Dan, le visseur caléidoscope, nous a récemment donné une petite liste de mauvaises raisons pour mépriser l’université. Poursuivons donc notre dissertation sur le thème du mépris, dans l’objectif de mieux appréhender les préjugés et parfois les raisons objectives qui minent l’université (en particulier son enseignement de premier cycle).

D’après Dan (qui, je le rappelle est un visseur), une des raisons du « mépris » serait « la rigidité des statuts et l’obsession statutaire, très bien illustrée lors de la dernière tentative du ministère pour pouvoir moduler les services. L’idée que tous les chercheurs puissent être des chercheurs à vie étonne (litote) le bon peuple ».

Dan fait certainement allusion au mouvement noniste de 2009 qui a failli plonger l’université vers le néant. C’est vrai qu’il était très motivé par la défense des statuts des enseignants-chercheurs (EC) que le gouvernement a cherché à modifier en proposant une modulation des services. Pour les personnes extérieures à ce monde étrange qu’est l’université, il peut être utile de rappeler que l’EC a une mission d’enseignement (192 heures/an) et une mission de recherche (donc deux mi-temps au total). A cela s’ajoute souvent les « tâches administratives ». Le projet de décret visait à fournir une possibilité de moduler ces différentes activités. Mais cela a été très mal perçu par certains EC qui voyaient là un danger que l’on donne aux EC plus d’enseignement sous prétexte d’une activité de recherche jugée trop faible (d’où le thème de « l’enseignement punition » que j’ai proposé dans le billet précédent).  Au final le gouvernement à cédé, a modifié le texte en question : la modulation des services ne sera possible qu’avec l’accord de l’intéressé et de plus les heures complémentaires ont été sauvegardées. Ces dernières seront payées dès le dépassement des 192h d’enseignement, même si l’EC en question ne réalise pas son autre mission de recherche. Dès le recul du gouvernement sur ce dossier des statuts, le mouvement s’est effiloché. Il faut dire qu’on était en avril 2009, en pleines vacances de Pâques. De plus ce mouvement de grève durait depuis trois mois et les privations de salaire associées devaient certainement commencer à peser fortement sur le moral des troupes.

Pour ma part je pense que l’université a gâché là une belle occasion de faire évoluer une certaine rigidité du métier d’EC, et là je ne suis pas en désaccord avec le commentaire de Dan. Je pense qu’il est très stupide de prétendre que chaque EC réalise toutes ses missions avec le même bonheur ou la même compétence. Certains s’épanouissent dans la recherche, d’autres trouvent du plaisir à faire de l’enseignement et s’occuper des formations. D’autres encore aimeront faire évoluer leurs carrières vers des tâches administratives (en relation avec la recherche ou les formations).  L’université est, à ma connaissance, la seule structure dans laquelle les personnels ont plusieurs missions et pour lesquelles il ne soit pas possible de les faire évoluer. Le plus cocasse c’est que les syndicats universitaires ont lutté contre cette évolution. En d’autres temps ou autres lieux, les syndicats étaient là pour revendiquer des possibilités d’évolution de la carrière des personnels au sein des établissements, qu’ils soient publics ou privés. Le monde change …

L’université a également loupé l’occasion d’insuffler dans le système un peu de déontologie. Il ne me semble pas logique que les EC qui ont abandonné les activités de recherche conservent un salaire de temps plein alors qu’ils ne réalisent qu’un mi-temps. Il ne me parait pas logique non plus que les heures complémentaires soient débloquées par le seul critère de dépassement des 192h, sans regard sur les autres missions.

Quant à ce qu’ont pu ressentir les précaires de l’université pendant ce mouvement, un bon dessin en dit certainement plus qu’un long discours …

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