Le parti socialiste a rendu public hier son projet présidentiel sur l’enseignement supérieur et la recherche. Je n’ai pas encore tout lu en détail, c’est un texte dense qui aborde les nombreux thèmes liés à l’ESR et qui mérite une lecture attentive. Dans ce texte, un paragraphe a particulièrement attiré mon attention car il est relatif à la structuration de notre enseignement supérieur, thème régulièrement discuté dans ce blog. Le paragraphe en question est intitulé « remettre l’université au cœur de l’enseignement supérieur ». Le texte explique pourquoi il apparaît important de « dépasser la dualité actuelle entre établissements d’enseignement supérieur ». Pour réaliser cet objectif, le PS propose : « Dans le respect des statuts des enseignants, il faudra rattacher les classes préparatoires et les sections de techniciens supérieurs à l’enseignement supérieur, de façon à coordonner territorialement l’offre de formation. Les classes préparatoires seront couplées avec une université de leur réseau pour organiser des échanges : conférences, stages dans les laboratoires de recherche. Des mobilités temporaires seront facilitées et encouragées. Des enseignements pourront être dispensés par des universitaires en classe préparatoire, les professeurs de CPGE pourront être provisoirement détachés à l’université où ils assureront une charge de cours et mèneront un projet de recherche. En parallèle, les universités développeront des modules de formation aux concours des grandes écoles, qui seront incités à faire évoluer leurs concours afin de mieux prendre en compte l’apport de l’enseignement universitaire. Une telle organisation facilitera le rapprochement souhaitable entre grandes écoles et universités, à l’image des standards internationaux ».

Les classes préparatoires et STS sont actuellement gérées par les lycées et sont donc sous tutelle du ministère de l’éducation nationale, et non celui de l’enseignement supérieur. Le projet du PS prévoit donc de modifier ce rattachement. Mais cela reste un peu flou car plusieurs configurations sont possibles (1) Les lycées pourraient-ils devenir partiellement rattachés à l’enseignement supérieur, en plus de l’éducation nationale? Dans ce cas, n’est-ce pas faire un pas de plus vers la secondarisation de notre enseignement supérieur? (2) La tutelle serait confiée à un autre établissement de l’enseignement supérieur, mais lequel ? (3) Ou alors est-il prévu de créer un nouveau statut, à la fois indépendant des lycées et des autres établissements du supérieur actuels ?

Le reste du paragraphe reste lui aussi très flou sur les actions concrètes. Cela ressemble fortement aux opérations lancées par Valérie Pécresse dans la première partie de son mandat au ministère (période 2007-2009). Il s’agissait à cette époque de remettre l’université au cœur de l’enseignement supérieur, tout comme le mentionne ici le PS. Pour cela, passerelles, échanges, partenariats, etc … étaient prévus ou du moins annoncés dans la presse. L’objectif était, encore une fois, de rapprocher les grandes écoles et les universités. Au final, il n’y a pas eu d’avancées vraiment significatives sur ce sujet. Il est vrai que le mouvement noniste universitaire de 2009 a ralenti fortement les velléités de travailler sur une rénovation de notre enseignement supérieur avec l’université au cœur du système.

Cette rénovation de notre premier cycle de l’enseignement supérieur est également le sujet d’un billet très intéressant de Michel Lussault titré « Le « système licence » : 1. Et si l’on osait vraiment ? ». Ce billet est publié juste après les conclusions du colloque de la CPU sur le sujet (lire ici pour un résumé sommaire des conclusions et des « novations proposées ») et juste avant la publication du projet du PS. Je recommande vivement la lecture du billet de M. Lussault.

Dans ce billet, il explique « qu’il n’existe pas de véritable intégrité du cycle licence. […]  Au sein du dit cycle, cohabitent, bon gré mal gré, des parcours que le sens commun comme l’Institution hiérarchisent très fortement : les CPGE, les filières universitaires de santé, les IUT, les STS, le parcours de licence stricto sensu (tout en bas de ce « classement » de notoriété). Notons aussi l’existence d’autres voies, de plus en plus nombreuses (notamment celles des écoles de management, des écoles à premier cycle intégré, des écoles dépendant d’autres ministères, des officines privées diverses et variées) — dernière « sous-famille », assez hétérogène, pour ne pas dire hétéroclite, qui prend une importance croissante, ce qui me paraît d’ailleurs problématique, à bien des égards […] On le sait, et quoi qu’en disent certains discours lénifiants, la concurrence fait rage entre ces différents cursus — tous marqués au demeurant, par un taux d’échec important de certains élèves et étudiants, notamment ceux titulaires des bacs technologiques et professionnels.».

