Ici, les débats autour de l’université ont une toute autre portée que la concurrence entre écoles et universités autour du diplôme d’ingénieur, qui a eu un Labex, quel président est un dictateur en puissance… Allez, je ris (d’ailleurs vous verrez bien que ce billet est estampillé Rions un peu). Quelques nouvelles tirées de la presse universitaire et nationale pour vous éclairer sur les débats qui font rage à T1852 et ailleurs en cette dernière semaine du semestre, et à trois semaines des cérémonies de remises de diplôme.

La semaine passée, Le Quotidien de T1852 s’alarmait d’une trouvaille pour le moins singulière. Alors qu’il y a une assez fière tradition de reconnaissance et de soutien aux droits des étudiant(e)s homosexuel(le)s et bisexuels (« LGB » dans le parler local), allant jusqu’au fait qu’il y a même un Foyer LGB sur le campus, la dernière catégorie, « T » (pour « Transgenre ») s’estime encore victime d’intolérable discrimination, et ses représentants (dont il n’a pas été très clair pourquoi ils se désolidarisaient des autres LGB) ont réclamé des mesures, entre autres, une politique de logement universitaire « neutre dans le genre ». Bien entendu, les logements du campus sont ouverts aux deux sexes et en termes de tolérance de l’orientation sexuelle de l’un ou l’autre sexe, cela ne pose plus guère de problème. Mais le journal, reprenant intégralement le point de vue des représentants transgenre, a expliqué dans un très long article de pleine page (et l’un des plus compliqués que cet astronaute ait jamais eu à interpréter) qu’il fallait comprendre que le genre et le sexe ne sont que des constructions sociales et qu’il faut bien se rendre compte que la biologie est un déterminisme dont on peut parfaitement s’affranchir. Il faudrait donc assurer que l’université ne verra aucun inconvénient à faire partager une chambre entre un homme et un autre homme mais qui se conçoit en fait comme femme et se vit comme une femme, de là à pouvoir faire cohabiter hommes et femmes puisque l’un ou l’autre ne sont pas vraiment ce qu’ils sont au sens biologique mais simplement ce comme quoi ils se sentent. Pour l’instant, je ne sais pas comment T1852 va résoudre ce problème de conscience et l’appliquer à ses résidences universitaires comme le réclame le Quotidien avec… éloquence.

Second incident cette semaine, lors de la visite des futurs étudiants, admissibles en première année et venus découvrir le campus. Ils se sont vus hélés par des manifestants imprévus, un certain nombre d’étudiants venus leur demander de se déclarer en faveur de la création d’un département (et d’un diplôme) d’études africaines-américaines (en fait on parle ici d’un department of Africana studies puisqu’en réalité le champ d’études couvrirait aussi tout le monde et la culture du continent africain autant que de sa diaspora dans l’hémisphère ouest). Au printemps dernier, les autorités universitaires ont décidé de ne pas répondre à cette requête, estimant que divers départements (d’anthropologie et sociologie, de relations internationales et des humanités) couvrent déjà bien ce champ et qu’il est représenté par de nombreux cours, projets de recherche et enseignants. Déçus, les tenants ont décidé de poursuivre leur combat auprès de la future génération d’étudiants. Ils pétitionnaient, portant pour les uns un T-shirt frappé du slogan « Demandez moi ce que c’est que d’être Noir à T1852 » et pour les autres « Demandez moi de vous dire ce que sont les privilèges des Blancs à T1852« . Autant dire que les autorités universitaires n’ont pas trop goûté la manifestation, bien qu’ils ne l’aient pas interdite, se déclarant simplement « offensées ».

Plus burlesque encore, l’enquête, cette semaine, parue dans le New York Times sur un sujet qui embarrasse beaucoup les Bible colleges, ces écoles religieuses dont l’un des sujets principaux est bien sûr la théologie, mais qui sont aussi un élément important de l’essor des églises protestantes fondamentalistes dans certaines régions du pays, en particulier le Sud Profond qui en a fait sa spécialité autant que Scarlett O’Hara et le mint julep. Ce problème, c’est bien sûr… la multiplication d’étudiants souhaitant vivre ouvertement leur homosexualité sur les campus les plus religieusement, socialement et politiquement conservateurs (allez, disons réactionnaires) du pays. Ce sont des universités qui ont par ailleurs des règles très strictes pour les étudiants hétéros: aucune relation physique n’y est permise hors mariage. Ce que relevait le Times avec effarement, c’est l’idée que des étudiants, donc « LGB » puissent vouloir aller étudier la théologie d’églises pour lesquelles leur identité et mode de vie sont une garantie des flammes de l’enfer. Le fait semble être que ces étudiants font ce choix en raison de leur milieu familial et d’une foi profonde qui leur fait entrevoir une carrière de ministre de leur culte… mais arrivant sur les campus à l’âge adulte ils y découvrent aussi leur identité, et peinent d’autant plus à la vivre dans un environnement où l’on assimile l’homosexualité à un « choix » voire une pathologie. L’article relevait en tout cas de nombreuses histoires douloureuses, et mettait en valeur le courage d’un certain nombre de ces étudiants qui en dépit du traitement qu’ils subissent ne souhaitent pas abandonner les études qu’ils ont choisies, ou rompre avec leur famille et leurs amis.

On le voit, les débats universitaires sur cette Autre Planète ont… une Autre Dimension.

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