Cette semaine, la State House du Massachusetts avait à voter le budget de l’État pour 2011-2012, lequel entrera en force dès le mois de juillet prochain. Différents intérêts ont été à la manoeuvre pour défendre les différents postes de dépenses publiques les concernant. À l’heure de la rédaction de ce billet, le budget a été voté et, dans un curieux revers de tradition pour un État à sensibilité progressiste et gouverné par un Démocrate, la loi de finances a prévu de retirer à plusieurs syndicats de la fonction publique leur rôle exclusif de négociation des salaires.

Le budget de l’enseignement, comme dans d’autres États, a dû faire face aux problèmes posés par les déficits publics, avec des rentrées fiscales, crise oblige, bien moindres qu’escomptées, et surtout en raison des coupes faites dans les aides fédérales aux budgets d’enseignement locaux. Le système de la Massachusetts State University (qui se distingue de l’autre université publique, University of Massachusetts) comprend neuf campus: Bridgewater, Fitchburg, Framingham, Massachusetts College of Art & Design, Massachusetts College of Liberal Arts, Massachusetts Maritime Academy, Salem, Westfield et Worcester. Pour catégoriser ces établissements, fréquentés par 51 000 étudiants, ils se rapprochent assez des fonctions des community colleges mais, outre que ces établissements offrent toute la gamme des formations et pas seulement de l’enseignement professionnel, ils ont le statut d’université et délivrent des BA en quatre ans ainsi que des diplômes avancés, mais leurs droits d’inscription sont modestes et donc abordables pour les étudiants à petit revenu. (à Framingham, d’après une étudiante interviewée par le Boston Globe ces droits s’élèvent à 15665 dollars sur quatre ans, donc un peu moins de quatre mille dollars l’année).

La subvention publique, et notamment fédérale, était essentielle pour le maintien de ces droits à leur niveau, or Washington a dû récemment renoncer à une enveloppe de 16,3 millions de dollars en soutien à Mass State U. Cela fait suite à un déclin de 12% de l’investissement de l’État dans ces établissements depuis le début de la décennie. Le système a proposé une augmentation moyenne de 480 dollars aux droits. Aussi une délégation de 150 étudiants s’était rendue cette semaine à la State House pour faire du lobbying et défendre le principe d’une injection par la législature de 11 millions de dollars, de façon à combler la perte des aides fédérales. Plusieurs présidents desdites universités ont accompagné les étudiants. Le Président de Fitchburg a par exemple rappelé qu’il était tenu d’accorder une hausse de 3,5% de salaires à tous ses personnels l’an prochain selon les termes de leurs conventions collectives, et ce alors que ses droits d’inscription approchent maintenant les 17 000 dollars l’an. Plusieurs personnalités politiques, de la Présidente du Sénat au Lieutenant-Gouverneur, ont apporté leur soutien à cette demande d’aide.

Le même jour, un éditorialiste du Boston Globe commentait avec verve un tout autre dilemme, se posant, lui, à l’une des universités du UMass system. UMass-Amherst possède depuis quelques années une équipe de football américain très performante (les « Minutemen », du nom des miliciens villageois qui affrontèrent les premiers l’armée britannique pendant la Révolution) qui est source de réputation et aussi de revenu grâce aux droits télévisuels, billets des matchs et autres dons des anciens, mais elle souffrait de se trouvée placer dans une division de qualité inférieure à ce qui serait une division I, où l’on peut espérer des revenus et une publicité bien plus ample. En termes sportifs, la qualification étant acquise, UMass-Amherst a donc décidé de rejoindre la Mid-American Conference qui regroupe pour l’essentiel des universités du Midwest et donc géographiquement éloignées de la division régionale où elle évoluait auparavant. UMass-Amherst va désormais circuler avec les « grands noms du football universitaire ». L’os, que relève le journaliste, est le suivant: cette décision va couter fort cher à l’université, qui risque de perdre d’une manière les bénéfices escomptés de ce changement. Pour tenir son rang sportif, l’université devra augmenter ses dépenses d’investissement dans l’équipe (infrastructure, bourses pour les joueurs-étudiants, personnel d’encadrement surtout) de 57% soit presque sept millions de dollars. Et ce alors que le UMass system dans son ensemble a perdu 86.7 millions depuis le début de la crise de 2008.L’éditorialiste fait aussi observer que les universités de la Mid American Conference dépensent bien plus pour leurs athlètes (à hauteur de 48 000 dollars en bourses) que pour leurs étudiants ordinaires (12 000). On peut prétendre que c’est parce que sans bourses sportives, nombres d’étudiants des minorités ethniques ne pourraient envisager d’études universitaires, mais le résultat académique est assez décevant d’autant que parmi les joueurs noirs de Minutemen, moins de 50% finissent actuellement par obtenir leur diplôme. Pour l’éditorialiste, mieux vaudrait investir pour essayer d’améliorer ce taux que de devoir entrer en concurrence avec les salaires, d’entraineurs notamment, qui sont la norme dans la Mid American Conference (entre 300 000 et 460 000 dollars l’an, le double de ce que touche l’actuel entraineur des Minutemen!)

Ces deux histoires paraîtront certainement édifiantes aux lecteurs de la Gaia Universitas. Pour ma part j’en retiens une grande leçon: une université, même publique, quand elle jouit de l’autonomie, doit savoir prendre ses responsabilités, et ses finances, avec le plus grand sérieux.

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