D’après M. Lussault, il y a deux démarches possibles à suivre si on veut passer à un dispositif cohérent du premier cycle. La première « consisterait à œuvrer pour renforcer et expliciter les liens entre les différentes voies, sans modifier la structure d’ensemble du post-bac ». C’est d’après lui « une approche prudente, fondée sur un pragmatisme de bon sens, reconnaissant que de nombreux verrous existent encore et doivent être levés par le dialogue, l’écoute, l’échange. Cette politique des petits pas, déjà engagée, a le mérite de faire progresser les discussions, d’engranger quelques acquis ; mais, très lente, elle est également conservatoire et conservatrice. Elle amende, mais ne change rien sur le fond ». A mon sens, c’est l’approche qu’a utilisé V. Pécresse et celle que propose le PS pour le prochain quinquennat. La seconde approche est plus volontariste et demande de considérables efforts de restructuration. Pour résumer le propos de Michel Lussault, les différentes filières de l’enseignement supérieur pourraient être regroupées sous une même bannière, dans des sortes d’instituts universitaires pour le cycle licence. L’auteur est bien conscient du caractère un peu radical de la mesure … qui n’est pas sans rappeler le combat de Pierre Dubois sur ses instituts d’enseignement supérieur, avec une différente majeure tout de même en termes de positionnement.

Pour ma part je suis assez tentée par un bouleversement assez radical du système, j’en ai déjà souvent parlé ici. Dans ce cadre de période pré-électorale, peut-être faut-il introduire un peu de folie dans le débat ? Mais est-ce vraiment une folie que de proposer des voies susceptibles de mettre un terme au grand n’importe quoi qu’est actuellement notre premier cycle de l’enseignement supérieur ?

Ainsi donc, voici ma proposition pour révolutionner le premier cycle de l’enseignement supérieur. Il est plus particulièrement adapté pour une université de science dure (dont je suis membre). Il propose un regroupement de l’ensemble des filières du premier cycle de l’enseignement supérieur, comme pour la seconde approche décrite par Michel Lussault. La proposition est constituée par trois parcours post-bac qui sont interconnectés mais assez différents quant à leurs finalités. Ces trois parcours sont à la fois fonction du niveau des bachelier et de leurs souhaits d’orientation.

Le premier parcours est celui pour les « bons » étudiants. Ce parcours est sélectif, et vise un bon niveau académique. Le public serait composé de bacheliers qui ont le potentiel pour aller moins jusqu’au bac+5 et qui ne souhaitent pas s’orienter vers les écoles (par principe, par peur de la compétition, par inadéquation avec les formations proposées par les écoles, etc …). Ces licences seraient donc composées majoritairement par les populations suivantes : les bons bacheliers qui fuient la compétition et l’ambiance des écoles, les jeunes qui veulent s’orienter vers les métiers de l’enseignement et ceux vers les métiers de la recherche. Elle pourra aussi concerner des interfaces avec le monde des entreprises sur des niches non pourvues par les écoles (donc travailler en entreprise sur un emploi de type « ingénieur », bref cadre, sans avoir le diplôme d’ingénieur). Je pense que c’est un vivier qui n’est pas si petit que ça. Si ces licences marchent bien, et si le niveau d’exigence est effectivement au rendez-vous, alors ces filières seront attractives, ça fera boule de neige. Cela correspond donc à un parcours « master direct », la licence n’est pas un objectif mais juste un diplôme intermédiaire qui ne servira jamais à rien car il n’aura aucune valeur sur le marché du travail. Parallèlement à ce parcours, il y aura les CPEG. On pourra envisager éventuellement des troncs communs d’enseignement avec le parcours « master direct » mais la finalité étant différente, ça sera assez limité. De plus ces CPGE sortent à bac+2 et n’auront jamais le diplôme de licence, ce qui n’est pas un problème étant donné que la formation est inadaptée à monnayer un diplôme sur le marché du travail.

Le deuxième parcours est correspond à des filières professionnelles. Lui aussi est un parcours sélectif, pour des étudiants qui ne souhaitent pas poursuivre de longues études. L’objectif serait ici de rapprocher les différentes filières concernées au sein d’un même pôle (STS, IUT, licences pro actuelles), tout en gardant dans un premier temps les spécificités développées par les uns et les autres. Dès le démarrage on ferait toutefois une réforme majeure dans les IUT en faisant passer le parcours de deux à trois ans pour la délivrance d’une licence de technologie (adieu le DUT).

Le troisième parcours serait consacré aux « étudiants faibles ». Il serait donc non sélectif. La population des bacheliers serait typiquement celle des 50 % des étudiants qui échouent actuellement en L1 (souvent celle qui n’a pas été reçue en BTS ou IUT). Bref il s’agit d’étudiants qui n’ont pas des bases solides et qui ont eu le bac sans pour autant avoir les acquis que devrait valider le diplôme. La première année de cette formation serait essentiellement propédeutique avec pour objectif de combler les lacunes du secondaire. Les deux autres années seraient dévolues à une formation professionnelle (licence pro), cette licence serait donc un diplôme terminal pour eux. Je vois deux avantages à cette licence (1) les lacunes du secondaires sont comblées, ce qui est loin d’être négligeable (2) les étudiants « mauvais » ont enfin une formation alors qu’actuellement ils suivent une licence qui ne leur est pas adaptée, et donc sortent du système sans rien.

Voilà … simple, non ? … votez pour moi !

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