Deux nouvelles concernant le système-américain-que-le-monde-rejette. Eh oui, la raison d’être de l’Astronaute n’est pas de promouvoir un modèle sans le moindre esprit critique et d’occulter ce qui va mal en dehors de la Belle France. Ces informations auront de quoi faire jaser les détracteurs et pour ne fois je vais être populaire.

Le New York Times daté d’aujourd’hui lundi rend compte d’une étude assez cinglante faite par la Chronicle of Higher Education, constatant que les universités publiques américaines, qui font face aux conséquences de l’endettement des Etats fédérés aussi bien que de l’État fédéral, devant parfois remercier du personnel, annuler des projets et augmenter des frais d’inscription, ont continué à offrir une rémunération fort décente à leurs présidents. Oui, en effet, un secteur public qui rémunère bien ses agents, on ne s’y attendait pas trop aux Etats-Unis mais c’est apparemment un fait. Le phénomène concerne aussi bien des universités publiques très prestigieuses à l’international que d’autres qui n’ont qu’une notoriété disons « nationale ».

Le compte rendu du New York Times est ici, et celui de la Chronicle of Higher Education est ici.  Malheureusement, le tableau complet des salaires des présidents de 185 universités publiques relève d’un article réservé aux seuls abonnés de la Chronicle (ici)

Voyons donc le Top 10, publié par le New York Times, et qui reste dans le domaine public (bien que le site du journal soit désormais lui aussi réservé à des abonnés payants). Ce Top 10 se compose de tous les présidents qui n’ont pas gagné moins de 700.000 dollars l’an dernier. D’après la Chronicle, 59 présidents gagnent plus du demi-mi-million. Le gagnant, champion toute catégorie, cela étonnera peut-être certains, est le président Gordon Gee de… Ohio State (son site est http://www.osu.edu) qui en 2009-2010 a perçu, toutes formes de rémunérations et primes comprises, 1.818.911 dollars, ce qui comprend un salaire de base de 802.000 dollars. Il a fait don de 300.000 dollars perçus en bonus au fonds de bourses de l’université et à d’autres oeuvres. À Ohio State apparemment 81% des étudiants reçoivent une assistance financière. 85% de ces nouveaux étudiants sont originaires de l’État. Ils étaient du nombre total de 64.077 en 2009. Ohio State est aussi la seconde de toutes les universités américaines bénéficiaire de fonds de recherche provenant du secteur industriel.

Viennent ensuite les Présidents de la University of Washington (905.004$), University of Texas system (813.892$), University of Central Florida (800.703$), Pennsylvania State University system (800.592$), University of Michigan system (783.850$, c’est la seule femme du Top 10), University of California system (783.103$, ce salaire a déjà été réduit de 10% lors des coupes budgétaires imposées par l’État à ses universités), Virginia Tech (744.892$, cette université vient d’être mise en examen pour sa gestion du massacre commis par l’un de ses étudiants sur le campus il y a un an et demi), Auburn University (734.551$) et Arizona State University at Tempe (728.350$).

La seconde affaire concerne T1852. Le Quotidien de T1852 communique aujourd’hui qu’un « nouveau groupe », inspiré par les exploits de Julian Assange et ses petits camarades, a entrepris de poster sur Internet des documents sur la gestion de l’université qui ont été « fuités » par une « personne anonyme ». Le site Jumboleaks.org (ça ne s’invente pas) prétend publier une liste des sociétés dans lesquelles T1852 a investi, qui serait au nombre de 35. Les représentants du site se sont d’ailleurs adressés au Quotidien dès le mois de février en espérant que le journal publierait la liste. Ce que le journal n’a pas fait. Un éditorial du journal ainsi qu’un billet de sa rédactrice-en-chef justifie la décision: le document n’était pas daté, il était impossible de vérifier son authenticité auprès de la « personne anonyme » qui voulait justement rester anonyme; en outre on relève que les investissements de l’université sont toujours demeurés de nature confidentielle, et que le journal soit d’accord ou non avec cette politique, il n’en n’a pas moins conclu que le document avait été obtenu de façon illégale. Cela dit, à présent que Jumboleaks a publié ce document de sa propre initiative, il est parfaitement licite pour le journal d’évoquer l’affaire.

La réaction officielle de l’université est que ce document n’est pas d’actualité, et Jumboleaks précise à présent (sans que l’on puisse vérifier) qu’il s’agirait d’un document de 2010. La liste comprend des groupes bien connus (Microsoft, HP, Lockeed Martin, Nike, UPS, Walt Disney!), des banques (BoA, Goldmann Sachs, Wells Fargo, Accenture), mais ce qui semble surtout scandaliser Jumboleaks, et est de nature à outrer tous les josébovistes, c’est la présence de Monsanto sur la liste (bon, Lockeed Martin est un groupe d’armement…). L’université maintient qu’à l’heure actuelle elle ne détient aucune action des groupes cités.

Les représentants de Jumboleaks affirment que leur groupe est né précisément pour exploiter cette fuite particulière, mais Assange et Wikileaks sont cités comme des références explicites à leur action. L’action du groupe parait avoir reçu le soutien moral entier d’une association étudiante, les Students at T1852 for Investment Responsibility, car certains de ces membres voient le pour et le contre de ce genre  de fuite et sont mal à l’aise face au vol de documents, préférant une discussion publique. L’université possède d’ailleurs une instance depuis 2007 l’Advisory Committee on Shareholder Responsibility dans laquelle siègent trois étudiants de 1er cycle pour recevoir des informations sur les investissements universitaires. Lesquels trois étudiants nient en bloc être les auteurs de la fuite. Un petit peu de transparence donc dans cet univers fort discret, mais certainement pas assez pour les membres de Jumboleaks.

À suivre, donc…

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