« L’université est la seule institution de l’enseignement supérieur à assumer la mission de service public d’accueillir tous les publics. Ceux-ci se caractérisent notamment par leur diversité d’origine (nationalité), de catégorie socioprofessionnelle, d’âge, (public jeune n’ayant jamais quitté le système éducatif, public adulte -dit en reprise d’études-…). De niveaux hétérogènes, issus de divers systèmes éducatifs ou formés dans les milieux professionnels ou tout simplement par une expérience sociale, ce sont tous ces publics que l’université a la mission de former, pour faciliter leur intégration et leur évolution dans la société. » (extrait du texte introductif du colloque de la CPU, Toulouse 11-13 mai 2011).

Comment l’université peut-elle envisager un enseignement cohérent avec un spectre aussi large ? Voilà une mission qui ne me parait pas triviale. Mais la CPU ne se refuse rien car Oser la cohérence, c’est l’un des thèmes de son colloque annuel, qui aura lieu prochainement (Toulouse, 11-13 mai, lire ici pour le site du colloque). Cela commence par une séance plénière intitulée « quelle cohérence et quelles finalités pour le cycle licence ». Cela se poursuit ensuite par des ateliers thématiques en parallèle d’une durée de 90 min. Ces ateliers sont les suivants :

  • Quelle orientation et quelle transition du secondaire au supérieur ?
  • professionnalisation et/ou employabilité des étudiants du cycle licence ?
  • Modèles de formation et place de la recherche ?
  • Comment concilier égalité des chances, qualité et cohérence des formations du cycle  licence et aménagement du territoire ?

Il faut préciser que selon la CPU, le cycle licence a une signification bien plus large que la simple licence faite en université. En effet « Chaque année, les universités intègrent une part importante des nouveaux bacheliers mais elles ne sont pas les seules. A côté des licences générales, des licences professionnelles et des DUT (Diplômes Universitaires de Technologie), formations universitaires, existent les BTS (Brevets de Techniciens Supérieurs), les CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles), de même que les formations relevant de ministères autres que celui de l’enseignement supérieur (santé, culture, sports, industrie, affaires sociales…). L’ensemble de ces formations constitue ce que l’on peut appeler « un système au niveau L » et cette  pluralité d’acteurs et l’attirance exercée par le niveau L doit interpeller l’université» (surlignage en gras par la CPU)

C’est donc une réflexion assez large à laquelle nous invite la CPU, en clair elle invite à questionner l’ensemble du premier cycle, des licences classiques aux CPGE, en passant par les IUT et BTS. Voilà une démarche qui me parait saine car dans le débat il serait maladroit de négliger la compétition qui règne dans l’enseignement supérieur et il faut bien tenir compte de ces formations périphériques dans la définition de ce que pourrait être une nouvelle licence à l’université. Dans ce paysage complexe, l’université est loin d’être la plus attractive, bien que ses étudiants soient majoritaires (certainement plus pour longtemps). C’est ce que montrent les récents résultats de l’admission post-bac. 29 % des lycéens seulement choisissent l’université en premier vœux (lire ici). Les étudiants préfèrent donc les filières sélectives. Dans le texte introductif de son colloque, la CPU écrit : « Une comparaison entre la France et les autres nations développées montre que le premier cycle universitaire qui  fait référence à l’étranger n’est pas considéré en France comme le lieu susceptible d’accueillir les meilleurs étudiants et d’irriguer l’enseignement supérieur. Doit-on accepter que l’université soit fragilisée par son niveau L alors qu’il est le socle  de l’ensemble de l’appareil de formation et de recherche de l’enseignement supérieur ? » (surlignage en gras par la CPU).

Toujours dans son texte introductif au colloque, la CPU rappelle qu’à Metz (colloque précédent sur ce thème de la licence, en 2007), la CPU avait préconisé « de faire de la licence le diplôme de référence d’un post bac réorganisé assurant une réelle égalité des chances. Elle proposait également de placer les CPGE au sein du système universitaire ». […] « Aujourd’hui, après trois ans de « plan réussite en licence », le rapport Sarrazin sur les BTS, l’évolution des CPGE pour s’inscrire dans le système ECTS, les interrogations spécifiques des IUT et, plus récemment encore les propositions de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur « la nouvelle licence », il est indispensable d’avoir une approche globale du « niveau Licence »  en pensant lisibilité, cohérence, finalités, innovation, réussite » (surlignage en gras par la CPU).

On a souvent discuté sur ce thème dans le blog (lire par exemple ici et ici) car on sait tous que notre enseignement supérieur marche sur la tête. Ceci est parfaitement illustré par la transformation progressive des filières courtes, sélectives et professionnalisantes (IUT et BTS) en antichambre des écoles de tout type ou plus généralement un tremplin vers des études longues. Ces formations devraient au contraire être ajustées à un public désirant s’insérer rapidement dans la vie professionnelle. Victimes de leurs succès, ces filières ne remplissent plus leur mission initiale (c’est particulièrement vrai pour les IUT). Les étudiants qui sont recrutés sont d’un bon niveau et prennent la place des étudiants plus modestes qui se retrouvent alors à l’université dans des formations généralistes pas du tout adaptées à leur niveau scolaire. L’échec est alors quasi-assuré. C’est un gâchis honteux, pour un système à l’agonie. Et pourtant, malgré ses incohérences criantes, personne n’a eu le courage de le réformer afin de donner à nos jeunes un panel de formations tel que chacun puisse trouver sa voie la mieux adaptée.

Avoir une approche globale du « niveau Licence » est donc certainement indispensable pour donner de la cohérence au système. Mais cela ne pourra pas se faire uniquement au sein de la sphère universitaire, et je doute fort que les autres acteurs soient partisans d’oser la cohérence …

Oser la cohérence, ça serait d’oser remettre à plat ce premier cycle qui marche vraiment sur la tête …

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