Une histoire édifiante pour ceux que terrifie les rapports de l’AERES, dans le New York Times daté de ce jour. Depuis 1900, les grandes universités de recherche sont regroupées dans l’Association of American Universities. Il s’agit à vrai dire d’un club, et cette association tend à se comporter comme telle. Un certain nombre de conditions sont nécessaires pour en faire partie, qu’on en juge par le fait que l’AAU n’a à ce jour que 61 membres. Ou plutôt 59 à présent. (Il y a aussi par ailleurs deux universités canadiennes qui sont membres, McGill University et University of Toronto)

Pour la première fois depuis la fondation, les membres du club ont décidé d’exclure l’une d’entre eux qui ne satisfaisait plus les critères . Ceux ci ont été posés en 1900 par les fondatrices qui sont en fait plusieurs universités de l’Ivy League (dont on rappellera encore que c’est au départ une ligue sportive): Cornell, Columbia, Harvard, Princeton, University of Pennsylvania; mais aussi des universités « nouvelles », souvent d’État: University of Michigan, University of Wisconsin at Madison, University of California at Berkeley, et aussi Johns Hopkins et Stanford. Depuis un grand nombre des nouveaux membres sont des universités publiques. L’an dernier, Georgia Tech était devenue la première institution admise depuis une décennie. La qualité de la recherche produite par l’université, ainsi qu’un nombre de ses enseignants admis aux différentes académies scientifiques nationales sont parmi les critères les plus importants, comme vient de l’apprendre la malheureuse exclue: University of Nebraska, située à Lincoln. Elle était membre depuis 1909 mais cette ancienneté ne l’a pas sauvée.

Comme dans tout club qui se respecte, ses délibérations sont confidentielles, et c’est l’université elle-même qui a du annoncer sa mise au ban, par la voix de son chancelier. Apparemment l’an dernier l’université avait déjà reçu un avertissement. Coup de théâtre! Du coup, préférant ne pas subir le déshonneur d’une expulsion, Syracuse University , elle aussi « dans le rouge », a annoncé son départ volontaire. La vie de club est féroce. Après que 44 universités aient voté la mise au ban lors de la réunion tenue à Washington DC, le malheureux chancelier n’a même pas été invité au grand diner des membres le soir même. Blackboulé dans la plus pure tradition.

Quelle est la faute de l’Université du Nebraska? Pourquoi faillit-elle aux critères de recherche de l’AAU? De bizarres structures administratives, qui font que son école de médecine (ainsi que ses crédits de recherche) dépendent d’une structure autonome et une très longue tradition de spécialité agronomique (on est dans les Grandes Plaines après tout) et apparemment cette discipline ne rapporte plus autant de crédits de recherche qu’auparavant.

Si ça peut consoler Nebraska, T1852 n’a jamais été invitée à devenir membre de l’AAU!

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