Cette semaine ne marque pas seulement aux États-Unis le 150ème anniversaire du début de la Guerre de Sécession, c’est aussi celui de l’une des plus célèbres universités du pays, une institution qui contribue certainement à l’aura internationale du système universitaire américain , le Massachusetts Institute of Technology.

Le MIT a obtenu sa charte et son financement initial en avril 1861 du Gouverneur et de la State House de l’État du Massachusetts, État souvent pionnier en matière d’enseignement. John Adams, co-rédacteur de la Déclaration d’Indépendance et second Président des États-Unis avait en effet été le principal auteur de la constitution de l’État, dans laquelle il a inscrit une responsabilité de l’État à soutenir l’instruction publique et l’enseignement (Adams était lui même diplômé en droit de Harvard). En 1861, l’intention des politiques du Massachusetts était de créer une grande institution de recherche scientifique à Boston, l' »Athènes de l’Amérique », avec l’idée que cette nouvelle faculté soutenue par la puissance publique pourrait éventuellement fusionner avec Harvard, laquelle était alors surtout un lieu d’étude des humanités (même si sa faculté de médecine avait été fondée en 1782, précisément l’époque où Adams travaillait à son projet de constitution…). Le projet remontait en fait à 1845, date à laquelle on discutait déjà d’un polytechnic institute.

Le premier bâtiment a été inauguré après la guerre en 1866 dans le nouveau quartier de Back Bay, apparu avec le drainage de l’estuaire de la Charles River.

Voici d’ailleurs un lien vers une chronologie interactive:

http://info-libraries.mit.edu/mithistory/mit-timeline/

L’institut a admis sa première étudiante dès 1871 et en 1876 ouvre un Women’s Laboratory. De l’architecture, les matières enseignées se sont diversifiées vers toutes les autres sciences et techniques modernes. Le temps passait, et la fusion avec Harvard ne s’opérant toujours pas, le MIT acquérait peu à peu une renommée propre.

En 1909, nouvelle intervention publique: le maire de Cambridge, espérant peut-être favoriser cette élusive fusion, offrit au MIT de nouveaux terrains dans sa ville sur la rive nord de la Charles. Terrains toujours gagnés grâce au comblement progressif de l’estuaire, mais également bien situés pour une université de sciences et de technologies, car à cette époque Cambridge est, bien plus que le site de Harvard, devenue une banlieue industrielle, reliée au centre de Boston par le métro, le tramway et le chemin de fer, c’est même après Boston la seconde ville industrielle de l’État, jouxtant aux chantiers navals de Charlestown, active dans la métallurgie, le rafinage et la chimie. Les dirigeants du MIT acceptent et le site se développe à partir de 1911, en partie grâce à un donneur anonyme, un certain « Mr Smith » qui se révèlera être George Eastman, fondateur de Kodak. Le nouveau site de MIT faisait alors directment face à son ancien bâtiment de Back Bay.

MIT a ensuite contribué à radicalement altérer le paysage urbain de cette partie de Cambridge. Après les années 1920 les activités industrielles ont commencé à péricliter, MIT pouvant alors racheter les terrains industriels laissés en friche, s’étant en une bande continue le long du fleuve, et construisant batiments et laboratoires flambants neufs. L’après 1945 marque la grande époque de l’expansion de MIT, avec le développement de super-ordinateurs, de la recherche en aéronautique, suivie de l’arrivée de la NASA et du programme spatial dans les années soixante: c’est d’ailleurs un docteur en sciences de l’institut, Edwin Aldrin, qui sera le second astronaute d’Apollo 11. Un musée est établi en 1971 et les humanités arrivent même au MIT avec l’ouverture des départements de linguistique et de philosophie en 1976. L’économiste Robert Solow reçoit le Prix Nobel en 1987, confirmant la vigueur des sciences humaines au MIT.

L’extension du campus de MIT s’est poursuivie, notamment après l’extension de la ligne du métro dans les années 1980. Tout un nouveau quartier s’est reconstruits aux limites du campus, près de Kendall Square. Le promeneur y trouve des batiments très futuristes, mais utilisant encore la brique rouge traditionnelle des collèges de Nouvelle Angleterre et maisons bourgeoises de Boston. Beaucoup de laboratoires industriels s’y sont implantés. Seul souci rapporté par le Boston Globe, le quartier tend à devenir sinistre la nuit lorsque tout le monde rentre chez soi, il n’y a guère de vie nocturne, de restaurants, cinémas et théatres aux abords de ce campus, et un peu plus loin le centre de Cambridge, Central Square est parfois surnommé « Central Scare » à cause du trafic de drogue qui semble s’y être répandu, mais l’on espère que l’université contribuera aussi à la réhabilitation de ce quartier et transformera entièrement Cambridge. De fusion avec Harvard il n’est plus vraiment question… Il y a quelques années, les ingénieux du MIT (connus pour leurs farces extravagantes) réussirent un joli coup en plein milieu du match de football Harvard-Yale, une trappe s’ouvrant au milieu du terrain pour laisser émerger un immense ballon portant la mention « MIT Rules! »

Happy Birthday, MIT!

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