maison.

Après deux ans, Burlyce Sherrell abandonna ses études, se maria, déménagea à l’Ouest, eut trois enfants, travailla comme employée de banque, divorça, déménagea à nouveau. Quarante ans après avoir quitté le Texas, elle y revint à l’occasion de son remariage avec son ancien époux et, retraitée, décida de reprendre ses études.

La University of North Texas, institution publique, compte désormais 36 000 étudiants dont un tiers appartiennent aux minorités noire, hispanique et asiatique. Elle est notée comme l’une des cent meilleures universités américaines pour son accueil des étudiants noirs, et en 2004 à l’occasion du cinquantenaire de la déségrégation le Président de l’Université admit publiquement l’itinéraire accompli par l’institution.

Burlyce Sherrell Logan a du repasser tous les cours pour lesquels elle a eu de mauvaises notes dans les années 1950. Après ce diplôme, elle s’est inscrite en Master d’Histoire et débutera à l’automne.

Ce genre de leçon de courage est très propre à Burlyce Logan, à l’université où elle a étudié, dans un contexte historique et social très particulier et heureusement révolu. Elle est pourtant l’une des pionnières de l’intégration des étudiants de toutes origines, même dans les universités qui n’en voulaient pas. La leçon de courage s’applique aussi à sa détermination à obtenir ce diplôme à un âge vénérable.

C’est pourtant ce courage, raconté par le New York Times samedi dernier, malgré les différences de système et de contexte et d’histoire, qui devrait servir d’exemple à tous ceux qui maintiennent le conservatisme dans les universités françaises.

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