Ces derniers temps l’immigration est devenue un sujet qui occupe le devant de la scène politique. Ainsi Claude Guéant, ministre de l’intérieur, veut faire passer l’immigration légale de 200.000 à 180.000 personnes par an. Quasi-simultanément, David Cameron, premier ministre en Grande Bretagne, veut baisser d’une ampleur très conséquente le nombre de visas. Ce sont là deux signes forts que les pays européens se ferment devant un flux migratoire qu’ils jugent trop important.

Ce n’est pas l’objet de ce blog de discuter de l’immigration « en général », mais cette programmation, si elle est appliquée, peut avoir une importance marquée sur notre enseignement supérieur. En effet, la France accueille de nombreux étudiants étrangers.  En 2010, 66.000 étudiants étrangers sont venus étudier en France, ce chiffre étant en augmentation de 28 % par rapport à 2009 (lire nos billets « l’auberge chinoise »  et « Vers l’occident compliqué, ils s’envolent avec des idées simples… » au sujet des étudiants chinois). Pour ma part je me félicite de ce chiffre en augmentation, cela montre que notre enseignement supérieur reste attractif. Mais une réduction programmée de l’immigration ne va-t-elle pas freiner ce flux d’étudiants étrangers ?

En Grande Bretagne, les étudiants étrangers, hors union européenne, sont très clairement visés (source ici). En effet ces étudiants représentent les 2/3 des demandes de visas. D’après le gouvernement, les études seraient la voie principale à l’immigration. Ainsi il souhaite réduire de 80.000 le nombre d’étudiants étrangers dès la rentrée prochaine. David Cameron tente de rassurer comme il peut les universités britanniques « le gouvernement ne fera rien pour retirer à la Grande-Bretagne son attractivité par rapport aux meilleurs étudiants de la planète ». Il s’agit donc de s’en prendre « aux fausses universités qui délivrent des diplômes bidons », ces derniers étant des établissements privés qui font payer très cher les droits d’inscription.

Malgré les propos rassurants de David Cameron, les universités publiques s’inquiètent car une réduction d’étudiants étrangers réduira les ressources des universités. D’autant plus que les étudiants étrangers (hors Europe) paient des frais de scolarité supérieurs à ceux dont s’acquittent les britanniques et les européens. Cela s’additionne aux coupes budgétaires du gouvernement qui a eu pour conséquence une forte augmentation des frais de scolarité (de 3500 à 6000 livres pour les britanniques) que nous avons déjà discuté dans ce blog (lire ici).

Dans un contexte de rigueur budgétaire, une question semble émerger en France: faut-il financer les études d’étudiants étrangers ? Certains pensent que c’est à l’étudiant étranger de financer ses études et qu’il n’a pas à profiter des moyens mis en place pour leurs propres enfants. Cette question est particulièrement sensible en France compte tenu que les études sont quasi gratuites, y compris pour les étudiants étrangers (donc les contribuables français payent aussi les études des étudiants étrangers). Cela constitue d’ailleurs une forte attractivité (en particulier en master et doctorat).

Selon Stéphan Bourcieu, directeur général du Groupe ESC Dijon Bourgogne, la France n’a plus les moyens de financer une telle démarche et il faut remettre en cause la gratuité des études pour les étudiants étrangers (lire ici). « Dans un tel contexte, il devient urgent de poser la question de la quasi gratuité des études pour les étudiants étrangers dans la plupart des établissements français d’enseignement supérieur. Cette question prend tout son sens quand on sait que la France accueille plus de 265 000 étudiants chaque année et se situe au troisième rang mondial derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Alors même que le coût des études universitaires en France avoisine les 8 000 euros par an, les étudiants internationaux payent des droits de scolarité identiques à ceux des étudiants français (de 130 à 550 euros), soit un différentiel de plus de 7 500 euros à la charge du budget de l’Etat. Si le principe d’égalité des citoyens européens doit se traduire par une égalité de traitement entre les étudiants français et les jeunes issus de l’Union européenne, rien n’interdit de différencier les droits de scolarité pour les étudiants venant du reste du monde. Or, la plupart des étudiants étrangers accueillis en France ne sont pas ressortissants de l’Union européenne : Maroc, Algérie, Chine, Tunisie, Sénégal pour ne citer que les cinq premiers pays d’origine. […] Rien ne justifie aujourd’hui que ce soit le contribuable français qui finance la formation d’un étudiant russe, chinois ou brésilien ».

Pour d’autres, nous avons besoin de cette immigration. A ce sujet, on pourra lire avec intérêt un article de Jean-Francis Pécresse, éditorialiste aux Echos (lire ici). Extraits : « Notre pays était encore l’un des rares à se montrer toujours aussi accueillant, notamment pour les étudiants d’autres pays. Bien qu’il soit deux fois plus élevé chez les étrangers que chez les Français – une disparité plus marquée en France que dans l’OCDE, Etats-Unis exceptés -, le niveau du chômage conduit, dans l’opinion comme au gouvernement, à penser, par un raisonnement simpliste, que l’arrivée d’immigrés sur le marché du travail diminuerait la quantité d’emplois disponibles. […] Convaincue que l’Europe a besoin de cette immigration, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, ne cesse d’appeler les Etats de l’UE à ouvrir leurs portes aux chercheurs et aux ingénieurs. Ce projet consistant à « faire venir les meilleurs » – individus dont la formation et les compétences enrichissent le potentiel de croissance de l’économie -était jusqu’ici à la base de « l’immigration choisie » (et concertée avec les pays d’origine) mise en oeuvre par Nicolas Sarkozy. Il suppose, aussi, de développer, à un rythme qui dépasse l’accélération générale de la mobilité étudiante dans le monde, l’accueil d’étudiants étrangers, de préférence issus de pays émergents à forte croissance, comme la Chine : c’est un enjeu pour la francophonie mais aussi une exportation de notre enseignement supérieur et, via le retour de ces futurs cadres dans leur pays d’origine, une contribution au développement des entreprises françaises sur ces marchés. Le repli sur ses frontières est une lourde erreur économique. »

Pour ma part j’espère que l’on pourra conserver autant que possible cette politique d’accueil de l’étudiant étranger. Je pense que les ambitions de réindustrialisation ne paraissent pas gagnées d’avance, mais la France garde encore de réels atouts pour (re)devenir un grand pays de science, d’art et de culture, en plus du tourisme, du vin et du fromage.

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