Reprenons aujourd’hui le rapport récent du think tank Institut Montaigne  « adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation » (lire ici). Nous avions discuté dans un récent billet de la création de doctorats orientés vers l’ingénierie (lire ici  – lire également le billet « des masters et des doctorat en école d’ingénieurs« ). Le rapport ne se contente pas de propositions avals à la formation d’ingénieur mais se préoccupe aussi de l’amont. En effet, selon les auteurs (tous issus la même très grande école), les grandes écoles d’ingénieurs doivent créer leur propre cursus undergraduate (c’est-à-dire des formations directement accessibles aux bacheliers).

« L’accélération de la diversification sociale des grandes écoles passe donc sans aucun doute par la création de filières d’accès alternatives permettant de rompre le déterminisme « seule une excellente classe préparatoire permet l’accession à une grande école prestigieuse », qui bénéficie aux étudiants les mieux informés, souvent les plus favorisés. Des regroupements de grandes écoles (ParisTech, concours commun Centrale-Supélec, etc.) pourraient mettre en place des cursus de licence spécifiques, constituant un bon prélude à la scolarité offerte par les formations d’ingénieurs de ces écoles ».

C’est certainement une bonne idée de diversifier le recrutement dans les écoles d’ingénieurs. Mais n’est pas déjà le cas ? Les écoles ne se contentent plus des élèves issus de classes préparatoires mais recrutent beaucoup sur dossier et vont puiser dans le vivier des meilleurs éléments en L2 et IUT. Malgré cela, nombre d’écoles ont du mal à faire le plein des promotions (certes pas pour les grandes grandes écoles), comme en témoigne une récente interview de Bernard Remaud, président de la CTI « Les formations scientifiques universitaires, notamment les masters recherche, sont particulièrement touchées mais nombreuses sont aussi les écoles d’ingénieurs qui ne remplissent que 80% de leurs places. C’est un problème mondial. Dès qu’un pays émerge, on constate toujours que ses jeunes se tournent vers le droit ou la gestion et se détournent des sciences. De plus, nous devons composer en France avec un bac scientifique qui est en réalité un bac d’excellence et que beaucoup choisissent pour faire tout autre chose que des sciences ensuite. Heureusement, nous avons entrepris depuis quelques années d’élargir notre recrutement à des profils différents de ceux des prépas, plus ancrés dans la pratique, que sont les élèves de DUT, voire de BTS, sans parler des universitaires que nous recrutons après la licence » (source ici).

« Ces cursus seraient exemplaires en matière d’innovation, d’implication des étudiants dans la recherche en ingénierie et d’éducation technologique. Ils aiguillonneraient ainsi l’évolution des autres formations de niveau post-bac (aussi bien les écoles post-bac que les classes préparatoires). Ces nouvelles licences au recrutement sélectif constitueraient de plus un vivier de recrutement naturel pour les cursus d’ingénieurs des grandes écoles mais aussi pour d’autres formations de niveau master, induisant une diversification bienvenue des cursus ».

Dans l’optique de la création de nouvelles licences d’ingénierie, servant de prélude à la formation d’ingénieurs dans les écoles, le rapport précise que « La conception de ces cursus de licence pourrait s’appuyer sur la proposition formulée par l’AERES dans une récente étude intitulée « Formation universitaire au métier d’ingénieur », qui préconise la création d’un référentiel fixant les principales caractéristiques souhaitées d’une licence d’ingénierie ». En lisant ses lignes on ne peut que rire jaune quand on sait ce qu’est devenu ce rapport. En effet ce rapport de l’AERES avait provoqué une levée de boucliers. Il préconisait la création de masters avec un label ingénierie à l’université (le scandale !). Les formations d’ingénieurs sont en effet, jusqu’à présent, sont une prérogative des écoles et elles voient d’un très mauvais œil une éventuelle concurrence dans le domaine. Pour lire les épisodes précédents de cette pitoyable polémique, on pourra consulter mes billets précédents : des masters et des doctorats en école d’ingénieurs , master en ingénierie  , La CGE et la CDEFI avec la CTI contre l’AERES , Formation universitaire au métier d’ingénieur.  Je sais que ce thème énerve beaucoup de mes lecteurs mais je ne peux pas m’empêcher …

Le monde des écoles ne s’embarrasse pas de paradoxes. S’il refuse à l’unisson l’éventualité d’une concurrence des universités, il ne se prive pas de demander (et a obtenu) le label de « master » pour les diplômés des écoles (positionnement international oblige), tout comme certaines écoles développent des formations doctorales (lire ici et ici). Elles ne sont priveront pas non plus de développer des licences d’ingénierie, diplôme jusqu’alors exclusivité des universités, si l’université ne parvient pas à remettre en selle son cycle licence. Il est vrai que ce dernier est très mal en point et en grand danger si rien n’est fait dans un avenir proche.

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